France

France: Jean-Luc Mélenchon à la conquête de la défense

Jean-Luc Mélenchon maîtrise parfaitement l'histoire de France et les grands enjeux géopolitiques.
Jean-Luc Mélenchon maîtrise parfaitement l'histoire de France et les grands enjeux géopolitiques. REUTERS/Gonzalo Fuentes

Jean-Luc Mélenchon veut mettre les questions de défense sur le devant de la scène. Ce sujet, qu'il relie intimement à l'exercice du pouvoir, lui tient particulièrement à cœur. D'autant plus que la grogne monte dans les rangs des armées françaises. Reste à lutter contre les idées reçues des militants du Parti de gauche, plus naturellement tournés vers un antimilitarisme des plus classiques.

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« J'appelle de toutes mes forces les questions de défense à entrer dans nos débats », déclarait avec fougue Jean-Luc Mélenchon samedi 1er février. « Dans la campagne présidentielle, le sujet a été peu abordé. Le peu qui en a été dit était pitoyable. Notre intérêt est de faire revenir la défense dans le débat public ! »

Pour bien amorcer ce débat, le Parti de gauche avait invité une douzaine de spécialistes, civils et militaires. Plusieurs officiers généraux à la retraite, de divers horizons politiques, ont notamment pris la parole à la tribune. L'occasion pour Jean-Luc Mélenchon de « s'exposer loyalement à la vérification de [ses] thèses ».

Et sur ces questions, le président du Parti de gauche est prolixe. Passionné, il maîtrise parfaitement l'histoire de France et les grands enjeux géopolitiques. Il n'hésite pas à afficher des ambitions maritimes comme spatiales. Il vilipende l'Otan américain et l'Europe de la défense impuissante pour appeler de ses vœux une armée française parfaitement souveraine. Une armée dont les moyens seraient décorellés des contraintes budgétaires actuelles et qui serait chargée de se préparer aux menaces réelles. Un discours souverainiste qui parle aux militaires alors présents dans la salle.

Former les militants

Reste que ce jour-là, une grande partie du public est composée de militants du Parti de gauche qui, derrière leurs écharpes rouges, portent un regard sceptique sur les problématiques militaires. « Notre gauche n'est pas familière de ces questions, admet Jean-Luc Mélenchon. Elle est partagée entre un pacifisme non argumenté et un romantisme révolutionnaire ».

Djordje Kuzmanovic est membre du bureau national du parti. C'est lui qui s'occupe des questions de défense depuis 2011. Lui aussi est conscient qu'il part de loin : « Il y a deux ans, on était en slip », s'exclame franchement ce consultant qui a participé à plusieurs opérations de l'armée de Terre comme officier de réserve. Il est pourtant convaincu du potentiel de sa commission défense : « Ca intéresse les gens quand on en parle ». Aujourd'hui, elle commence à s'imposer dans le parti avec quelque 120 membres, dont un quart très actif. Djordje Kuzmanovic, lui, va de ville en ville et de réunion en réunion pour proposer aux militants quelques heures de formation sur les grands enjeux liés à la défense.

Les deux hommes sont conscients des idées reçues omniprésentes chez leurs « camarades ». « L'armée, c'est de droite comme l'éducation est de gauche », résume Djordje Kuzmanovic. Jean-Luc Mélenchon entend bien rester dans le réalisme et le pragmatisme. Il coupe court au débat sur la restauration du service militaire, bien qu'il soit lui-même séduit par l'idée : « On a 800 000 jeunes par génération... Qu'est-ce qu'on ferait de tout ça ? ».

Les responsables du Parti de gauche voient la défense comme un outil du pouvoir. « Jean-Luc Mélenchon s'y est toujours intéressé parce qu'il veut gouverner », remarque Djordje Kuzmanovic. Le président du parti voit dans l'armée du peuple l'une des illustrations de son idéologie. Il n'hésite d'ailleurs pas à prendre comme exemple certains pays d'Amérique du Sud : « Hugo Chavez était un militaire ! ».

Séduire les militaires

Les questions de défense sont d'autant plus d'actualité que sous l’uniforme, le moral n'est pas au beau fixe. Si les militaires n'ont le droit ni de se syndiquer, ni de s'investir en politique, ils s'inquiètent de ne voir personne venir les rencontrer. C'est l'expérience qu'aurait vécue Jean-Luc Mélenchon en organisant une autre réunion sur le sujet à l'Ecole militaire. Plusieurs militaires sont venus lui serrer la main, intrigués de voir un politicien venir à leur rencontre... sans caméras.

Le 1er février, pour la Journée défense du Parti de gauche, plusieurs des militaires invités ont abondé en ce sens. Officiers généraux à la retraite, ils peuvent assumer une parole plus libérée et ne s'en privent pas. Nous assistons à un « étrillage historique des militaires au sein de notre population », selon l'amiral Jean Dufourcq. « Le démantèlement de l'institution militaire arrive à son terme », diagnostique le général Pierre-Dominique d'Ornano. « Le pire n'a pas été évité », assure enfin le général Vincent Desportes, dénonçant une « paupérisation globale des moyens ». De quoi motiver le comité défense du Parti de gauche à envisager des actions coup-de-poings dans les mois à venir, pour aller directement à la rencontre des soldats.

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