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Invité Afrique

Coronavirus: «Les fermetures d'école affectent plus de 104 millions d'enfants en Afrique»

Audio 04:55
Une école primaire à Pikine, dans la banlieue de Dakar au Sénégal (Photo d'illustration).
Une école primaire à Pikine, dans la banlieue de Dakar au Sénégal (Photo d'illustration). AFP/Seyllou

Plus d’une centaine de millions d’enfants sont privés d’école en raison du Coronavirus en Afrique de l’Ouest et en Afrique centrale. C’est le décompte auquel aboutit l’UNICEF après avoir compilé les statistiques fournies par les gouvernements de la région. Cette rupture dans les pratiques éducatives pose sur le continent des défis énormes, notamment celui du maintien d’une éducation pour tous à distance. Kokou Sefako Amelewonou, spécialiste éducation au bureau UNICEF de l’Afrique de l’Ouest et du Centre, répond aux questions de RFI.

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RFI : Quels sont les chiffres dont on dispose sur la suspension des activités scolaires en Afrique de l’Ouest et en Afrique centrale en raison de l’épidémie de coronavirus ?

Kokou Sefako Amelewonou : C’est la première fois que la région est confrontée à une fermeture d’établissements scolaires dans autant de pays avec autant d’enfants qui sont affectés. Vingt des vingt-quatre pays de l’Afrique de l’Ouest et du centre décident de la fermeture de tous les établissements scolaires pour une période variable allant de deux à quatre semaines, voireune durée déterminée pour un certain nombre de pays. Et ces fermetures affectent actuellement plus de 104 millions d’enfants et 2,7 millions d’enseignants si l’on ne tient compte que des enseignements préscolaires, primaires et les deux cycles du secondaire. Donc, ce qui veut dire que ces chiffres sont plus importants si on tient compte de l’enseignement supérieur et de la formation technique et professionnelle.

Quelles sont vos craintes sur les conséquences de cette perturbation des systèmes éducatifs ?

La fermeture d’école, même temporaire, peut avoir des conséquences négatives sur le temps que reçoivent les élèves en terme d’apprentissage au cours de l’année scolaire. Si je prends l’enseignement primaire, il est recommandé entre 900 et 1 000 heures de temps d’apprentissage. Mais en fonction de certains pays, on peut arriver jusqu’à 500, 600, voire 400 dans certains pays. Et donc, la crise actuelle ajoute encore davantage à réduire ce temps d’apprentissage-là. Ça, c’est la première crainte. On peut également craindre aussi une aggravation des inégalités en matière d’éducation. Si les États n’arrivent pas à mettre en place assez rapidement des mesures alternatives d’éducation qui puissent atteindre l’ensemble des enfants affectés, ce sera évidemment les parents avec les moyens et les ressources nécessaires qui auront recours aux ressources en ligne pour offrir des activités d’enrichissement à leurs enfants dans la période où ils ne vont pas à l’école.

Avez-vous connaissance de pratiques à la base par lesquelles des enseignants essaieraient déjà de mettre en place des formes d’entraide ou des formes de communication avec les élèves ?

Il y a des initiatives, mais ces initiatives pour le moment ne concernent qu’un nombre réduit d’élèves qui sont affectés. La plupart viennent des écoles privées qui avaient déjà l’habitude de travailler avec les enfants sur des plateformes où les enfants peuvent se connecter et faire les devoirs, les renvoyer aux enseignants et les devoirs sont corrigés.

L’Afrique a déjà eu l’occasion de tester dans d’autres contextes des solutions qui permettent de maintenir un enseignement à distance. Dans plusieurs pays, par exemple, la radio par le passé a déjà été mise à contribution. Est-ce que c’est une solution envisageable dans la crise actuelle ?

Pour la radio, un programme a commencé à être mise en place dans le cadre de la crise d’Ebola et a été testé plus précisément en Sierra Léone et au Liberia. La radio est en train d’être mise en œuvre déjà dans un certain nombre de pays comme réponse à la fermeture des écoles pour raisons de sécurité. Notamment au Burkina, au Niger, en Centrafrique, au Tchad et au Mali. Concrètement, on a des programmes qui sont élaborés soit en langue nationale, ou dans la langue officielle en collaboration avec le ministère. Et ces programmes sont généralement diffusés par les radios nationales, par les radios communautaires avec des groupes d’écoute et un encadreur qui, après, doit revoir un certain nombre de choses avec ces groupes d’écoute. Dans le cas de la crise actuelle, ces programmes pourraient être éventuellement revisités si on passe à l’étape où tout le monde doit être confiné à la maison. Dans ce cas, le suivi devrait être fait par les parents et non plus dans des groupes d’écoute comme cela a été fait par le passé.

Difficile de faire des généralités puisque les ressources pédagogiques ne sont pas les mêmes suivant qu’on vit en brousse ou dans une capitale africaine. Mais quels conseils donneriez-vous à des parents dont les enfants sont privés d’école en raison du coronavirus ?

C’est vrai que la majorité des enfants, surtout les plus jeunes, ont le sentiment actuellement d’être en congés. Et ce n’est pas évident de maintenir la routine éducative, surtout pour les enfants en bas âge. Mais il est essentiel que cette routine éducative soit maintenue au minimum : mettre devant l’enfant un livre et un cahier quitte à ce que, même s’il le faut, lui faire répéter les cours qu’il a déjà eus et lui faire refaire un certain nombre d’exercices qu’il avait déjà faits par le passé, si pour le moment il n’y a pas encore d’autre alternatives pour qu’il soit suivi par un enseignant à distance. Même si le parent n’est pas en mesure d’être avec l’enfant de 8 h à midi, au moins s’assurer que dans la journée, on s’entraîne au moins une heure ou deux à travailler avec l’enfant, quitte à lui donner des exercices à faire, et venir revoir et corriger les exercices avec lui, ou lui demander de lire des choses qu’ils doivent résumer après, juste afin de pouvoir maintenir cette routine éducative.

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