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La Bulgarie veut revenir sur la privatisation des entreprises publiques

Audio 03:26
Le Parlement de la République de Bulgarie (image d'illustration).
Le Parlement de la République de Bulgarie (image d'illustration). Todor Bozhinov/Тодор Божинов/CC/Wikimedia

Le parquet bulgare veut revenir sur la privatisation des entreprises publiques après la chute du communisme. C'est une des périodes les plus controversées dans l'histoire de la Bulgarie. Les Bulgares estiment que la privatisation était un processus criminel, qui a permis aux oligarques de mettre la main sur l'économie du pays.

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D'abord, qu'est-ce qu'on entend par ce réexamen de la privatisation ?

Le parquet veut bel et bien tout passer au peigne fin. Il s’agit d’un peu plus de 10 000 ventes, contrats et rachats, qui ont eu lieu à partir de 1992. Un peu plus d’un tiers de ces biens privatisés sont dans l’industrie et près d’un quart dans le commerce. Le BTP, le tourisme et l’agriculture sont en troisième place, avec 10% chacun. Les secteurs les moins concernés sont la santé publique, la culture ou encore la défense. Les actifs accumulés au cours de ce processus s’élèvent à quelque 9 milliards d’euros. Le procureur général Ivan Geshev a donc ordonné aux services de renseignements de vérifier la légalité de toutes ces transactions, ainsi que du respect des contrats. Tous les organes publics responsables du contrôle de la privatisation, comme les ministères et les agences chargées du suivi des contrats, seront également examinés. Geshev demande même au parlement de se tenir prêt pour amender la constitution si nécessaire, afin que « justice soit rendue au nom de tous les Bulgares ».

La chute du communisme, c’était il y a trente ans, depuis la Bulgarie est devenue membre de l’Otan et de l’UE...est-ce qu’il n’est pas trop tard pour ce genre de réexamen ?

C’est pour cette raison que le procureur général et ses proches se sont mis à parler d’un éventuel amendement constitutionnel. La plupart de ces contrats sont périmés, et donc les parties ne peuvent être poursuivies. Cela dit, la privatisation est la période noire de la transition démocratique en Bulgarie. Le processus lui-même est largement perçu comme une entreprise criminelle et corrompue qui a permis au crime organisé et à la future oligarchie de mettre la main sur les biens publics. La revente du complexe sidérurgique de Kremikovtzi, situé près de la capitale Sofia, est emblématique. Le complexe comprenait 25 usines sur une superficie de 25 km2 et employait plus de 35 000 personnes après son ouverture en 1963. En 1999, Kremikovtzi est criblé de dettes et revendu pour 1 dollar. À l'époque, le gouvernement se disait obligé de tout revendre à la va-vite en raison de la crise économique et financière dans laquelle le pays était plongé en 1996, mais de sérieux doutes persistent.

Et personne ne s'est intéressé à la privatisation jusqu'à présent ?

Justement, c'est la troisième fois que le parquet ou les autorités vont tout passer en revue. En 2001 déjà, le procureur général réexaminait la privatisation. Même chose en 2017, lorsque le parquet indiquait que 25 contrats n'avaient pas été respectés. Il y a donc une dose de populisme dans cette décision, d'autant plus que le procureur général actuel, Ivan Geshev, a été élu à ce poste en octobre et depuis, il multiplie les enquêtes et les apparitions dans les médias pour promettre de « résoudre les problèmes et les souffrances des gens ». Le réexamen de la privatisation s'inscrit aussi dans une série de procès de haut niveau contre des hommes d'affaires et des oligarques bulgares, qui s'est même transformée en une sorte de chasse aux milliardaires. Le dernier accusé, le magnat de jeux de hasard Vassil Bojkov, a été arrêté aux Émirats arabes unis. Les experts sont très sceptiques vis-à-vis de cette initiative du parquet. L'Institut pour l'économie de marché, un centre de recherche, y voit une tâche « monumentale, voire impossible », et surtout un moyen de faire pression. Depuis plusieurs années, le poste de procureur général devient de plus en plus influent. À la fin janvier, le parquet voulait même se renseigner sur la validité de l'immunité présidentielle, avant de remettre aux médias des conversations privées entre le président et ses conseillers. Le Parlement s'est alors mis à discuter d'une destitution éventuelle du président, qui a finalement été rejetée.

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