Tirailleurs

Le prytanée militaire de Saint-Louis, un «creuset d'excellence»

"Savoir pour mieux servir". La devise des prytanées militaires.
"Savoir pour mieux servir". La devise des prytanées militaires. © Bineta Diagne

Qu’ils soient cadres, médecins ou militaires, les anciens du Prytanée* militaire Charles N'Tchoréré de Saint-Louis du Sénégal évoquent avec fierté leur école qu’ils considèrent, comme un «creuset d'excellence». Cet établissement a formé plusieurs personnalités africaines : de l’actuel chef d’État-major des armées du Sénégal le général Abdoulaye Fall, en passant par l’empereur Jean-Bédel Bokassa (République de Centrafrique), l’ancien président du Niger Ali Saibou, le général Lansana Conté, ancien président de la Guinée,  ou encore, l’ancien président du Bénin, Mathieu Kérékou.

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Créée en février 1923, l’école était dans un premier temps localisée sur la pointe nord de la ville de Saint-Louis, dans les locaux de la 3e Compagnie du 1er régiment de tirailleurs sénégalais.

Placée sous la tutelle de l’administration coloniale, elle a été fondée après la Première Guerre mondiale pour «faire face aux pressants besoins des troupes de l’Afrique occidentale française en soldats africains d’un niveau technique et intellectuel supérieur à celui des gradés provenant du recrutement normal», indique la Direction de l’école. L’établissement se nommait alors «École des enfants de troupes de Saint-Louis» et ne comptait qu’une trentaine d’élèves, recrutés dans les familles de chefs traditionnels, de notaires et de militaires.

On grandit réellement dans cette école

Abdoulaye Kanouté

Le capitaine gabonais Charles N’Tchoréré fut le premier officier africain à en assurer le commandement en 1938. En 1946, l’école est transférée à 8km du centre de Saint-Louis, au camp de Dakar-Bango. Il s’agit d’un milieu reculé et forestier. Puis de 1953 à 1974, l’établissement devient l’«École militaire préparatoire africaine» : l’enseignement est plus large, les pensionnaires peuvent présenter le brevet d’études, puis le baccalauréat (à partir de 1962). Enfin, en octobre 1973, le premier président du Sénégal indépendant, Léopold Sédar Senghor, la rebaptise sous le nom de «Prytanée militaire Charles N’Tchoréré», en hommage au premier officier noir à la direction de cet établissement.

On accède au prytanée par voie d’un concours. Des élèves d’une dizaine de pays partenaires y sont également admis sur dossier (Mali, Guinée, Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Tchad, Niger, Centrafrique, Gabon, Mauritanie, Bénin).

J'étais fasciné par la tenue, le menton haut, les épaules relevées

Cheikh Tidiane Gadio

Le commandant du prytanée militaire, le lieutenant-colonel Gora Mbaye, est formel : «il y a une exigence de résultats : une fois admis dans l’école militaire, les élèves doivent avoir au moins 10 sur 20 de moyenne pour passer en classe supérieure», souligne-t-il. Lors de leur scolarité, les enfants de troupes reçoivent un enseignement calqué sur le programme défini par le ministère de l’Éducation nationale : les langues étrangères, le français, les maths, l’histoire et la géographie etc. Le tout, dans un cadre idéal : «les effectifs varient entre 20 et 25 élèves par classe», note le lieutenant Abdoulaye Pouye, membre du personnel officier de l’école.On est bien loin des effectifs massifs que l’on retrouve dans les écoles publiques sénégalaises. «L’Éducation nationale a toujours essayé d’affecter les meilleurs professeurs au prytanée pour maintenir l’excellence», surenchérit le commandant de l'école. Et les résultats semblent refléter ce milieu favorable : en 2009, le prytanée enregistrait 96,87% de taux de réussite au brevet d’études et 94,73% pour le baccalauréat.

Cheikh Tidiane Gadio, au prytanée militaire de Saint-Louis.
Cheikh Tidiane Gadio, au prytanée militaire de Saint-Louis. (DR)

La particularité du prytanée repose sur son organisation : l’enfant de troupe étudie dans la «première brigade» (de la 6e à la classe de 3e) puis dans la «seconde brigade» (de la seconde à la terminale).

À la tête de chaque brigade, figure un lieutenant, responsable de 14 sous-officiers jouant le rôle de chef de classe. Les llieutenant et les chefs de classe sont recrutés par le ministère des forces armées. Les professeurs (histoire, maths, langues etc) sont sélectionnés par le ministère de l'enseignement moyen et secondaire.

Par ailleurs, comme son nom l’indique, le prytanée dispense de cours de préparation militaire.

Tous les matins à 6h, les enfants de troupe subissent environ trente minutes de «décrassage» (gymnastique intensive), avant d’assister au lever du drapeau dans la cour de l’école. Puis, en tenues de camouflage marron et vert, les enfants de troupes suivent un emploi du temps classique.

Prytanée militaire de Saint-Louis. Cours de musique
Prytanée militaire de Saint-Louis. Cours de musique © Bineta Diagne

Enfin, le prytanée délivre depuis peu, un brevet de parachutisme et le permis de conduire pour les élèves de terminale.

À l’issue de leur scolarité, paradoxalement, les élèves ne se destinent pas automatiquement à une carrière militaire. D’après le lieutenant-colonel Gora Mbaye, les principaux débouchés sont la médecine, les écoles d’ingénieurs et les bourses dans les écoles supérieures.

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* Le prytanée : dans les cités grecques, édifice public abritant le foyer où brûlait le feu perpétuel, lieu où le peuple invitait à prendre leur repas les personnes qu'il voulait honorer (ambassadeurs, citoyens méritants). Après la Révolution française, le mot «prytanée» est utilisé pour désigner un établissement d'éducation secondaire destiné à des élèves méritants ou aux fils de personnes ayant rendu des services à l'État (militaires en particulier), touchant généralement une bourse de l'État et pouvant avoir ensuite accès à des études supérieures ou à un poste dans l'administration  (Dictionnaire de l'Académie française).
 

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