Portrait

JO de Tokyo: Gina Bass, la boss gambienne

Gina Bass, la championne gambienne participera aux JO de Tokyo.
Gina Bass, la championne gambienne participera aux JO de Tokyo. © RFI / Martin Guez

Porte-drapeau de la Gambie en 2016 à Rio, Gina Bass soutiendra encore l’étendard de son pays à Tokyo. Pour sa deuxième participation aux Jeux olympiques, la petite sprinteuse de 26 ans s’alignera sur 100 et 200 mètres. Avec l’espoir de disputer une finale olympique, elle qui s’entraîne dur toute l’année en Gambie, au Sénégal, mais aussi en France au sud de Paris, où elle a trouvé une famille de substitution.

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Le regard est déterminé, le geste détendu et la foulée fougueuse. À l’arrivée, c’est une victoire facile ce jour-là pour Gina Bass lors du 200 mètres féminin du petit meeting de Cergy-Pontoise. Malgré un mauvais couloir de course (à l’extérieur), la Gambienne de 26 ans s’impose en 22 secondes 70, loin devant Carolle Zahi, championne de France de la discipline.

Un succès dans l’anonymat le plus complet. Heureusement que le speaker est là pour rappeler les états de service de la sprinteuse : « Gina Bass au couloir 2… Tout simplement la sixième mondiale aux derniers championnats du monde. »

L’athlète, elle, prend tout ça avec le sourire, dans un français approximatif mais plein de bonnes volontés : « Bonjour ! Je suis Gina Bass, venue de Gambie. Ça me fait plaisir de venir en France et de courir en un si bon temps. Mon objectif, c’est Tokyo. »

Petite, rapide et détendue

Beaucoup de joie dans la voix, beaucoup de rêves dans les yeux… Mais surtout du feu dans les jambes. Malgré son mètre soixante, la petite sprinteuse est donc la plus grande ce soir-là. Petite et rapide, ce n’est d’ailleurs absolument pas incompatible, explique Pierre Elsden. Un temps, son traducteur, il y a une dizaine d’années, il est aujourd’hui l’entraîneur de Gina à mi-temps, quand cette dernière réside à Étampes, dans l’Essonne, au sud de Paris. « Elle gagne ce soir avec un très bon temps ! », se réjouit-il. « Être détendu dans ce sport, c’est important. Et pour Gina, tout ceci reste un jeu. Il n’y a pas de pression. C’est vrai que c’est son métier, son gagne-pain. Mais c’est toujours un jeu. Après, elle ne prend pas ça à la légère, c’est quelqu’un de très véloce. Une vraie athlète complète. Elle est petite par rapport aux autres filles mais elle compense par beaucoup d’autres choses. »

Car Gina Bass, ce n’est pas n’importe qui : sixième donc sur 200 mètres lors de la dernière finale mondiale à Doha au Qatar en 2019, et vainqueur des Jeux africains la même année sur la même distance à Rabat, au Maroc. Surtout, elle sera à nouveau la porte-drapeau de son pays aux Jeux de Tokyo, après avoir déjà soutenu l’étendard rouge, bleu et vert de la Gambie à Rio en 2016 : « Je suis toujours fière de représenter mon pays, de revêtir l’habit traditionnel et de porter mon drapeau ! », savoure-t-elle. « Je suis très reconnaissante, et j’aimerais tant arriver en finale olympique. Je travaille très dur pour mériter ça. Que ça soit ici en France, mais aussi en Gambie ou au Sénégal. »

Comme à Rio, Gina Bass sera la seule femme gambienne à représenter son pays (ils seront quatre en tout, avec un sprinter, un judoka et un nageur). Un pays où elle est née il y a maintenant 26 ans, près du village de Toubakouta, à la frontière du Sénégal. Élevée avec ses nombreux frères et sœurs dans une famille de fermiers, cultivateurs de patates douces, rien ne la prédestinait à devenir une sprinteuse de haut vol. Mais à 15 ans, lors d’un entraînement scolaire, elle tape dans l’œil de son professeur. C’est aussi à cette époque qu’elle rencontre son « jumeau », Adama Jammeh, lui aussi Gambien, lui aussi spécialiste du 200 mètres, lui aussi présent aux Jeux de Rio en 2016… Et lui aussi pensionnaire à Étampes, le club d’athlétisme le plus gambien de France : « J’ai rencontré Gina en 2011 », se souvient-il. « Aujourd'hui, on s’entraîne ensemble, on dort sous le même toit. Et même parfois dans le même lit quand on n’a pas le choix. De temps en temps, on a des petits coups de mou, surtout quand on reste en France pendant longtemps. Alors on se remonte le moral ! On est comme des jumeaux, et même plus encore. Car quand on rentre en Gambie, je joue le rôle de son entraîneur, de son manager ou encore de son partenaire d’entraînement. On est inséparables ! »

Toubakouta, Dakar et Étampes

Un programme en trois parties : l’été en Gambie, l’automne à Dakar, et le reste de l’année en France. À Étampes donc, dans le calme de l’Essonne, et sous l’hospitalité du toit de Pierre Elsden, homme à tout faire du trio : « On vit tous chez moi, c’est vrai que j’ai une grande maison », s’amuse-t-il. « Les conditions sont difficiles pour ces athlètes, on ne vit pas de ce sport. Ceux qui le pratiquent sont en général en dessous du seuil de pauvreté… Donc on s’entraide. Nous, on se considère comme une famille. On est athlète, ami, famille. Gina a plusieurs familles. C’est comme ça qu’elle trouve son équilibre, avec d’un côté celle biologique, et de l’autre celle de l’athlétisme. »

Une réunion familiale d’un nouveau genre, qui a permis à chacun de grandir : « Elle n’avait pas ce niveau-là en arrivant à Étampes en 2014, à 19 ans. Et moi non plus. Ce sont des liens forts, on continuera de se voir même après leurs carrières sportives. Notre ambition, c’est d’arrêter tous les trois en même temps, lors des Jeux de Paris en 2024. Adama, Gina et moi. »

Voilà qui serait une belle photo de famille pour le trio, pour clôturer un album qui ne cesse de se remplir. Les jeunes fans de Gina Bass venus au stade se succèdent, pour récolter un cliché avec la toujours très souriante Gambienne. Qui espère bien être à nouveau flashée, en excès de vitesse cette fois, au cœur de l’été à Tokyo.

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