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Etats-Unis/France

Le plus grand faussaire en vins de tous les temps devant ses juges

Celles-ci sont authentiques. Bouteilles de Bourgogne de 1951, restées sur le lieu de récolte.
Celles-ci sont authentiques. Bouteilles de Bourgogne de 1951, restées sur le lieu de récolte. Getty/Oliver Strewe

Les experts le considéraient avec respect sinon envie. Rudy Kurniawan, expert lui-même et collectionneur des vins les plus précieux au monde, serait en fait un imposteur. Jugé à New York, celui qui est poursuivi pour avoir contrefait les plus grands crus français risque jusqu’à 40 ans de prison.

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Suite à un incident technique, cet article a été republié dans les mêmes termes ultérieurement à sa première date de publication

Personne mieux que Rudy Kurniawan n’a réussi à duper autant de connaisseurs en vin. Les plus fins palais, les plus grosses fortunes se sont rués dans les salles de ventes où il « daignait » céder quelques-uns de ses rarissimes flacons. Les plus grands crus, Romanée-Conti, Château Cheval Blanc, Château Pétrus, des plus prestigieuses années étaient ainsi offerts à la convoitise des acheteurs fortunés.

Tout est fait « maison »

Pour le jeune Chinois de 37 ans né en Indonésie, les affaires marchaient au-delà de tout ce qu’il avait pu imaginer en se lançait dans le très étroit négoce des grands crus. Mais il faut dire que Rudy Kurniawan s’était donné du mal pour arriver si haut. Quand les inspecteurs déboulent en mars 2012, dans la maison où il vit avec sa mère, à Arcadia en Californie, ils mettent la main sur tout l’attirail du parfait contrefacteur. Transféré à New York, inculpé de fraude visant à vendre des vins contrefaits et de fraude financière, il a plaidé non coupable en avril 2012. « Sa maison entière était une cave, une usine de vins », a décrit à la barre du tribunal fédéral de New York, le 12 décembre 2013, un agent du FBI.

Bouteilles et bouchons anciens récupérés après des dégustations, étiquettes fabriquées et imprimées « maison », colle, capsules, tout était à portée de main pour fabriquer de toutes pièces des vins datant de 50, 80, 100 ans dans le laboratoire de l’expert. Même la température de la maison, réglée à 12-13°C, mimait celle des bonnes caves. Contre le mur, jusqu’au plafond, des cartons de vins destinés à élaborer des mélanges indétectables. Doté d’un vrai talent de dégustateur et d’ailleurs considéré par ses pairs comme un des meilleurs experts au monde, Rudy concoctait « sur mesure » les plus grands crus.

Tout le monde n’y a vu que du feu pendant quelques années. Assez pour que Rudy Kurniawan accumule une jolie fortune à partir de 2002, année où il lance son petit commerce avant de s’installer aux Etats-Unis en 2003. Il commence par se constituer un joli fond à coup de centaines de milliers de dollars, tout à crédit, devenant rapidement un collectionneur reconnu. En 2007, il réussit à emprunter 11 millions de dollars tant sa crédibilité a la cote. Il mène la grande vie, rien n’est trop cher pour celui qui est devenu la coqueluche des meilleurs connaisseurs de grands vins. De temps en temps, il met sur le marché quelques bouteilles, des vraies côtoient les fausses, dans les salles des ventes les plus reconnues. Ainsi, il se construit une réputation enviable comme étant « un des cinq plus grands collectionneurs au monde » dira de lui un expert lors du procès.

Invraisemblances et dives bouteilles

Tout aurait pu continuer gentiment sans le pépin qui fait voler en éclats le montage en la personne de Laurent Ponsot copropriétaire des domaines Ponsot en Bourgogne et producteur entre autres du prestigieux Clos Saint-Denis. Il est donc très intrigué quand il apprend en 2008 que 97 bouteilles, notamment des années 1945 et 1949 de son domaine, sont mises aux enchères à un prix estimé entre 440 500 et 602 000 dollars. « Pourquoi cela vous a-t-il surpris » lui demande le juge lors de son audition au tribunal. « Mais parce que cette appellation, Clos Saint-Denis, dans notre domaine date de 1982 », rétorque le viticulteur indigné. Impassible, Rudy Kurniawan, ne semble pas concerné par cet embrouillamini de dates.
 

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Caisse de vin de Romanée-Conti, un des grands crus de Bourgogne parmi les plus prestigieux. Flickr/ lkratz

C’est également pour tenter de démêler le vrai du faux, que deux autres propriétaires bourguignons producteurs de crus tout aussi grandioses, se sont rendus au procès. Eux aussi attestent que les flacons soi-disant issus de leurs domaines sont des faux grossiers : signatures contrefaites, étiquettes de 1899, 1911, 1933 de Romanée-Conti, tout est du toc. Du toc payé très cher par certains amateurs fortunés comme Bill Koch, autre témoin au procès de Rudy Kurniawan. Lui a acheté aux enchères pour 2 millions de dollars ce qu’il croyait être des vins d’exception. Dépité, le milliardaire du pétrole qui a remporté en 1992 l’Americas’s Cup, a mis 25 millions de dollars sur la table pour mener une campagne destinée à assainir ce marché.   

Car au royaume des plus belles bouteilles, il semble que la fraude soit reine. Bill Koch en est persuadé et pour cause : « Les grandes maisons d’enchères ferment les yeux pendant que les collectionneurs se bouchent les oreilles », ironise-t-il. Qui a intérêt en effet à ce que la vérité éclate ? Sûrement pas ceux qui ont investi des millions dans ce secteur qui s’éloigne tristement du terroir pour devenir un objet de spéculation comme un autre et une tentation pour les faussaires. Pour Laurent Ponsot que son expérience a transformé en limier, 80% des vins des quatre plus grands domaines de Bourgogne antérieurs à 1980 mis aux enchères actuellement, sont des faux. Plus largement, la contrefaçon du vin représenterait 20% du commerce mondial. De quoi se souvenir que le vin est destiné à être bu et non à devenir un investissement.

 

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