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Invité Afrique

Agbéyomé Kodjo: au Togo, «je sais comment fonctionne le système»

Audio 04:37
L'ancien Premier ministre Agbeyomé Kodjo, à Lomé, en juin 2012 (illustration).
L'ancien Premier ministre Agbeyomé Kodjo, à Lomé, en juin 2012 (illustration). AFP Photo: Emile KOUTON

La présidentielle au Togo, c'est dans quelques jours, le 22 février. Parmi les 7 candidats, outre le président sortant, Faure Gnassingbé, qui brigue un 4e mandat, deux figures de l'opposition. Jean-Pierre Fabre n’a jamais pactisé avec le pouvoir. Agbéyomé Kodjo, en revanche, a été le Premier ministre de Gnassingbé Eyadema. Peut-on avoir collaboré avec le régime et être aujourd'hui un opposant crédible ? En ligne de Lomé, Agbéyomé Kodjo, qui préside le Mouvement patriotique pour la démocratie et le développement, répond aux questions de RFI.

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RFI : En 2010, vous n’avez fait que 0,9%. Pourquoi pensez-vous pouvoir gagner en 2020 ?

Agbéyomé Kodjo : Je crois qu’il ne faut pas se fier aux chiffres de 2010. Si nous avons fait 0%, il faut interroger le pouvoir. Pourquoi on nous a proposé huit ? Je crois que ce sont des distributions de points et de tout temps les résultats sont sujets à caution. Raison pour laquelle nous avons rencontré le G5, les cinq ambassadeurs des pays occidentaux, pour leur demander d’intervenir au niveau du pouvoir, pour qu’un certain nombre de mesures soient prises pour la transparence électorale.

« Tout cela ne sert à rien, ce n’est pas la peine d’aller aux urnes, car la Céni et la Cour constitutionnelle sont dans les mains du pouvoir », affirme l’opposant Tikpi Atchadam du Parti national panafricain.

Oui, il a parfaitement raison. Sauf qu’il y a un agenda républicain que nous voulons respecter, pour que, dans les différents bureaux de vote, nous ayons nos délégués qui puissent nous ramener les procès-verbaux.

Et cette année, vous allez être vigilants là-dessus ?

Nous allons être vigilants là-dessus. Nous avons pris toutes les dispositions pour être représentés dans tous les bureaux de vote.

Vos partisans affirment que vous êtes le candidat unique de l’opposition. Mais en réalité, c’est une opposition éclatée en mille morceaux et le candidat Jean-Pierre Fabre a fait des scores bien plus importants que vous en 2010 et encore en 2015.

Je ne donne pas de crédit à ces chiffres, mais je suis candidat unique de l’opposition désigné par monseigneur Kpodzro. Il faut aussi comprendre, en ce qui concerne Jean-Pierre Fabre, que je considère qu’il aime bien le pays et que nous avons des raisons de nous entendre pour réaliser l’alternance en 2020.

Et vous reconnaissez qu’il est populaire ?

De toute façon, je crois qu’il a plus d’ancrage, effectivement, dans le pays, mais les gens considèrent que, par deux fois, il a gagné, mais qu’il n’a pas pu ramener la victoire aux Togolais.

Il ne suffit pas de gagner dans les urnes, il faut encore arriver au Palais présidentiel ?

Ce sont les vieilles méthodes de la maison, qui font que ce n’est pas forcément le gagnant qui occupe la place. Et donc le peuple a voulu m’essayer et je pense que, si vous entrez dans le pays aujourd’hui, vous verrez tout l’enthousiasme qu’il y a autour de ma candidature. Je pars avec la conviction que je vais ramener la victoire aux Togolais au soir du 22 février 2020.

Vous vous dites opposant, mais vous êtes un ancien baron du régime, Premier ministre de Gnassingbé Eyadema pendant deux ans…

Absolument ! C’est ce qui s’est passé dans beaucoup de pays, ce sont ceux qui ont servi dans l’ancien système qui savent comment cela fonctionne. Ce sont eux qui sont arrivés au pouvoir dans beaucoup de pays, en assurant la transition avec quelque chose de plus nouveau.

Et vous vous inspirez de la trajectoire de Macky Sall ?

Il y a Macky Sall, bien d’autres… Et je dis que je serai proclamé président du Togo.

Macky Sall qui était, selon vous, un opposant modéré à Abdoulaye Wade, c’est cela ?

Il était en rupture avec Abdoulaye Wade. Avant cela, il avait été Premier ministre et président de l’Assemblée nationale – le même parcours que moi –, mais cela ne l’a pas empêché à un moment donné d’ouvrir une nouvelle trajectoire pour le peuple sénégalais.

En décembre 2018, toute l’opposition a boycotté les législatives, sauf vous. Que répondez-vous à ceux qui disent qu’en réalité, vous êtes un sous-marin du régime pour diviser l’opposition ?

Je crois quand même qu’ils ne connaissent pas très bien l’histoire de ce pays. Et si le président de la République Faure Gnassingbé est arrivé au pouvoir, c’est à la suite d’un boycott de l’ensemble de l’opposition, ce qui a ouvert un boulevard au parti au pouvoir pour modifier à sa guise la Constitution de 1992 et pour ramener l’âge d’éligibilité de 45 à 35 ans. Donc, fondamentalement, je suis contre le boycott. Et d’ailleurs, c’est parce que l’opposition a boycotté aux dernières élections que le pouvoir s’est trouvé le moyen de modifier encore la Constitution.

Après la révision constitutionnelle de l’an dernier, il y a deux tours. Vous sentez-vous en mesure de mettre Faure Gnassingbé en ballotage ?

Je crois qu’avec toutes les récriminations qu’il y a dans ce pays, les souffrances, les injustices qu’il y a... Je crois que Faure Gnassingbé doit être conscient qu’il n’a aucune chance d’avoir le suffrage des Togolais. À moins de passer encore par l’industrie de la fraude. Le régime de Faure Gnassingbé est accusé d’avoir incendié les marchés de Lomé et de Kara. Ces incendies ont provoqué beaucoup de pertes en vies humaines, beaucoup de détresse dans le pays, beaucoup de faillites au niveau de nos commerçantes. Je dis que, par rapport à cet acte criminel, il sera sanctionné dans les urnes. À moins de passer encore par l’industrie de la fraude, mais je ne suis pas sûr que les Togolais soient disposés à accepter encore le tripatouillage des résultats pour un quatrième mandat qui est illégitime.

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