Réseaux sociaux

La diplomatie digitale française à la traîne

Avec l’explosion d’internet, la diplomatie a franchi une nouvelle étape. Celle de la « diplomatie digitale ». Présidents, chefs de gouvernements, diplomates ou leaders d’opinion, tous portent désormais la voix de leurs pays sur les réseaux sociaux. A la traîne, la France tente de rattraper son retard sur la Toile.

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Avoir une vision globale de l’activité diplomatique de la France sur Twitter, c’est ce que propose la console lancée par le ministère des Affaires étrangères français, lundi 24 février. La mise en ligne de cette plateforme témoigne de la volonté de l’Hexagone de s’ouvrir à cette nouvelle forme de communication qui bouleverse les codes établis de l’art délicat de la diplomatie.

Facebook, Twitter, Google +, YouTube, Instagram... Tous ces réseaux sociaux sont  devenus de nouvelles armes d’influence pour les États et de nouveaux canaux pour porter les valeurs d’un pays. Et ce, même dans un domaine d’ordinaire cloisonné et limité à une poignée d’acteurs majoritairement étatiques : la diplomatie. Mais avec un peu plus de 646 000 abonnés pour 102 comptes Twitter et plus de 90 000 fans sur sa page Facebook principale, la France reste encore loin d’être un influenceur de premier plan sur Internet.

Prise de conscience tardive

"The e-diplomacy hub" mesure en temps réel l'influence diplomatique des Etats sur Twitter © Capture d'écran
"The e-diplomacy hub" mesure en temps réel l'influence diplomatique des Etats sur Twitter © Capture d'écran

« L'appareil diplomatique français a mis du temps à comprendre que le numérique n’était pas seulement un avatar de la diplomatie publique sur Internet », explique Thomas Gomart, directeur du développement stratégique de l’Ifri (Institut français de relations internationales). Le premier compte Twitter du ministère, @francediplo, a été ouvert en 2009, sept ans après la mise en place d’un premier groupe de travail sur la diplomatie numérique au département d’Etat américain. Une prise de conscience tardive due à une culture diplomatique peu propice au numérique, à une absence de veille stratégique ou encore à une confiance limitée aux acteurs individuels.

Si le Quai d’Orsay se targue aujourd’hui d’une forte présence sur les réseaux sociaux, sa voix diplomatique trouve encore peu d’échos dans la sphère numérique. Sur la plateforme « The e-diplomacy Hub », outil de mesure de l’influence diplomatique des Etats sur internet lancé en 2013 par l’AFP, la France n’arrive qu’en 26e position, distancée par ses alliés historiques (Etats-Unis, Royaume-Uni) mais aussi loin derrière des Etats comme la Malaisie, le Koweit, la Colombie ou l'Arabie Saoudite.

Prendre le pouls du monde

Pourtant, l’enjeu est de taille. De plus en plus de diplomates créent des pages Facebook et des comptes Twitter. Une manière de porter une voix diplomatique différente, plus humaine et d’impacter plus largement le public sur les questions de politique étrangère. Mais aussi et surtout, un moyen de « prendre le pouls du monde à un moment donné »,selon Carl Bildt, le ministre des Affaires étrangères suédois qui compte plus de 250 000 followers sur Twitter.

Suivez John Kerry sur Twitter

« Cette élite à laquelle appartenaient les diplomates est en train d’être complètement ébranlée par la vague numérique, souligne Thomas Gomart, car il y a une aspiration des gens à s’exprimer et à prendre parti sur les questions de politique étrangère ». Ces aspirations des internautes à s'impliquer dans le débat autour de la politique étrangère de leur pays, la diplomatie française n'arrive actuellement pas à y répondre, selon ce chercheur en diplomatie numérique.

Participer à la discussion

Rares sont encore les acteurs diplomatiques français à gérer leur propre compte Twitter, généralement délégué à une équipe de communicants, là où le secrétaire d'Etat américain John Kerry tweete en personne. Même certains chefs d'Etat se prêtent au jeu : en septembre 2013, le président américain Barack Obama et le président iranien Hassan Rohani ont échangé des amabilités sur Twitter. 

Loin d'impliquer une transparence totale de l'Etat sur sa politique étrangère (le secret sera toujours nécessaire à la conduite de négociations), cette diplomatie 2.0 appelle à participer à la discussion engagée sur les réseaux sociaux pour donner une visibilité à son territoire et investir ce système nerveux qu'est désormais Internet. « En France, ils commencent à faire de la diplomatie numérique un peu comme un produit d'appel, comme un souci de communiquer sur le métier de diplomate », lance Thomas Gomart. « Mais il manque encore le vrai sujet: "Est-ce qu'on rentre dans le système de discussion ou non?" »

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