Golf: il y a 60 ans, PGA Of America mettait fin à la ségrégation des Noirs

Charlie Sifford en 1961, premier golfeur noir à participer au PGA Tour de l'époque.
Charlie Sifford en 1961, premier golfeur noir à participer au PGA Tour de l'époque. © Duane Howell/The Denver Post via Getty Images

Le 9 novembre 1961, la Professional Golfers' Association (PGA) of America, puissante organisation de golf professionnel, abrogeait la règle « caucasians only ». La toute-puissante PGA autorisait ainsi enfin des golfeurs non-blancs à participer à certaines des plus grandes compétitions dans ce sport.

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Jusqu’au 9 novembre 1961, il n’y avait pas que les balles qui étaient toutes blanches, sur les terrains de la Professional Golfers' Association (PGA) of America. Les joueurs aussi devaient être exclusivement blancs dans cette association ayant donné naissance au mythique PGA Tour [1], qui est au golf ce que la NBA est au basket-ball.

Avant cette date, les compétitions PGA Of America étaient en effet réservées aux athlètes « caucasiens », une typologie souvent employée en Amérique du Nord pour désigner les personnes blanches. Une ségrégation contre laquelle deux golfeurs afro-américains nés en 1913, Bill Spiller et Ted Rhodes, se sont particulièrement battus.

Le combat de Bill Spiller

En 1948, Spiller et Rhodes se préparent à participer à l’Open de Richmond, en Californie, pour lequel ils sont qualifiés. Mais la PGA Of America leur barre la route du tournoi. Elle invoque un point de règlement de ses statuts, instauré en 1934 : « Les golfeurs professionnels de la race caucasienne, âgés de plus de 18 ans, résidant en Amérique du Nord ou du Sud, et qui ont servi au moins cinq ans dans la profession [...] sont éligibles pour l'adhésion. »

Les deux joueurs noirs, outrés par cette discrimination, ne veulent pas en rester là. Surtout Spiller. Ils engagent alors un avocat. Ils insistent sur un point : la PGA les empêche d’exercer leur activité professionnelle. Ils s’appuient pour cela sur Taft-Hartley Act, qui régule une partie du droit du travail aux États-Unis depuis 1947.

En difficulté sur le terrain judiciaire, la PGA leur propose un accord à l’amiable. Elle promet que les Noirs seront désormais autorisés à s’aligner. Mais elle n’en fera rien, s’assurant que seuls des golfeurs blancs seront invités à ses compétitions…

Le golfeur américain Bill Spiller en 1952.
Le golfeur américain Bill Spiller en 1952. Bettmann Archive - Bettmann

La superstar de la boxe Joe Louis monte sur le green

En 1952, surprise : Bill Spiller et surtout un certain Joe Louis sont invités à l’Open de San Diego. Joe Louis est l’un des plus grands boxeurs de tous les temps et l’une des premières icônes noires du sport mondial. Or, le jeune retraité des rings est depuis les années 1930 un amoureux du golf et un golfeur émérite.

La PGA tente alors de barrer la route à Spiller et Louis. Mais, face au tollé soulevé par l’exclusion de Louis, la PGA doit se résoudre à laisser l’ex-champion du monde des poids lourds participer en tant « qu’amateur exempté de qualification ». La superstar profite de l’événement comme d’une tribune pour dénoncer auprès des grands médias américains « les préjugés raciaux du golf, le dernier sport dans lequel ils existent encore ». Joe Louis financera ensuite la carrière de plusieurs golfeurs noirs. Il créera aussi First Tee, une association qui aide les enfants défavorisés à s'initier au golf.

Bill Spiller (à gauche) et Joe Louis, jouant au golf en 1952.
Bill Spiller (à gauche) et Joe Louis, jouant au golf en 1952. Bettmann Archive - Bettmann

En 1961, le menace qui fait basculer la PGA

Durant la décennie qui suit, les golfeurs afro-américains ont un accès extrêmement réduit aux compétitions de la PGA Of America. En 1960, l'écrivain marxiste Harry Braverman encourage Spiller à contacter le procureur général de l’État de Californie, Stanley Mosk. Ce dernier, sensible à la question des droits civiques, prend le dossier en mains. Il menace la PGA : elle ne pourra plus parrainer d’événements en Californie tant qu’elle n’aura pas supprimé sa règle discriminatoire. Mosk se met ensuite à contacter des procureurs généraux d’autres États pour qu’ils prennent des dispositions similaires.

Cette fois, la PGA est forcée de reculer, véritablement. Le 9 novembre 1961, lors d’une Assemblée générale en Floride, elle abroge la règle « caucasians only ». Le quotidien The New York Times titre en Une : « L'organisation Pro Golf met fin à l'interdiction des non-blancs en tant que membres. P.G.A. Élimine la clause restreignant son adhésion aux golfeurs pros blancs. »

Une brèche qui a ouvert la voie à des champions comme Tiger Woods

Pour des joueurs de l’âge de Spiller et Rhodes, il est toutefois trop tard. En revanche, ils ont ouvert la voie à d’autres générations de joueurs. En 1961, Charlie Sifford devient ainsi le premier noir à disputer le PGA Tour [1] en tant que pro.

En 1964, Pete Brown devient le premier Afro-Américain à gagner une compétition. En 1975, Lee Eder est le premier Noir à disputer le prestigieux Masters d’Ausgusta. Et en 1997, Tiger Woods remporte ce mythique tournoi du Grand Chelem, brisant une nouvelle barrière.

En 2009, la PGA of America, contrite et repentante, accorde une adhésion à Spiller et Rhodes, ainsi que le statut de membre honoraire à Joe Louis, à titres posthumes. Par leurs combats, ils ont contribué à ouvrir le golf au monde.

Le golfeur américain Tiger Woods, le 14 juillet 2020 à Dublin (Ohio)
Le golfeur américain Tiger Woods, le 14 juillet 2020 à Dublin (Ohio) SAM GREENWOOD GETTY IMAGES/AFP/Archives

[1] À partir de 1968, le PGA tour est devenu une structure indépendante de la PGA Of America.

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