Portrait

Tokyo 2021: les mille et une vies de Marie-Amélie Le Fur, championne paralympique

La championne paralympique du saut en longueur Marie-Amélie Le Fur à l'entraînement le 21 mai 2021 au stade Jean-Leroy à Blois, au centre de la France.
La championne paralympique du saut en longueur Marie-Amélie Le Fur à l'entraînement le 21 mai 2021 au stade Jean-Leroy à Blois, au centre de la France. AFP - GUILLAUME SOUVANT

Elle va participer à ses quatrièmes et derniers Jeux paralympiques. À 32 ans, l'athlète aux 8 médailles, dont 3 en or depuis Pékin 2008, en veut une dernière du plus beau métal. Histoire de refermer en beauté sa carrière de sportive de haut niveau pour vivre pleinement ses autres vies. Celles de maman de la petite Anna et de présidente du Comité paralympique et sportif français.

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Elle a déjà eu plusieurs vies, Marie-Amélie Le Fur. Petite fille, à 6 ans, elle découvre l'athlétisme puis rêve de devenir pompier professionnel. Des rêves d'enfant qui ont bien failli se briser quand elle est amputée sous le genou gauche à la suite d'un accident de la route. Elle a alors 15 ans.

Quatre mois plus tard, elle recommence pourtant à courir. Elle découvre le monde du handisport, qui est encore le sien dix-sept ans plus tard. Entre-temps, elle est devenue une référence, une championne qui a remporté quatre titres mondiaux et trois titres paralympiques. Les deux derniers aux Jeux de Rio en 2016 sur 400 mètres et au saut en longueur.

C'est là qu'on l'avait quittée. Depuis, Marie-Amélie Le Fur a donné naissance à la petite Anna et est devenue présidente du Comité paralympique et sportif français. Deux nouvelles vies sans avoir quitté celle d'athlète de haut niveau. 

« Entre Rio et maintenant, on s'est donné le temps qu'on s'était promis de se donner, c'est-à-dire un temps familial, confie l'athlète. Le temps de construire une famille. Et l'arrivée finalement de notre petite fille dans ma vie, dans notre vie, m'a permis de construire sereinement avec la même équipe de coach ces Jeux paralympiques de Tokyo. On a su se renouveler, on a su faire des choix aussi. On a arrêté certaines disciplines, on s'est concentré uniquement sur le saut en longueur. Et ces choix se révèlent payants parce que ça m'a permis de progresser et de rester dans le coup de la concurrence qui a énormément augmenté depuis Rio. »

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Nouvelle technique de saut

Une concurrence accrue avec une jeune athlète néerlandaise, Fleur Jongh, qui saute aussi loin qu'elle : 6 mètres 14, record du monde partagé. S'ajoute un emploi du temps de ministre. Tout cela a conduit Marie-Amélie Le Fur a faire des choix et des changements : une lame plus dure sur la prothèse qui prolonge sa jambe amputée et une nouvelle technique de saut.

« En fait, c'est un gros changement, mais pas tant que ça, explique son entraîneur Jean-Baptiste Souche. Il n'y a que la phase aérienne qui change et justement, tout l'art de l'entraînement a été de faire coller la grande qualité d'impulsion de Marie-Amélie avec ce saut en ciseaux, qui, en gros, est une sorte de mouvement de pédalier en l'air, qui permet de mieux rééquilibrer les masses. Tout le travail qu'on a fait, c'était de remettre son impulsion à elle sur une technique qui ne le permettait pas vraiment à la base. »

Un choix permis aussi par le report d'un an des Jeux de Tokyo en raison de la pandémie. « À la base, c'était pas prévu, précise Jean-Baptiste Souche. Elle n'avait pas le temps techniquement, après sa grossesse, pour se qualifier. Et le report d'un an a permis ça. » 

Et pour la pousser à sauter plus loin à Tokyo, Marie-Amélie Le Fur pourra compter sur les membres de l'équipe de France et sur ses qualités hors normes. 

« Elle a un mental d'acier, elle a un mental incroyable ! souligne son entraîneur. C'est quelqu'un qui est capable de faire des sacrifices incommensurables pour pouvoir atteindre ses objectifs et mener de front ses trois, quatre, ou cinq vies même. C'est son mental qui la caractérise. Elle est capable de se lever tous les jours à six heures du matin, voire même plus tôt, de s'entraîner onze fois par semaine. Parce qu'elle veut tout faire, et puis elle veut tout bien faire. »

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Retraite sportive loin des proches

Un mental de championne et des qualités humaines louées par sa grande copine, la championne paralympique du 400 mètres, Nantenin Keita : « La principale qualité que j'apprécie chez Marie, c'est son authenticité, en fait. Et après, le reste, ça s'explique pas. Je parle vraiment de la personne, pas de la sportive. Voilà, son authenticité. » 

Comment la suivre avec toutes les activités qu'elle mène de front ? « C'est aussi une de ses qualités : elle sait prioriser les choses, répond Nantenin Keita. Si quelqu'un de proche d'elle a besoin d'elle, elle saura mettre les choses secondaires au second plan ! Et je pense que Marie, sa famille et ses proches, ça fait partie des priorités. »

Mais ses proches justement ne seront pas à Tokyo, mesures sanitaires obligent. C'est le seul regret nourri par la maman de la jeune Anna pour ses derniers Jeux : « C'est un véritable déchirement pour moi de devoir prendre ma retraite sportive loin de mes proches, qui ont toujours été à mes côtés et qui le sont toujours, lors des entraînements, lors de la préparation. Mais c'est vrai que les compétitions sont toujours des moments magiques ! Que je vis avec eux, pendant lesquels ils vibrent, pendant lesquels ils m'envoient leurs vibrations positives pour que je sois plus performante. Mais les règles sont ce qu'elles sont, et je suis sûre que mon entourage trouvera le bon moyen de m'animer à distance. Parce que c'est un entourage exceptionnel, et que sans eux, je sais très bien que je n'aurais jamais tenu aussi longtemps dans une carrière sportive. »

Elle pense toujours aux autres, Marie-Amélie Le Fur. Et elle compte bien continuer auprès des athlètes handisport en tant que présidente du Comité paralympique et sportif français.

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