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Tokyo 2021: Romane Dicko, un destin en or

Romane Dicko célèbre sa victoire au Grand Slam Paris, le 9 février 2020.
Romane Dicko célèbre sa victoire au Grand Slam Paris, le 9 février 2020. AP - Kamil Zihnioglu

Chaque jour, RFI vous propose de découvrir un sportif qui va participer aux Jeux olympiques ou paralympiques à Tokyo cet été. Aujourd'hui, c’est la judoka française Romane Dicko qui est à l’honneur. Déjà double championne d’Europe, la francilienne de 21 ans sera la grande favorite de la catégorie des « + de 78 kg ». Car malgré son jeune âge, Romane Dicko connaît une progression fulgurante et apparemment sans limite.

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Romane Dicko, c’est d’abord un débit de parole extrêmement rapide. Elle le reconnaît et en rit elle-même volontiers : « Oui, c’est ouf, je parle super vite. Il faut que j’apprenne à me poser mais je suis animée parce que je dis et ce que je fais, donc j’ai envie d’en parler et de dire beaucoup de choses, c’est tout ! »

Un débit express et un sourire inné. « On en parlait il y a deux jours avec mon père et il racontait que quand j’étais bébé, je ne faisais que de sourire, tout le temps. Donc c’est naturel pour moi, j’ai cette joie de vivre. Je me dis que la vie est belle, on est en vie et il faut en profiter. C’est valable également sur le tapis car le judo, c’est un jeu où il faut prendre du plaisir. Si on ne prend pas de plaisir sur le tatami, on ne s’éclate pas et on ne "performe" pas. Il ne faut jamais oublier cette notion de plaisir », affirme la jeune femme d’1m80.

Le plaisir du judo, Romane Dicko, dont les parents ont des origines camerounaises et maliennes, ne l’a découvert qu’à l’âge de 12 ans. Mais le talent et le potentiel étaient déjà là. L’actuel patron du judo féminin français, Larbi Benboudaoud, s’en souvient très bien : « Je l’ai connu très jeune, bien avant les Jeux olympiques de 2016, c’était une petite gamine de 12 ans, ceinture verte. Et quand j’ai vu le "morceau",  j’ai dit : "Ouh là, elle a vraiment quelque chose !” Et j’ai pensé : “Il faut tout de suite la mettre dans le circuit car si c’est une petite qui a envie, elle a le potentiel pour aller très loin.” », lance l’ancien champion du monde des « - de 66 kilos ».

Une précocité exceptionnelle chez les « + de 78 kg »

Et cette envie, elle l’avait la petite Romane, cet amour du combat et de la compétition qui la porte au quotidien :  « J’aime cette aspect de contact direct avec l’adversaire. L’idée qu’à un instant T, je suis au-dessus de mon adversaire. C’est moi qui l’ait fait tomber, c’est moi qui était supérieure à cet instant-là. C’est cet aspect de la compétition qui m’a vraiment plu. Même à l’école, quand on jouait au basket, je boudais quand on ne me faisait pas la passe parce que je voulais absolument que l’équipe gagne. Donc, cet esprit de compétition, il est en moi depuis mon plus jeune âge », affirme celle qui vient de terminer sa deuxième année de licence de mathématiques.

Cette rage de vaincre a permis à Romane Dicko, même pas encore ceinture noire, de devenir à 17 ans la plus jeune championne de France de l’histoire. Puis dix-huit mois plus tard, championne d’Europe. Une précocité étonnante selon son entraîneur, la championne olympique en l’an 2000 Séverine Vandenhende : « Elle fait partie de ces athlètes assez exceptionnels qui sortent un peu de la norme. Elle dispose à la base de qualités physiques hors normes. Le fait qu’elle perce très jeune, c’est vraiment rare, surtout dans une catégorie des “lourdes” où la maturité est plus tardive. Mais sa devise c’est : “Il n’y a pas d’âge pour gagner !”. Elle n’a pas envie de perdre de temps. Tout le mal que je lui souhaite en tout cas, c'est d’avoir la même carrière que Teddy Riner », conclut-elle dans un sourire…

Teddy Riner : « Romane va marquer le judo mondial pour longtemps »

Partenaire de club de Romane Dicko au Paris Saint-Germain, Teddy Riner la juge tout à fait capable de suivre ses traces de géant du judo : « Elle a un caractère exceptionnel qui fait qu’elle ne doute pas. Je la vois déterminée pour ces Jeux olympiques de Tokyo. Je ne vois pas qui peut la battre et je crois qu’elle va marquer le judo français et le judo international pour longtemps. On est de tout cœur avec elle et normalement, le 30 juillet, il y aura une belle Marseillaise de son côté », pense le décuple champion du Monde et double champion olympique des poids lourds.

Invaincue depuis un an et demi, la judoka française est effectivement la principale favorite à Tokyo chez les « + de 78 kilos ». Un destin donc cousu de fil d’or pour Romane Dicko, dont l’autre grande passion est… la couture.

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