Abus sexuels: un rapport accablant pour le basket malien

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- AFP - GERARD JULIEN

La Fédération internationale de basket-ball (FIBA) a publié ce 14 septembre 2021 un rapport indépendant sur des allégations d’abus sexuels perpétrés au sein du basket malien au cours des deux dernières décennies. L’enquête, dirigée par l’équipe du juriste Richard McLaren, confirme la gravité des faits et dénonce les obstructions de la Fédération malienne (FMBB). En revanche, elle n’a trouvé aucune preuve directe à l’encontre de l’actuel président de la FIBA. Hamane Niang était accusé par le quotidien The New York Times d’avoir fermé les yeux sur des cas, lorsqu’il était le patron de la FMBB (1999-2007) puis le ministre des Sports du Mali (2007-2011).

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Le rapport évite de citer les noms des victimes et les lieux où les abus sexuels ont été commis depuis la fin des années 1990, « pour protéger les témoins contre d'éventuelles représailles ». Preuve supplémentaire de la gravité de cette vaste affaire au sein du basket-ball malien, révélée en juin 2021 par le journal The New York Times puis l’ONG Human Rights Watch.

Ce 14 septembre, la Fédération internationale de basket-ball (FIBA) a mis en ligne l’enquête indépendante rendue par l’équipe du juriste Richard McLaren (MITT). Et elle a été difficile à mener, à en croire ses auteurs. « Les témoins interrogés par le MIIT ont décrit une culture de la peur, des représailles, et les dissimulations liées aux victimes d'abus sexuels au sein de la [Fédération malienne de basket-ball] (FMBB) au cours des décennies. Au moins 22 des potentiels témoins ont refusé de parler au MIIT, souvent pour ces raisons. »

Le MITT va plus loin : « La FMBB a joué un rôle dans ces efforts d'intimidation des témoins et d'autres actions visant à entraver l'enquête, y compris des témoignages contradictoires, évasifs et mensongers de plusieurs responsables de la FMBB, dont le président (Harouna) Maiga. »

Plusieurs personnalités du basket malien visées

Malgré ces obstacles, les enquêteurs indiquent avoir des « preuves directes que l'entraîneur (Amadou) Bamba a agressé sexuellement plusieurs joueuses, en plus d'autres formes de harcèlement et d'intimidation ». Ils soulignent que « le MIIT a recueilli des preuves concernant d'autres personnes et événements préoccupants. Cela comprend des preuves corroborées contre le président de la FMBB, Maiga, qui a été provisoirement suspendu par la FIBA au cours de l'enquête indépendante pour sa conduite d'entrave à l'enquête et pour avoir menti aux enquêteurs au sujet de sa connaissance antérieure d'abus […] ».

D’autres acteurs du basket malien sont cités dans ce vaste scandale, souvent pour avoir perturbé les investigations ou tout du moins pour ne pas avoir agi pour protéger les athlètes. La FIBA, dans un communiqué, indique ainsi qu’elle « prononcera des suspensions supplémentaires contre trois autres membres de la FMBB, en attendant l'ouverture d'une procédure disciplinaire : l'entraîneur Fanta Diallou, le secrétaire général [de la FMBB] Seydou Maiga et son vice-président Amadou Traoré ».

Les enquêteurs concluent : « Une acceptation institutionnalisée de la maltraitance des joueuses existe au sein de la FMBB. Et ni action ni effort n'ont été tentés pour reconnaître ou corriger cela. »

« Aucune preuve directe » contre le patron du basket mondial

L’équipe mandatée par la FIBA souligne en revanche qu’elle n’a trouvé « aucune preuve directe » contre l’actuel patron de la Fédération internationale de basket-ball : « L'allégation dans le New York Times selon laquelle Hamane Niang a ignoré les agressions contre les femmes pendant 12 ans, de 1999 à 2011, période au cours de laquelle il fut d'abord président de la FMBB puis ministre des Sports du Mali, ne peut être étayée par des preuves directes. »

Satisfait de ces conclusions, le Malien s’est exprimé à travers un communiqué : « Cette enquête est d'une importance capitale et je tiens à exprimer mon soutien personnel et inconditionnel aux victimes. Ces infractions doivent être dûment poursuivies par la FIBA ​​par le biais de procédures indépendantes. Puisque l'officier d'intégrité a confirmé mon innocence, je vais maintenant reprendre mes fonctions officielles avec la FIBA. » L’ex-président de la Confédération africaine (FIBA Afrique) s’était mis en retrait le 14 juin.

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