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Phillippines

Philippines: une solidarité 2.0 au service de l'aide humanitaire

Un enfant se fraye un chemin à travers les ruines d'habitations dévastés par le typhon Haiyan, dans la périphérie de Tacloban city, le 13 novembre 2013.
Un enfant se fraye un chemin à travers les ruines d'habitations dévastés par le typhon Haiyan, dans la périphérie de Tacloban city, le 13 novembre 2013. REUTERS/Romeo Ranoco
Texte par : Mylène Renoult
6 mn

Depuis le passage du typhon Haiyan aux Philippines, samedi 9 novembre, une solidarité numérique se tisse sur la Toile. Développeurs, starts-up, twittos, internautes et citoyens numériques s'activent pour venir en aide aux sinistrés en donnant un coup de pouce à l’organisation des secours. Une nouvelle forme de bénévolat de l’urgence version 2.0.

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Si les secours peinent à atteindre les victimes du typhon Haiyan, toute une armée d’internautes s’active pour recueillir et traiter les informations nécessaires à l’organisation de l’aide humanitaire sur place. Photos des zones sinistrées, cartographies des dégâts et des besoins, recherches et partages d’informations sur les personnes disparues : depuis plusieurs jours, ces nouveaux volontaires humanitaires numériques regroupent leur savoir-faire pour dresser un état des lieux et apporter un soutien logistique aux ONG qui viennent en aide aux victimes du typhon.

Une aide humanitaire 2.0 dont l’apport devient de moins en moins négligeable dans l’organisation des secours suite aux catastrophes naturelles. « Les nouvelles technologies modifient en profondeur certains aspects de la sphère humanitaire », reconnaissait déjà Robert Madini, alors chef des opérations du CICR pour le Proche et le Moyen-Orient, en avril 2012. Car en matière d’aide internationale, les outils numériques et les nouvelles technologies favorisent les prises d’initiatives et conduisent à des mouvements de grande ampleur.

Les geeks au service de l'aide humanitaire

Et dans un monde ultraconnecté*, chacun peut apporter son aide depuis son canapé. Un argument soulevé par Kat Borlongan, une jeune entrepreneuse française d’origine philippine de l'agence Five by five, à l’origine du projet Développeurs vs Typhon Haiyan, impulsé vendredi dernier. « La communauté des développeurs peut également faire une énorme différence dans la gestion et la résolution de ce type de crise », écrit-elle dans son appel à la mobilisation des « codeurs civiques », spécialistes du développement informatique, à fédérer leurs compétences pour répondre aux besoins techniques d’urgence transmis par les autorités de Manille.

Comment ? En nettoyant les bases de données pour faciliter les communications, en diffusant des informations aux habitants sur l’évolution de la situation, en établissant une cartographie des zones sinistrées et en dressant l’état des réseaux de communications (routes, ponts, etc.). Tout un panel d’informations sont traitées puis relayées par la suite aux ONG sur le terrain.

Ce projet est appuyé par la Geeklist, un réseau fédérant près de 2 000 ingénieurs et développeurs volontaires. L’association organise des « hackathons » (contraction de « hack » et « marathon », qui désigne des séances de travail collectives), baptisés Typhon Haiyan - Geeklist #Hack4good, pour répondre aux urgences techniques. Parmi elles : la création de plates-formes pour récolter les dons, la conception d'une carte interactive pour localiser les nombreux appels aux secours, ou encore l'agrégation des messages de personnes sur place qui proposent d'apporter leur aide aux Philippins.

Des plateformes pour retrouver les disparus

Cette initiative fait écho à beaucoup d’autres, mises en place sur le web et les réseaux sociaux et mobilisant des milliers d’internautes volontaires. Comme celle d’un réseau d’informaticiens travaillant à la cartographie des Philippines, en lien avec le projet OpenStreetMap, afin de faciliter le repérage des secours ou encore la Crisis Map proposée par Google, recensant hôpitaux et centres de secours.

Autre outil mis en place par le géant du Net : le « person finder » qui permet de retrouver les personnes disparues ou de mettre en contact les familles sur les lieux du désastre en cliquant sur « Je recherche quelqu’un » ou « J’ai des informations sur quelqu’un ». Gérée par des internautes chargés de traduire les requêtes, cette plateforme, déjà utilisée lors des explosions du marathon de Boston en avril dernier, est désormais activée après chaque catastrophe naturelle.

Sur Twitter, geeks et twittos trient, évaluent et archivent les tweets contenant des informations importantes pour les secours et participent à l’évaluation des dégâts à partir de photos publiées sur le réseau social. Plusieurs hastags ont été mis en place, comme le hashtag #RescuePH destiné aux appels à l’aide urgents des philippins ou le hashtag #YolandaPH utilisé pour partager photos, vidéos, communiquer sur les besoins d’urgence, diffuser des informations ou faire des appels aux dons.

Plusieurs groupes de survivants du typhon ont demandé au photographe John Javellana de relayer sur les réseaux sociaux des photos d'eux munis d'une pancarte afin que leurs proches puissent savoir qu'ils sont en vie.

Un soutien précieux

Cette aide numérique d’urgence, précieuse pour les ONG et les autorités, a d’ailleurs tendance à se généraliser. Car depuis le séisme d’Haïti en 2010, et la nécessité d’établir des plans et cartes exactes pour guider les travailleurs humanitaires, la mobilisation grandit au fur et à mesure que les outils et plateformes se multiplient sur la Toile. Lors du passage de l’ouragan Sandy en 2011, la municipalité de New York avait utilisé des cartes interactives, des tweets et l’envoi de SMS localisés pour informer les habitants de l’évolution de la situation. En 2012, les secouristes ont échangé des milliers de tweets pour dresser rapidement une cartographie des dégâts suite au passage du typhon Pablo aux Philippines.

Suite aux ravages du typhon Haiyan, les Nations unies ont activé, pour la première fois, leur réseau numérique humanitaire, réseau s’appuyant sur les réseaux sociaux pour recueillir des informations et tenter d’évaluer les dégâts provoqués par l’ouragan. L’organisation internationale travaille d’ailleurs en partenariat avec l’organisation Crisis Mappers, fondée par le spécialiste des technologies de l’urgence Patrick Meier, sur le projet MicroMappers permettant de recouper les informations fiables dans un flux de données massif afin de mieux calibrer l’organisation de l’aide humanitaire.

* 6,8 milliards de personnes disposent d’un abonnement mobile (un chiffre qui a doublé dans les pays en développement ces cinq dernières années), dont 2 milliards permettent un accès Internet depuis mobile. Aux Philippines, 90% des habitants possèdent un téléphone portable. 

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