Syrie

Syrie: Human Rights Watch dénonce l’exécution de 67 civils par des rebelles

Des rebelles syriens à Alep, le 26 septembre 2013.
Des rebelles syriens à Alep, le 26 septembre 2013. REUTERS/Saad AboBrahim

Les faits que rapporte Human Rights Watch se sont produits début août, en Syrie, dans la province de Lattaquié où selon l’ONG, au moins 190 civils ont été tués par les insurgés et 200 pris en otage. Dans un rapport diffusé ce vendredi 11 octobre 2013, Human Rights Watch affirme apporter les premières preuves de crimes contre l’humanité commis par les rebelles au régime de Bachar el-Assad.

Publicité

L’attaque s’est déroulée le 4 août 2013 dans des villages alaouites de la province de Lattaquié. Ce jour-là, peut-on lire dans le rapport de Human Rights Watch, une vingtaine de groupes d’insurgés attaquent dix villages ; au moins 190 civils sont tués dont 57 femmes et 18 enfants et 200 habitants sont pris en otage. L’enquête menée par l’ONG sur place lui a permis de compiler la liste des noms de toutes ces victimes. Elle a par ailleurs interrogé plus de 35 personnes parmi lesquelles des survivants des offensives et des membres des équipes de secours ainsi que des combattants et des militants des deux camps.

 
Complice de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité
 

Pierre-Yves Hénin

« En se fondant sur son enquête sur place, sur les déclarations de témoins, sur des vidéos et des photos, et sur un examen de dossiers d'hôpitaux, Human Rights Watch a déterminé que les forces d'opposition ont tué en violation des lois de la guerre au moins 67 des 190 civils morts qui ont été identifiés. En ce qui concerne les autres victimes, des enquêtes plus poussées sont nécessaires pour déterminer les circonstances de leur mort et si celle-ci résulte d'un meurtre commis en violation des lois de la guerre. Ces personnes n’étaient pas armées ou tentaient de fuir » précise HRW, dans son rapport qui compte 105 pages.

L’organisation a également identifié cinq groupes rebelles qui ont participé à l’offensive du 4 août : Ahrar al-Sham, État islamique d'Irak et du Levant, Jabhat al-Nusra, Jaish al-Muhajireen wal Ansar et Suquor al-Izz. Les responsables de ces groupes « pourraient être rendus pénalement responsables de meurtres, de prises d'otages et d'autres exactions » précise HRW qui ajoute que l’opération a été financée « au moins en partie par des personnes résidant au Koweït et dans d’autres pays du Golfe ».

Par contre, le rapport n’est pas très clair sur le rôle qu’a pu tenir l’Armée syrienne libre (ASL), la principale coalition de l’opposition soutenue par les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, la France et les pays sunnites du Golfe. Malgré son enquête, l’ONG dit ne pas être en mesure de confirmer la présence de l’ASL cette nuit-là. Pourtant, dans une vidéo mise en ligne le 11 août, le chef de l’ASL, Salim Idriss revendique sa participation « dans une large mesure » à l’offensive menée le 4 août dans la province de Lattaquié.

Quoi qu’il en soit, HRW recommande aux « gouvernements concernés qui ont une influence sur ces groupes armés d'opposition de les presser de cesser de se livrer à des attaques délibérées, sans discernement et disproportionnées contre les populations civiles. En outre, tous les gouvernements, toutes les compagnies et tous les particuliers devraient cesser immédiatement de vendre ou de fournir des armes, des munitions ou du matériel à ces groupes et de les financer. Quiconque le fait, poursuit le rapport, « peut être considéré comme complice de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité ».

La question lancinante des otages

Au cours des attaques des villages, 200 personnes ont été enlevées, en majorité des femmes et des enfants qui sont depuis retenues en otages par deux groupes, l'État islamique d'Irak et du Levant et Jaish al-Muhajireen wal Ansar, selon des sources au sein de l’opposition.

Depuis, des habitants ont indiqué à HRW avoir vu leurs proches en arrière-plan d’une vidéo publiée sur YouTube le 7 septembre. La séquence montrait des civils de la région de Lattaquié retenus en otages par le chef local du groupe Jaish al-Muhajireen wal Ansar, un Libyen nommé Abou Souhaib. Human Rights Watch s’adresse aux pays qui ont une influence sur ces groupes : « Ils devraient les exhorter à libérer leurs otages », recommande l’ONG.

Les dix villages qui ont été attaqués le 4 août par des groupes d’insurgés, lors de la nuit de l’Aïd el-Fitr qui marque la fin du ramadan, ont été repris par les forces gouvernementales dès le 18 août. 

 

NewsletterRecevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail