Portrait

Du Congo aux JO, Dorian Keletela, un espoir du sprint dans l'équipe internationale des réfugiés

L'athlète Dorian Keletela.
L'athlète Dorian Keletela. © RFI / Vincent Barros

Sa présence à Tokyo relève du miracle. Dorian Keletela, jeune sprinteur de 22 ans, va s'aligner sur l'épreuve reine du 100 m pour défendre les couleurs de l'équipe internationale des réfugiés. Après avoir fui seul le Congo il y a cinq ans, pays avec lequel il a totalement coupé les ponts, c'est au Portugal que l'athlète rêve désormais d'un destin à la Francis Obikwelu, son idole et son nouvel entraîneur.

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Été 2016, à Lisbonne. Dans le foyer qui l'accueille depuis peu, Dorian Keletela regarde l'ouverture des Jeux olympiques de Rio à la télé. Pour la première fois, une équipe de réfugiés participe à une olympiade et entre au stade Maracanã sous un tonnerre d'applaudissements. L'adolescent de 17 ans n'ose y rêver encore, mais son tour viendra…

L'urgence, pour lui, est ailleurs. Orphelin depuis son enfance, le garçon de Kinkala, au Congo-Brazzaville, doit s'acclimater à son nouveau pays, le Portugal, après avoir dû fuir le sien. « La seule chose qui m'a poussé à quitter mon pays, c'est qu'au Congo, on ne respecte pas les valeurs humaines. Il n'y pas de liberté d'expression. Les guerres ethniques dans le Pool m'ont aussi incité à partir. La chose fondamentale, c'est la liberté. Sans liberté, à quoi bon vivre ? », raconte-t-il.

Placé dans un avion par sa tante, militante surveillée par le régime congolais, Dorian demande l'asile sitôt atterri à Lisbonne. Le Portugal lui accorde et l'accueille. Ballotté entre deux foyers, le garçon s'inscrit alors à l'athlétisme. Et très vite, sur la distance reine du 100 m, il fait parler la poudre : « La première année où je suis arrivé, j'ai fait 10'48. C'est là que j'ai commencé à me dire que j'allais peut-être en faire mon métier, à avoir des perspectives. Après ça, j'ai été blessé durant deux ans, je suis seulement revenu l'an passé. J'ai fait 10'46, la meilleure performance du Portugal. »

« Le sprinteur aux pieds tordus »

Du haut de son 1,75 m et fort de qualités physiques exceptionnelles, Dorian gagne alors un surnom dans la presse portugaise : « le sprinteur aux pieds tordus ». Surnom qu'il récuse formellement : « Je n'ai pas les pieds tordus ! C'est simplement ma manière de marcher. »

Son profil particulier tape en tout cas dans l'œil du comité olympique portugais, qui dépose une candidature. Puis rien, jusqu'à la nouvelle inespérée tombée le mois dernier : Dorian est bel et bien sélectionné dans l'équipe internationale des réfugiés et pourra s'aligner sur 100 m aux JO de Tokyo.

Depuis, l'athlète de 22 ans cravache sous le soleil lisboète. « Pour l'instant, je suis à 10'55. Ce qui me bloque, c'est que je n'arrive pas à répéter ce que je fais à l'entraînement. Je sais que je peux faire moins de 10'20, 10'15... J'espère que dans les prochaines compétitions, ça va sortir », ajoute-t-il.

« Francis, c'est une source d'inspiration pour moi. C'est un modèle »

Il ne rêve désormais que d'une chose : embrasser un destin à la Francis Obikwelu, son nouvel entraîneur, qui était arrivé au Portugal en tant que clandestin en 1994, avant de décrocher dix ans plus tard la médaille d'argent sur 100 m aux JO d'Athènes.

« Francis représente beaucoup de choses pour moi. Lui aussi est arrivé à mon âge au Portugal, il a traversé beaucoup de choses, mais il a réussi. Il a remporté des médailles, battu des records et fait beaucoup de choses pour le sport portugais. Aujourd'hui, Francis, c'est une source d'inspiration pour moi. C'est un modèle », confie l'athlète.

Le recordman d'Europe sur 100 m (9'86), lui, assure que la progression de son poulain prendra du temps : « Je ne fais pas de miracle. Chaque athlète est différent, a ses caractéristiques. Je pense qu'il peut faire parler de lui au niveau européen et mondial. S'il avance sans peur, c'est possible. »

Son approche de Dorian est avant tout psychologique. « Dorian parle très peu. Quand je l'ai connu, j'ai vite vu qu'il était sur la défensive, certains disent agressif, à cause de ce qu'il a vécu durant son enfance. J'ai commencé à lui parler pour qu'il se libère l'esprit, la tête et le cœur. Je lui parle et m'amuse avec lui comme si c'était mon fils, pour qu'il comprenne qu'il a une famille ici. Ça l'a beaucoup aidé », témoigne le coach.

Dorian attend désormais de vivre son rêve olympique au Japon. Et de se délester, dans son véloce sillage, des souffrances du passé : « [Les JO], ce sera aussi l'opportunité pour moi de faire passer le message que, qu'importe la situation que tu peux traverser dans la vie, tu peux toujours la surmonter et réussir avec foi, conviction et détermination », conclut-il.

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