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Internet

Qu'est-ce que les nouvelles technologies ont changé au sexe?

Les nouvelles technologies auront, à terme, le moyen de répondre à tous les fantasmes.
Les nouvelles technologies auront, à terme, le moyen de répondre à tous les fantasmes. Tom Merton
Texte par : Charlotte Herzog
7 mn

Le 13 avril dernier, des étudiantes en stratégie et communication digitales ont organisé la conférence « Allez vous faire intermettre : ce que le numérique a changé au sexe » au Campus Cluster dans le XIIIe arrondissement de Paris. À cette occasion, la question de l’évolution des relations sexuelles au contact du numérique a été abordée par des experts du milieu du numérique, de la pornographie et de la sexualité. Les questions étaient nombreuses, et quelques-unes sont restées en suspens.

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« En un clic on s’embrase, en deux clics on se trompe, en trois clics on se jette. » Catherine Demangeot est sexothérapeute et, selon elle, la consommation des contacts virtuels constitue un obstacle à l’épanouissement sexuel. Pour cette spécialiste du couple, la chimie des phéromones humaines, qui participent grandement à l’attraction sexuelle de deux êtres, ne pourra être remplacée par « l’envoi d’orgasmes en pièce jointe aux emails. »

Le numérique, poison et antidote

Internet est devenu un lieu où la vie privée n’est plus cachée aux autres. La notion de l’intimité y est devenue énigmatique et un langage pornographique 2.0 se distingue à travers une manière d’établir sa relation à l’autre. Cet autre, mis à distance par les écrans et reconnecté grâce aux nouvelles technologies.

La numérisation des aspects de notre vie sentimentale, qui rompt une partie du lien social en séparant physiquement les individus, crée paradoxalement un fort besoin de connexion avec l'autre. Internet se propose de satisfaire ce besoin à travers les réseaux sociaux. Le numérique devient ainsi le poison et l'antidote.

C'est quoi la norme des pratiques sexuelles, Catherine Demangeot ?

Maud Bettina-Marie et Juliette Tresanini, les créatrices de la websérie Parlons peu, parlons cul diffusée sur YouTube, sont aussi intervenues. Selon elles, cette chaîne au nom univoque s’inscrit dans la « désacralisation du sexe » à travers des vidéos voulues « informatives », mais surtout « humoristiques ». Aujourd’hui, « on est lassé du sexe ennuyeux et pas concerné par le sexe trash, on a envie de rire ».

Loin d’être militantes, les Youtubeuses disent délivrer un message d’ouverture d’esprit et de tolérance en rassemblant toutes les femmes qui n’auraient pas envie de faire de fellation et en conseillant les hommes sur les choses à éviter lors d’un cunnilingus.

C'est quoi le message de Youtubeuses qui "parlent peu, parlent cul", Maud et Juliette ?

L’illusion d’une sexualité libérée participe au bouleversement du rapport que l’on a avec soi-même. L’acceptation de son corps et la quête du plaisir ne passe pas par les réseaux sociaux. La spécialiste en sexothérapie emprunte une phrase culte au film de Jean Eustache, La maman et la putain : « Une honnête femme n’a pas de plaisir », aujourd’hui il s’agit plutôt de ressembler à des amantes/mamans chez qui rien ne pend, rien ne dépasse, rien n’est anormal, plutôt que d’être soi-même. Cette injonction à réussir notre sexualité pour réussir notre vie n’est pas un progrès, selon Catherine Demangeot.

La pornographie partageable et acceptable

Avec des centaines de millions d’heures de vidéos consommées chaque jour sur Internet par un tiers des internautes du monde entier, la pornographie accessible à tous et gratuite est devenue un « vulgaire » produit de consommation qui renvoie les individus à leur propre sexualité.

La gratuité de ce qui était jadis payant a plongé les producteurs de films pour adultes dans la crise, mais « la consommation, elle, ne connaît pas la crise », selon Ghislain Faribeault, vice-président média de Marc Dorcel, présent à la conférence. C’est en produisant du contenu adapté aux nouvelles plates-formes que la célèbre boîte de production de porno ne s’effondre pas, au contraire : « Chaque décennie, des évolutions technologiques changent complètement la façon dont les gens consomment. Soit tu t’adaptes, soit tu meurs », affirme Ghislain Faribeault.

Grâce au numérique, la communication ne coûte plus rien non plus : zéro euro d’achat média pour leurs campagnes de pub, selon le vice-président. La pornographie de Dorcel est partageable, devient acceptable et enviable. Des marques comme la Société Générale, Michelin, Darty ou Mikado s’associent avec l’industrie du film pour adulte qui distribue ses produits pornographiques dans 56 pays. Ghislain Faribeault souligne qu’« il y a quelques années, une marque pour adulte n’aurait pas pu communiquer avec des personnalités sur Twitter, être certifiée sur Facebook, ou apposer un slogan sexy, drôle, piquant sur des campagnes de biscuits. »

C'est quoi l’impact du numérique sur l’évolution des relations, Ghislain Faribeault ?

Que cela nous plaise ou non, il existe un lien indéniable entre la technologie et l’évolution humaine. C’est le message du documentaire futuriste de Vice sur L’amour à l’ère du numérique. L’enquête de la journaliste Jo Fuertes-Knight confronte les limites de la réalité et l’infini champ des possibles ouvert par le virtuel. Le cybersexe existe déjà concrètement pour ceux qui font des rencontres en ligne, et la webcam ou le logiciel FaceTime seront bientôt obsolètes face à l’émergence de relations sexuelles virtuelles rendues possibles grâce à des jouets numériques. Le fondateur de Kiiroo, producteur de jouets numériques pour le sexe numérique explique à la journaliste son grand projet de « connecter les gens via internet d’une façon plus intime que jamais ».

« Le cerveau sera dupé, à un certain niveau »

D'ores et déjà, avec la réalité virtuelle, nos sens sont abusés par l’immersion dans des situations que l’on ne vit pas réellement. Les nouvelles technologies auront, à terme, le moyen de répondre à tous les fantasmes. La création de personnages virtuels disposés à satisfaire le moindre de nos désirs, la moindre de nos lubies, sera également rendue possible. Ce phénomène qui va au-delà de notre entendement n’est pas pour tout de suite, ni pour tout le monde, mais pour le fondateur de Frixion - plate-forme digitale pour les relations à distance, interrogé par la journaliste de Vice, « le cerveau sera dupé, à un certain niveau ».

Les années 1980, 1990 et 2000 ont emporté avec elles les pages « lingerie » des catalogues de La Redoute, les Minitel Rose, les cassettes vidéos et autres DVD pornographiques. Aujourd'hui, avant de savoir si oui ou non, le numérique nous permettra de tomber amoureux d’un(e) petit(e) ami(e) virtuel(le); avant de connaître ce que seront les futurs fantasmes et autres lubies sexuelles tapés dans les moteurs de recherche ; nous avons interrogé, lors de la conférence, Adeline Anfray, rédactrice en chef du magazine Wyylde, titre de presse à la parole sexuelle débridée et qui se présente comme « porte-voix d’une nouvelle culture sexuelle » pour la génération de l'avenir.

C'est qui la communauté Wyylde Adeline Anfray ?

 

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