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Internet

Google, c’est maintenant aussi du chinois !

Ryoko Nishizuka, typographe, s'est chargée d'une partie du travail.
Ryoko Nishizuka, typographe, s'est chargée d'une partie du travail. @Adobe

Google veut décidément tout comprendre, mais Google ne peut pas tout posséder. Il lui manquait ainsi les contours d’un alphabet d’une région stratégique : l’Asie. C’est bientôt chose faite, avec un projet gigantesque achevé depuis peu en partenariat avec Adobe : une police d’écriture universelle. Par le biais de cette police d’écriture (en open-source), Google pourra-t-il investir un marché qui lui demeure toujours aussi fermé ?

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Les polices d’écriture asiatiques sont utilisées par un quart de la population mondiale. Elles sont riches et complexes et souvent très coûteuses ; avec beaucoup moins de choix que celles occidentales (riches en typos originales et stylisées !). On ne s’en rend pas toujours compte, mais pour écrire, on utilise des polices d’écriture qui ont été pensées, dessinés et rendues disponibles. C’est historique (vieux presque comme l’écriture en somme) mais c’est aussi une activité très moderne (l’imprimerie est passée par là et surtout dernièrement l’informatique). On parle de typographie et de typographes pour qualifier les experts dans le domaine. Frank Adebiaye analyse les évolutions de ce métier, il est venu à la typographie par l'informatique. Pour lui, si on prend un peu de recul, « la typographie c’est le moyen de rentrer dans les codes d’un pays et c’est tout particulièrement vrai quand on se déplace de l’alphabet latin vers un autre univers… »

« Leur objectif, c’est un peu d’indexer le monde »

Il s’agissait d’une difficulté de langage, quasi une barrière, qui est apparue pour Google, véritable machine à indexer les contenus, mais qui pour l’instant souffrait en Asie (de part une sérieuse censure en Chine certes, mais dont certaines polices d’écriture lui échappaient également). Et comme « leur objectif, c’est un peu d’indexer le monde », sourit Frank Adebiaye, un chantier phénoménal s’est déroulé pendant trois années, orchestré par Google en partenariat avec Adobe. Le résultat a été annoncé cet été : « la plus importante police de caractère en open source jamais créée » dixit le site dédié.

« Un formidable cadeau que fait Google »

Frank explique : « Le projet s’intitule Noto. » « Noto » pour no-tofu, ces espaces vides qui apparaissent à l’écran quand l’ordinateur ne comprend pas la police. « Toutes ces absences qu’il peut y avoir, c’est un peu tout ce que Google n’arrive pas à couvrir. Alors le moteur de recherche s’est attaqué au CJK, pour chinois japonais coréen. Toute la géographie des signes de ces pays. C’est un travail gigantesque ! » Un travail en investissement humain et monétaire considérable pour faire un caractère qui soit libre et gratuit et qui supporte ces langues. Mais pourquoi ? « C’est un moyen de diffusion considérable. Tout le monde va pouvoir s’approprier ces caractères-là. C’est un formidable cadeau que leur fait Google », explique Frank Adebiaye.

« C’est donner quelque chose pour mieux rentrer »

Pour Frank Adebiaye ce n’est, bien évidemment, pas anodin. « C’est donner quelque chose pour mieux rentrer. C’est une sorte de cheval de Troie, et en échange, ils vont pouvoir obtenir des informations. » De plus, « l’écriture chinoise se prête très bien à l’indexation des contenus. La langue chinoise fonctionne par combinaison de notions (et non des lettres). En utilisant cette langue, on arrive à savoir sémantiquement comment les gens s’approprient les notions. Dans le cadre du chinois, c’est un moyen d’entrer dans une culture et de la comprendre. »

« Contrôler, échanger et ouvrir de nouveaux territoires »

Mais à quelle fin ? « Ce travail exhaustif sur le codage des caractères pourrait par exemple permettre de proposer un service de mail avec des noms en chinois. Aujourd’hui, c’est impossible et c’est même problématique, car on rencontre beaucoup d’homographies (même façon d’écrire mais une prononciation différente). » Là où Google a échoué en tant que moteur de recherche (Baidu représente 70 % des recherches chinoises) il va peut être réussir autrement, mais ça va prendre du temps. Et Frank Adebiaye de s’amuser de cette géopolitique typographique. « On passe d’une problématique typographique anodine à quelque chose de très actuel et large en matière de géopolitique, c’est vraiment un moyen de contrôler d’échanger et d’ouvrir de nouveaux territoires. »

 

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