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Chili

Chili: un duel féminin chargé d'histoire à la présidentielle chilienne

Michelle Bachelet et Evelyn Matthei, qui s'affrontent dimanche 17 novembre 2013 dans les urnes, lors d'un débat télévisé à Santiago, le 29 octobre.
Michelle Bachelet et Evelyn Matthei, qui s'affrontent dimanche 17 novembre 2013 dans les urnes, lors d'un débat télévisé à Santiago, le 29 octobre. REUTERS/Ivan Alvarado
Texte par : Claire Martin
6 mn

Ce dimanche 17 novembre, plus de 13 millions de Chiliens sont appelés à voter aux élections présidentielle, parlementaires, d’une partie du Sénat et des conseillers régionaux. Pour la présidentielle, neuf candidats s’affrontent. Deux femmes sont dans le peloton de tête : Evelyn Matthei et Michelle Bachelet, qui se connaissent en fait depuis l’enfance. Portraits croisés. 

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Dans le jardin d’Evelyn Matthei, dans le quartier chic de Vitacura à Santiago, deux oliviers et un prunier ombragent la pelouse. Ce sont les trois premiers arbres qui ont été plantés devant la maison qu’a faite construire le père d’Evelyn à la fin des années 1960. Des arbres offerts par le père de Michelle Bachelet, Alberto.

→ A Ecouter / Podcaster : Chili : portraits croisés des deux candidates à la présidence (Grand reportage du jeudi 14 novembre 2013)

Si les deux principales candidates à l’élection présidentielle de ce dimanche ont des
convictions politiques très distinctes, elles partagent de nombreux points communs et surtout, un passé. Ancienne ministre du Travail dans l’actuel gouvernement, Evelyn Matthei, deux fois député et sénatrice, membre du parti proche de l’Opus Dei, l’Union démocrate indépendante (UDI), est connue pour sa franchise et son fort caractère impulsif.

Une campagne perdue d'avance pour Matthei

Une affiche électorale soutenant Evelyn Matthei, la candidate conservatrice à l'élection présidentielle chilienne..
Une affiche électorale soutenant Evelyn Matthei, la candidate conservatrice à l'élection présidentielle chilienne.. REUTERS/Maglio Perez

Surnommée la « Dame de fer » de la droite chilienne, cette économiste de 60 ans aux traits durs qui s’évanouissent à la première ébauche de sourire aura tout donné dans une campagne perdue d’avance. « Matthei n’était pas la première option de la droite, mais la troisième, souligne le politologue Patricio Navia. C’était en fait la seule qui restait. Du coup, elle est entrée trop tard dans la campagne, à la mi-août. Elle n’a pas eu le temps d’imposer sa candidature. » Elle n’aura pas même eu le temps de l’imposer à sa propre coalition, qui n’en finit pas de se déchirer.

Lundi, le président de Rénovation Nationale, un des deux partis de l’Alianza, a encore affirmé qu’un autre candidat qu’Evelyn aurait eu plus de chance de l’emporter, citant l’ancien ministre de la Mine, Laurence Golborne. Il faut dire que selon les sondages, elle ne dépasserait pas les 15 % ce dimanche.

La popularité intacte de Michelle Bachelet

Un militant du parti Nueva Mayoria tient un portrait de Michelle Bachelet à côté d'une banière représentant Salvador Allende, le président socialiste renversé par l'armée en 1973.
Un militant du parti Nueva Mayoria tient un portrait de Michelle Bachelet à côté d'une banière représentant Salvador Allende, le président socialiste renversé par l'armée en 1973. REUTERS/Eliseo Fernandez

Face à elle, Michelle Bachelet, l’ancienne présidente socialiste entre 2006 et 2010, première femme à la tête d’un pays d’Amérique du Sud, est donnée gagnante au premier tour. De fait, cette pédiatre de 62 ans, au sourire chaleureux, était donnée gagnante avant même de se représenter. « Elle bénéficie d’une grande popularité, souligne l’analyste politique Alfredo Joignant. Car en fait, elle n’a jamais vraiment perdu la popularité qu’elle avait en quittant le pouvoir en 2010, une popularité record qui tournait autour de 70-80 %. »

Un combat inégal et inédit entre deux femmes qui incarnent l’histoire récente du Chili. « A 40 ans du coup d’Etat, les deux femmes qui se disputent les faveurs des électeurs sont filles de généraux, qui ont choisi des camps opposés il y a 40 ans, alors qu’ils avaient été amis et compagnons d’arme », remarque le recteur de l’Université Diego Portales, Carlos Peña.« Bachelet fidèle à la Constitution, partisan de Salvador Allende, et Fernando Matthei qui termine membre de la Junte militaire et actif partisan de la dictature. »

Deux destins bouleversés par la dictature

L’amitié d’Alberto Bachelet et Fernando Matthei débute en 1958, alors qu’ils sont assignés sur la base aérienne militaire de Cerro Moreno, à 1 300 km au Nord de Santiago, près d’Antofagasta. Sous l’aride soleil du désert d’Atacama, les maisons des deux familles se font face. « Les voisins ne tardent pas à s’apprécier, tout deux amoureux de musique et de littérature », raconte Rocio Montes, la journaliste du quotidien La Tercera, qui a coécrit le récit de cette histoire dans une biographie croisée (1). « Leurs deux fillettes, de 5 et 7 ans respectivement, sont camarades de classe et de jeux, sans être pour autant amies. » Deux ans plus tard, tous rentrent à Santiago, mais les deux hommes ne cesseront de se voir, jusqu’au coup d’Etat.

Tandis qu’Alberto Bachelet, resté fidèle à Salvador Allende, meurt sous la torture de ses subalternes le 12 mars 1974, Fernando Matthei devient quatre ans plus tard membre de la Junte militaire d’Augusto Pinochet. Le destin des pères marquera celui des filles. Alors que Michelle Bachelet vit la torture et l’exil, Evelyn Matthei vivra les bénéfices d’être fille d’un général à la tête de la dictature.

Comme dans un roman, « un bon et un méchant »

Une histoire qui ne manque pas de marquer aujourd’hui cette élection, même si les candidates n’ont dit mot de leur passé entrelacé. Il y a seulement deux mois, les commémorations des 40 ans du coup d’Etat ont tout particulièrement ravivé la mémoire de ces années de terreur. Ce qui n’a pas bénéficié à Evelyn Matthei, longtemps fervente partisane d’Augusto Pinochet, comme toute la droite. « Dans le contexte de l’anniversaire du coup d’Etat, ce duel politique était digne d’un film ou d’un roman, où il y a un bon et un méchant. »

Mais dimanche, les Chiliens auront surtout les yeux rivés sur les promesses de futur que leur offrent les candidats. Si Evelyn Matthei reste dans la droite ligne du gouvernement actuel de Sebastian Piñera, Michelle Bachelet a davantage pris en compte les aspirations de plus d’Etat et plus de protection d’une population qui ose aujourd’hui exiger.

(1) Hijas de General, La historia que cruza a Bachelet y Matthei, Nancy Castillo y Rocio Montes, 2013, éd. Catalonia.

A (RE)LIRE : Un duel féminin dans un pays pourtant connu pour son machisme

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