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Ça fait débat avec Wathi

Présidentielle au Burkina Faso: des élections qui font sens, malgré l'insécurité

Audio 03:43
Gilles Yabi.
Gilles Yabi. Archive de Gilles Yabi

Au Burkina Faso, l'élection présidentielle est très attendue malgré la situation sécuritaire compliquée.

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Comme pour toutes les élections présidentielles en Afrique de l’Ouest, nous avons saisi cette occasion à Wathi pour présenter un état des lieux du pays, mettre à disposition des citoyens les biographies et les programmes proposés par les candidats. Nous avons été agréablement surpris de constater que tous les 13 candidats avaient élaboré un programme, que beaucoup avaient des propositions audacieuses que ce soit sur le plan des réformes institutionnelles ou sur celui de la sécurité ou du rôle économique de l’État.

Il est intéressant aussi de signaler l’émergence de candidats aux législatives issus des mouvements citoyens que l’on sait très vigoureux dans le pays de Thomas Sankara, qui proposent une offre politique nouvelle autour de la défense de l’intérêt général. On est loin de la confusion, de la cacophonie, de la campagne de piètre qualité et bien sûr de la violence observées ailleurs, malgré une situation sécuritaire très préoccupante au Burkina.

Cette situation sécuritaire va tout de même priver une partie des citoyens burkinabè de l’exercice de leur droit de vote, dans les zones dites « rouges » du nord et de l’est du pays, où opèrent les groupes armés terroristes…

En effet, et cela affectera tout de même l’appréciation de ce processus électoral. D’autant plus que les populations de ces régions frontalières sont aussi dans une large mesure celles qui incarnent le plus les défaillances structurelles de l’État burkinabè et les conséquences d’une gouvernance politique et économique qui a nourri les inégalités. Même si l’impact de cette exclusion de fait d’une partie de l’électorat sur les résultats ne sera pas forcément significatif, la portée symbolique et politique est importante.

Mais il n’y avait pas vraiment d’alternative réaliste à l’organisation des élections malgré cette situation sécuritaire. Un report sine die, équivalant à une extension du mandat du président Kaboré, aurait certainement provoqué une crise politique. Les acteurs politiques ont su s’entendre sur le principe d’aller aux élections en respectant les délais constitutionnels. C’est plutôt un signe de responsabilité.

Paradoxalement, lors de cette campagne, les propos des candidats ont été très mesurés sur la responsabilité de l’ancien président Blaise Compaoré dans la crise actuelle du pays, et les appels à la réconciliation politique semblent l’emporter sur les appels à la justice…

Oui, il y a comme une volonté de réhabilitation de Blaise Compaoré, sans doute le reflet d’un sentiment d’impuissance collective de toute la classe politique face à la brutale dégradation de la sécurité dans le pays, et un sentiment de lassitude de la part des populations.

Comme souvent, on oublie vite la perspective de la longue durée et le fait qu’un régime qui a eu la main sur l’État, l’économie, l’appareil sécuritaire, les équilibres régionaux, l’organisation territoriale, le fonctionnement des institutions, pendant quelques décennies a forcément la plus grande responsabilité dans le degré de vulnérabilité structurelle du pays après son départ.

Cette vulnérabilité ne disparaitra pas quels que soient les résultats de ces élections. Il est clair que le Burkina Faso aura besoin surtout d’unité, de cohésion et d’un minimum de consensus sur les réponses à apporter aux défis urgents et aux défis prioritaires. Un des candidats, interrogé sur vos ondes, a eu la bonne idée de distinguer ce qui est urgent, la sécurité, de ce qui est prioritaire, l’emploi des jeunes. Sur les deux plans, il faudra mobiliser l’intelligence collective du pays.

 

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