Entretien

Tokyo 2021: la judokate de RD Congo Marie Branser éliminée et lassée

La judoka congolaise Marie Branser (en blanc) face à la Russe Aleksandra Babintseva, aux Jeux olympiques de Tokyo, le 29 juillet 2021.
La judoka congolaise Marie Branser (en blanc) face à la Russe Aleksandra Babintseva, aux Jeux olympiques de Tokyo, le 29 juillet 2021. REUTERS - SERGIO PEREZ

Marie Branser a été éliminée par la Russe Alexandra Babintseva en 16e de finale du tournoi de judo des Jeux olympiques de Tokyo 2021, ce 29 juillet, chez les moins de 78 kg. La Congolaise, lassée du manque de soutien des autorités sportives de RDC, songe à faire une pause dans sa carrière de judokate. Entretien.

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RFI : Marie Branser, vous avez affronté une adversaire difficile et le combat a été serré avec Alexandra Babintseva. Qu’est-ce qui a fait la différence ?

Marie Branser : Ça a surtout été une question de force. Elle est très forte physiquement. Elle était positionnée en tant que gauchère. Je n’arrivais pas à trouver des solutions, d’autant qu’elle restait toujours à distance. J’avais toujours un problème avec la main. Je posais ma main et elle la bloquait aussitôt. Ça a contrarié mes efforts. On avait un plan, préparé, au niveau des kumikata [techniques de saisies du kimono, Ndlr]. Mais elle a fait son truc. Et, à la fin, c’est elle qui a placé le deuxième wazari. Elle était la meilleure aujourd’hui.

Je suis triste et déçue aujourd’hui mais je ne peux pas changer le résultat. Je vais faire une pause maintenant et réfléchir à toutes les choses qui se sont passées, tous les problèmes auxquels j’ai dû faire face, à tout l’argent que j’ai dépensé dans le judo. Parce que c’est moi qui ai mis l’argent pour tous les combats auxquels j’ai participé. J’ai pleuré sans arrêt parce que je voulais juste pouvoir travailler sérieusement. Mais quand il y a des gens qui ne sont pas sérieux, ça ne se passe pas comme ça…

Heureusement, les gens en RDC m’ont toujours soutenu. Je veux d’ailleurs les saluer et les remercier. Leur soutien me rend fière. Mais il faut changer les habitudes. Si les gens qui dirigent veulent des résultats, il faut qu’on travaille ensemble. […]

Concrètement, que vous est-il arrivé depuis que vous défendez les couleurs de la RDC ?

(Silence) Est-ce que c’est normal qu’une double championne d’Afrique paie les frais liés à toutes ses compétitions ? Est-ce que c’est normal que le président de la Fédération ait bloqué ma participation aux Championnats d’Afrique ? […]

Il y a des gens qui ont commis de mauvaises actions. Je n’ai pas touché un euro et j’ai donné tout mon argent. À la fin de 2020, ces dépenses représentaient 13 000 à 14 000 euros. Depuis, il y a eu d’autres compétitions, et on en est peut-être à 16, 17 ou 18 000 euros. Alors que je touche 450 euros par mois… En parallèle, je m’entraîne très sérieusement, deux ou trois fois par jour.

Ma famille et mes amis m’ont beaucoup soutenu. Je remercie aussi mes sponsors à Kinshasa. Mais il faut aussi du travail de la part de notre Fédération de judo et du Comité olympique. Parce qu’autrement, je ne pourrai plus continuer. Je n’ai plus d’argent et plus assez d’énergie pour gérer tout ça.

Allez-vous continuer à représenter la RDC ?

(Elle hésite) C’étaient mes premiers Jeux olympiques. C’est un grand honneur pour moi, d’être ici. J’ai travaillé dur pour être à Tokyo. Je suis déçue de ne pas avoir ramené de médaille à la maison, pour ma famille, mes amis et moi, mais aussi pour la RDC. Mais ce sont les premiers JO. Ce n’est pas fini. Je vais prendre mon temps et réfléchir. Mais ce n’est pas que je n’ai pas envie de gagner une médaille aux Jeux de 2024. J’ai trois années pour travailler et progresser.

Tokyo 2021 : Calendrier des épreuves, résultats, tableau des médailles

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