Ça fait débat avec Wathi

Au Sahel, l’attente d’un sursaut africain ancré dans la dignité et l’efficacité

Audio 03:29
Gilles Yabi, responsable du Think tank Wathi.
Gilles Yabi, responsable du Think tank Wathi. © Samuelle Banga

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Il y a une semaine, le Burkina Faso se réveillait avec la nouvelle d’un terrible massacre dans le village de Solhan au nord du pays. Vous avez publié une réaction « à chaud » sur les réseaux sociaux au lendemain de ce drame. 

Oui, il y avait une dimension un peu personnelle à cette réaction. J’ai appris la nouvelle du drame de Solhan en atterrissant à Dakar, après une semaine passée à Ouagadougou, dans le cadre des efforts de plaidoyer de WATHI en faveur des réformes des systèmes de santé dans la région. Bien loin donc des questions sécuritaires, du moins à première vue. 

Dans la réalité, la dégradation de la sécurité au nord et à l’est du pays impacte depuis quelques années l’accès à tous les services de base, santé comme éducation, même si l’État était déjà plutôt défaillant dans ces régions. Cette situation a aussi déjà provoqué un afflux sans précédent de déplacés, plus d’un million de personnes, dont une grande partie sont venues s’ajouter à la population des quartiers les plus précaires de Ouagadougou. 

Malgré toutes les difficultés économiques et sociales et la chaleur sahélienne, la capitale du Burkina Faso reste une des villes les plus accueillantes et les plus tranquilles de la région, avec une vitalité culturelle et artistique permanente.

Alors oui, ce déferlement de violence ne pouvait que choquer, même si Solhan n’était point le premier épisode tragique du genre. 

À lire aussi, notre article : Burkina Faso: chronologie des violences jihadistes depuis 2015

Vous estimez qu’avant de se lancer dans des analyses de géopolitique sahélienne savante, il faut s’intéresser aux faits et proposer des réponses. 

Tout à fait. Il faut examiner les faits, éviter toutes les généralisations, tous les raccourcis. Cette ampleur et ces formes de violence sont tout à fait récentes au Burkina Faso. 

Deux faits me semblent incontestables. Le premier est que les assaillants ont pensé, planifié, organisé et exécuté froidement ce massacre de civils, dont de nombreux enfants. La manière dont un groupe armé conduit sa guerre – le choix de ses victimes et les formes concrètes de la violence qu’il inflige - dit toujours beaucoup de choses sur la nature de ce groupe. Il est essentiel que les autorités burkinabè communiquent sur les résultats des enquêtes et que les populations sachent, pour une fois, qui est derrière ce massacre. 

Le deuxième constat est celui d’une grave faillite des forces de défense et de sécurité qui n’ont pas pu intervenir alors même que l’attaque a duré plusieurs heures. Évidemment, on connaît les moyens limités du pays mais il est tout à fait légitime de se poser des questions sur les choix politiques qui ont été faits en matière de défense et de sécurité pour améliorer l’efficacité des forces armées. 

Le choix de recourir à des civils hâtivement formés comme volontaires de la patrie et de les mettre en première ligne dans certaines zones, avait été largement critiqué par de nombreux analystes. Il est peut-être temps de donner la priorité au renforcement des moyens de communication et de mobilité des forces armées. 

« Personne en dehors de nous-mêmes, les Africains, ensemble et réunis ne viendra nous sauver dans la lutte contre le terrorisme », a déclaré le président burkinabè Roch Marc Kaboré lors de la visite de solidarité de son homologue ghanéen, Nana Akufo Addo, le 9 juin. Vous lui donnez raison

Oui, tout à fait. Ce n’est une déclaration révolutionnaire, certes, mais ce n’est pas inutile de rappeler que les soldats européens, américains ou russes, les diplomates, les fonctionnaires internationaux, même authentiquement dévoués, n’ont pas vocation à vivre avec leurs familles pendant les décennies à venir dans les pays du Sahel. 

Les autorités politiques des puissances militaires encore moins. Leur horizon de responsabilité individuelle ne dépasse guère la fin de leurs mandats. La dernière annonce du président Emmanuel Macron, celle d’une transformation en profondeur de la présence militaire française au Sahel confirme qu’il n’est pas très raisonnable de passer l’essentiel de son temps à disserter sur les responsabilités des partenaires extérieurs dont les décisions dépendent au moins autant des considérations de politique intérieure que de la situation dans les pays où ils interviennent. Face à la récurrence des violences de masse, un sursaut collectif africain, ancré dans la dignité et dans l’efficacité sur le terrain, ne serait pas en effet une mauvaise idée. 

À lire aussi, notre article: Sahel: la France veut changer de cadre et de stratégie dans la lutte contre le terrorisme 

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