Portrait

JO de Tokyo: Astrid Guyart, l'adieu de la touche-à-tout de l'escrime

L'escrimeuse française Astrid Guyart le 10 août 2016 aux Jeux Olympiques de Rio.
L'escrimeuse française Astrid Guyart le 10 août 2016 aux Jeux Olympiques de Rio. © FABRICE COFFRINI/AFP

L'escrimeuse française Astrid Guyart, 38 ans, multimédaillée mondiale, prendra sa retraite à l'issue de l'épreuve de fleuret par équipes, où elle a été retenue comme remplaçante. Une ultime possibilité de récompense olympique pour celle qui a su concilier brillant parcours professionnel et sport de haut niveau. Une femme de conviction très impliquée dans les problématiques liées au sport féminin.

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Le moment de la sortie de piste définitive est presque arrivé. Un dernier salut fleuret en main, vers le ciel, l'adversaire puis le sol, et Astrid Guyart en aura terminé avec deux décennies à croiser le fer avec l'élite de l'escrime, mais aussi à déjouer les tentatives de son corps de lui faire dire stop plus tôt. Les alertes se sont multipliées – blessure au genou en 2018, opération du coude en 2020 – et attendre 2021 pour tirer sa révérence n'avait rien d'évident.

« Je m’étais programmée pour l’été 2020, et mon corps aussi… Quand il a fallu ajouter un an, on s’est mis d’accord, mais ça n’est pas neutre, explique l'escrimeuse. Mentalement aussi, il y a une certaine usure avec le sport de haut niveau, mais en même temps, une aventure olympique… On se dit : "Allez, un an, sur vingt ans de carrière, qu’est-ce que c’est ?" Oui, mais un an en fin de carrière, c’est beaucoup pour le corps. Donc on a clarifié les objectifs et quelque part j’aurais eu des regrets si j’avais arrêté l’année dernière. J’ai eu envie d’aller au bout de l’aventure et de la partager collectivement. C’est une belle façon de terminer. »

Déjà ses quatrièmes Jeux olympiques

Il est vrai qu’une compétitrice comme elle ne peut pas se résoudre à avoir vécu 4 Jeux sans en avoir rapporté la moindre médaille. Remplaçante à Pékin, 10e à Londres, 6e à Rio... Il y a comme un mauvais goût d'inachevé à chasser et son état d'esprit sans faille est salué par le directeur de la Haute Performance Lionel Plumenail. « Elle a une motivation et une soif de victoires qui restent intactes, c’est impressionnant. Elle sait parfaitement jouer son rôle de remplaçante, elle ne cherche pas à prendre automatiquement la place d’une autre, elle donne de bons conseils et peut être prête à rentrer n’importe quand. Elle a eu très peu de découragement, même quand ça a été difficile de retrouver des sensations après ses deux blessures. Chapeau ! »

Respect aussi de la part d'Ysaora Thibus pour « la daronne ». La vice-championne du monde 2018, pressentie pour une médaille individuelle, est admirative du parcours de son aînée, croisée pour la première fois, il y a bien longtemps... « J’ai retrouvé une vidéo où on était au Vésinet [près de Paris, Ndlr], j’étais toute petite avec mes lunettes et mes cheveux en pagaille, et je prenais une photo avec Astrid qui faisait visiter la compétition… C’est une personne que j’ai toujours respectée pour sa manière de s’engager dans ses projets et de tout donner pour y arriver. On avait vécu des Jeux de Rio compliqués parce qu’on n’avait pas d’équipe. Cette fois, on a créé quelque chose de différent. Je sais qu’elle a beaucoup de bienveillance envers moi pour sa dernière olympiade, et j’en suis très contente. »

Ingénieure aéronautique

Se préoccuper des autres, c'est une seconde nature chez Astrid Guyart, déjà très active en-dehors du sport. Brillante diplômée en ingénierie aérospatiale, responsable d'un laboratoire de recherche chez Ariane Group, auteure de livres de jeunesse, la voilà depuis avril dernier coprésidente de la Commission des athlètes du comité olympique français. Un rôle logique pour cette femme de conviction. « J’ai cette personnalité engagée, qui n’a pas peur de dire ce qu’elle pense, notamment sur le sport féminin et de ses problématiques autour de la maternité, comment une athlète arrive à coconstruire son projet familial et son projet de performance sportive, d’autant plus avec cette olympiade de seulement trois ans qui nous emmènera vers Paris 2024, raconte-t-elle. Il y a plein d’autres sujets liés comme les cycles menstruels, l’endométriose…  La médiatisation, la visibilité de la femme dans le sport, c’est bien, mais on doit aller au-delà, sur l’accompagnement d’une sportive dans toutes ses spécificités ».

Et comment on l'aide, le cas échéant, à libérer sa parole de victime de violences sexuelles ou de femme désireuse d'assumer publiquement sa part d'intimité, comme Astrid Guyart l'a récemment fait en révélant son homosexualité dans un documentaire de Canal +. Autant de luttes qu'elle espère contribuer à faire avancer dans sa future vie.

►À écouter aussi : Alors on dit quoi - La reconversion professionnelle : comment s’y prendre ?

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