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Chronique transports

Gaz, de l'eau dans les tuyaux

Audio 02:31
Le Nord Stream 2, presque achevé, passe sous la mer Baltique et contourne l'Ukraine. Il doit permettre de doubler les livraisons directes de gaz naturel russe vers l'Europe occidentale via l'Allemagne.
Le Nord Stream 2, presque achevé, passe sous la mer Baltique et contourne l'Ukraine. Il doit permettre de doubler les livraisons directes de gaz naturel russe vers l'Europe occidentale via l'Allemagne. AFP/Bernd Wüstneck

Le gaz a-t-il un bel avenir en Europe ? Deux actualités européennes viennent de secouer le monde méconnu des gaziers internationaux. Bruxelles, par décision de son tribunal freine le projet russe Nord Stream 2, ce gazoduc promis entre l'Allemagne et la Russie. D'autre part, la même semaine, 8 pays de l'est européen, parmi lesquels la Bulgarie, la Pologne et la Roumanie, beaucpoup plus partisants d'importations de gaz américain, demandaient à la Commission européenne de revenir sur sa décision ce consiérer le gaz comme une énergie aussi polluante que la pétrole ou le charbon.

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Si le tribunal européen a sanctionné l'ouverture des tuyaux du nouveau gazoduc, Nord Stream 2, c'est parce que les russes, actionnaires majoritaires devant leurs partenaires français, allemands, autrichiens, néerlandais et suisses, n'ont pas répondu aux nouvelles règles commerciales. C'est à Gazprom (la compagnie russe de ce projet européen) de prouver qu'elle sépare désormais ses activités de production, de transports et de distribution du gaz.

« Voilà qui va ajouter au retard déjà pris, explique Anna Créti, enseignante et chercheuse au département de géopolitique de l'Energie de Paris Dauphine. Puisque que les États-Unis, poursuit-elle, ont développé leur production et se verraient bien devenir l’un des grands fournisseurs de l’Europe. Le président Trump s’est mêlé au débat en décembre dernier en critiquant publiquement le monopole de la société Gazprom dans ce nouveau gazoduc Nord Stream 2. Selon Moscou, explique Anna Créti, en dépit des décisions de justice, ce gazoduc sous-marin qui traverse la mer baltique, devrait fonctionner en début d’année prochaine, janvier ou février 2021. Les travaux ont subi plusieurs phases d’arrêts depuis deux ans suite aux punitions économiques et diplomatiques américaines. La Russie n’a pas été la seule punie, l’ensemble des sous-traitants européens aussi. La raison en était la guerre toujours en cours que livre Moscou dans l'est de l'Ukraine. »

Nord Stream 2, un gazoduc de 10 milliards d'euros

L'Europe importe tout son gaz. Un tiers vient de Russie l'autre tiers de Norvège, le reste vient des pays du sud, Algérie, Quatar. Mais à Bruxelles, certains pays membres de l'Union Européenne surtout des pays de l'est (Pologne, Roumanie, Slovaquie...) partage l'avis américain. Ils craignent que ce nouveau gazoduc Nord Stream 2, en doublant les capacités du Nord stream 1, déjà existant entre la Russie et l'Allemagne, risque d'enchaîner définitivement l'Europe à la Russie.

Le gaz est polluant mais pas le bio-gaz, issu des déchets naturels  

Pour Benoit Leguet, directeur d'I4CE, un Institut d'analyses de la transition énergétique, l'Europe a déjà commencé sa défense grâce notamment aux nouvelles technologies du froid par exemple, pressurisé à moins 160 degrés, le gaz devient liquide et se transporte par bateaux. Ainsi, les gazoducs ne sont plus l'unique moyen du transport gazier. L’Espagne, la France, l’Italie possèdent des ports méthaniers, il devient facile de convoyer de port à port entre pays membres de l'Union en pouvant choisir d’autres fournisseurs. Mais… car il y a un mais, pour Benoit Leguet. Ce défenseur des objectifs que l'Europe s'est fixé pour réduire la pollution d’ici 2050, estime que le gaz naturel reste un gaz fossile, extrait du sol et donc, émetteur de carbone lorsqu’il est brûlé. Le gaz même refroidi et liquéfié reste aussi polluant. Alors y-a-t-il une alternative ? Oui, répond Benoit Leguet, de nouvelles techniques promettent de le transformer en énergie dite propre, au même titre que l'énergie solaire ou éolienne :

« Certes, explique-t-il, si l’Europe utilise le gaz plutôt que le pétrole ou le charbon, elle réduit ses émissions de carbone par deux, mais ce n’est pas assez ! Les Accords de Paris et les objectifs de l’Union européenne répétés cette année ambitionnent de réduire à zéro cette pollution au CO2. La solution pense-t-il, peut venir du gaz appelé bio-gaz, ou bio-méthane, le gaz issu des déchets organiques (les herbes, les fruits, les feuilles, les cultures naturelles…) une sorte de compost géant. Ce gaz d’origine biologique est à privilégier surtout en Europe puisque le vieux continent est un continent agricole qui produit beaucoup de déchets biologiques. La France pourrait y gagner en terme de nouveaux emplois et de nouvelles filières. »

Après Power of Siberia 1, Power of Siberia 2, la Russie multiplie ses tuyaux vers la Chine

Face à ces changements et à la concurrence de plus en plus mordante, la Russie a déjà pris les devants en misant sur l'Asie. Moscou vient d'annoncer qu'après son premier gazoduc, Power of Siberia, entre la Russie et la Chine (ouvert en 2019), elle étudie maintenant la construction de son jumeau, Power of Siberia 2. Ce gazoduc ira jusqu'à Shangaï en traversant, comme le premier, la Mongolie. L'an dernier la Chine est devenu l'importateur le plus important de gaz au monde, devant le Japon et l'Allemagne.

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