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Tirailleurs sénégalais

Les tirailleurs et la France: un siècle et demi d'histoire commune

Défilé à Djibouti.
Défilé à Djibouti. DR
Texte par : RFI Suivre
8 mn

On ne peut envisager l’histoire militaire de la France au XXe siècle, sans évoquer les tirailleurs africains, parfois appelés aussi « les indigènes », comme le rappelle le film Indigènes qui, en 2004, remit la question des tirailleurs au cœur de l’actualité. Que ce soit pour conquérir de nouveaux territoires sur le continent africain au XIXe et au début du XXe siècle ou pour lutter contre l’ennemi allemand lors des deux guerres mondiales, un lien très étroit unit la France et ses gouvernants avec les populations d’Afrique francophone.

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L’aventure des tirailleurs commence dans le cadre de la conquête coloniale en Afrique. Débuts ambigus, puisque les premières recrues sont des anciens esclaves que l’autorité militaire se propose de « racheter » pour en faire des hommes libres (l’abolition de l’esclavage intervient en 1848). Faidherbe mettra fin à cette pratique en instituant, en 1857, le premier bataillon de tirailleurs sénégalais. L’expression s’imposera pour tous les tirailleurs coloniaux, quelle que soit leur origine, engagés volontaires ou recrutés sous la contrainte, dont la première fonction est d’aider à conquérir de nouveaux territoires africains. Dans des régions où la dureté du climat et les maladies tropicales font de nombreuses victimes parmi les Français de la métropole (avec un taux de mortalité de 50% d’engagés), le tirailleur offre l’atout d’une meilleure résistance.

L’usage de cette Force noire (telle qu’elle fut théorisée par le général Mangin) se perpétuera à travers le temps, en particulier pour lutter contre d’autres nations européennes et plus spécifiquement l’Allemagne. Les Allemands étant pratiquement deux fois plus nombreux que les Français, de nombreux contingents africains débarqueront sur le sol français peu de temps avant la Première Guerre mondiale. Ils seront rejoints, et ce dès 1915, par un surplus de troupes africaines souvent enrôlées de force, ce qui entraînera au cours du conflit de dures révoltes.

Quelques documents

Pas moins de 180 000 tirailleurs africains auront donc combattu pour la patrie française, tout au long des conflits du XXe siècle (en incluant les guerres de la décolonisation). Leur comportement d’une loyauté exemplaire sur le champ de bataille sera récompensé par de multiples décorations. Ceci contribuera à modifier considérablement les représentations en vigueur dans la population française. Pourtant, la publicité célèbre d’une boisson chocolatée continuera d’entretenir une image peu flatteuse : le fameux « Y’a bon Banania », fait du Noir africain un homme brave, mais encore à « civiliser ».

Le général de Gaulle, lui, n’oubliera jamais que ce sont les colonies africaines qui furent les premières à se rallier à la France libre. Brazzaville au Congo devient en 1944 la capitale d’une France en voie de libération. La conférence de Brazzaville, pour la première fois, vise à redéfinir la relation entre la France et les colonies africaines en y introduisant l’idée d’émancipation.

Photographies

Ceci avec des conséquences parfois surprenantes. Ainsi, des soldats africains professionnels, fidèles à leur engagement aux côtés de la France, se retrouvent à combattre jusque dans les années 60 contre les mouvements indépendantistes en Afrique et en Asie.

Un autre combat commence ensuite pour les tirailleurs, cette fois-ci sur le terrain juridique. Leur revendication a le mérite de la logique : obtenir que leur présence aux côtés des Français lors de ces différents conflits armés soit récompensée à part égale dans le versement des pensions de guerre. Jacques Chirac, alors président de la République, finira en 2004 par les entendre avec la « décristallisation » des pensions de combattants.

Article rédigé en 2010 par Frank Lorenzetti (Master de journalisme européen, Université de Reims).

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