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Entre la Russie et la Bulgarie, le torchon brûle

Audio 03:36
La Russie aurait tenté d'empoisonner Emilian Gebrev, un entrepreneur bulgare.
La Russie aurait tenté d'empoisonner Emilian Gebrev, un entrepreneur bulgare. AFP/Nikolay Doychinov
Par : Damian Vodénitcharov
7 mn

La relation entre la Bulgarie et la Russie se détériore. Espionnage, empoisonnement, les deux pays ont haussé le ton avec les expulsions de diplomates et l'ouverture d'enquêtes judiciaires.

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Le point d'exergue de la tension diplomatique entre la Russie et la Bulgarie est l'expulsion de deux diplomates russes, accusés d'espionnage. Le premier, qui travaillait au consulat, recueillait de l'information sur les mécanismes électoraux en Bulgarie. Le second, qui faisait partie de la mission économique, s'intéressait au secteur de l'énergie, un secteur clé de l'économie bulgare et des relations bilatérales entre Sofia et Moscou.

Côté bulgare, ce sont le parquet et les services de renseignement qui ont mené l'enquête. La ministre des Affaires étrangères a ensuite été informée, puisque c'est à elle que revient la décision d'expulser les diplomates. Les réactions n'ont pas tardé : la Russie s'est dite prête à riposter, alors que l'ambassade des États-Unis s'est félicitée de cette lutte « pour l'indépendance et contre l'influence néfaste ».

Affaires en cascade

En octobre 2019, un autre diplomate au consulat russe avait aussi été impliqué dans une affaire d'espionnage. Le parquet l'avait alors accusé d'avoir rencontré un haut fonctionnaire ayant accès à des informations classées secrètes sur la Bulgarie, l'Union européenne et l'Otan. En septembre de l'année dernière, c'était cette fois un bulgare qui était accusé de collaborer avec Moscou : Nicolaï Malinov, un ancien député, à présent président de l'ONG « Russophiles », la plus grande ONG en Bulgarie, avec plus de 35 000 membres, qui, comme son nom l'indique, vise à promouvoir les relations amicales entre la Bulgarie et la Russie.

Malinov et son ONG ont été accusés de blanchiment d'argent en provenance de Russie. Ces fonds proviendraient de Konstantin Malofeev, un oligarque proche du Kremlin, qui est sanctionné par l'Union européenne pour son implication dans le conflit en Ukraine.

Enfin, une autre figure-clé dans cette affaire est le général Léonid Rechetnikov, un ancien cadre du service de renseignement extérieur au sein du KGB.  Rechetnikov est actuellement à la tête de l'important Institut russe des études stratégiques. Il est considéré comme une figure très influente sur la scène politique bulgare. Son nom avait été lié au président bulgare actuel Rumen Radev, considéré comme prorusse, et à la présidente du Parti socialiste Kornélia Ninova.

L'ombre de Skripal plane

Trois ressortissants russes viennent aussi d'être accusés pour une attaque contre un homme d'affaires bulgare. Cet homme d'affaires a en fait été empoisonné, ce qui rappelle bien sûr l'affaire Skripal au Royaume-Uni. Trois Bulgares avaient été empoisonnés en 2015 avec une substance qui fait vraisemblablement partie du groupe Novichok, d'après le parquet.

Trois hommes auraient orchestré cette attaque, dont Denis Sergeev, impliqué aussi dans l'affaire Skripal. Sergeev s'est rendu en Bulgarie juste avant l'attaque. Parmi les victimes, Emilian Gebrev, un producteur et exportateur de munitions, que la Russie accuse d'avoir vendu des munitions à le Géorgie. Mais le plus intéressant dans cette affaire, c'est le changement de version du parquet. Il y a un an, le procureur maintenait qu'il s'agit d'un empoisonnement accidentel aux insecticides.

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