Accéder au contenu principal
Invité Afrique

Centrafrique: «Rien n'empêche François Bozizé d'être candidat»

Audio 05:52
Nicolas Tiangaye, ex-Premier ministre de la Centrafrique.
Nicolas Tiangaye, ex-Premier ministre de la Centrafrique. Getty Images/Antoine Gyori

En Centrafrique, l'ancien président François Bozizé vient de rentrer après sept ans d'exil. Mais sera-t-il candidat en décembre prochain ? De l'avis d'un autre opposant au gouvernement de Faustin-Archange Touadéra, l'ex-Premier ministre et avocat Nicolas Tiangaye, rien n'empêche François Bozizé d'être candidat.

Publicité

RFI : Pourquoi ces combats meurtriers à Bria en zone rebelle ?

Nicolas Tiangaye : À Bria, il y a deux groupes armés, avec des alliés de part et d’autre, qui se sont affrontés sans doute pour des considérations de contrôle de la zone, parce que Bria est une zone de diamants, mais il y a également des considérations d’ordre communautaire qui opposent les deux groupes.

Un an après l’accord de Khartoum, les violences ont nettement baissé, mais est-ce que ces derniers affrontements de Bria ne risquent pas de tout remettre en question ?

Bien entendu, c’est vrai qu’après la signature de l’accord de Khartoum, il y a eu une certaine accalmie, mais cela ne veut pas dire que la paix est définitivement revenue. Il y a des risques d’aggravation, il y a des risques d’affrontement, parce qu’à partir du moment où les groupes armés ont gardé leur potentiel militaire intact, il est évident qu’à la moindre étincelle, les violences vont reprendre de plus belle.

D’autant que deux tiers du territoire restent sous contrôle rebelle, est-ce qu’on pourra voter à la fin de l’année dans ces territoires ?

C’est le défi majeur à relever parce qu’il sera difficile d’organiser des élections dans un pays où les deux tiers du territoire sont occupés par des groupes armés, donc il s’agit là d’un défi qu’il faut relever. Ça constitue à mon avis un préalable pour aller à des élections crédibles et apaisées.

Le retour des anciens présidents Bozizé et Djotodia, juste un an avant la présidentielle, vous en pensez quoi ?

Je n’en pense rien. C’est leur droit de revenir dans leur pays, puisque nul dans notre pays ne peut être contraint à l’exil. Donc c’est tout à fait normal qu’ils reviennent dans leur pays.

L’ancien président Bozizé demande solennellement pardon pour toutes les erreurs commises de sa part. Qu’est-ce que cela vous inspire ?

C’est un acte d’humilité qui mérite d’être salué.

Quels sont à vos yeux les crimes qui sont reprochés à François Bozizé, et sur lesquels vous souhaitez que la lumière soit faite ?

C’est à la justice d’en décider, ce n’est pas à moi de le faire, je ne veux pas être un accusateur public.

Le général Ndjadder assassiné en 2001, l’opposant Charles Massi assassiné en 2010… Les familles de ces deux personnalités politiques demandent que la lumière soit faite, qu’est-ce que vous en pensez ?

C’est à la justice de faire la lumière sur l’ensemble des crimes qui ont été commis en Centrafrique, donc je n’ai pas de jugement de valeur à formuler sur cette question.

L’ancien président Bozizé est sous sanctions de l’ONU, mais aujourd’hui il affirme que la situation a évolué : « je ne dois pas être contraint de subir les sanctions à perpétuité », dit-il…

Je pense qu’il y a eu une fausse interprétation des sanctions de l’ONU à son égard, parce que le pouvoir a tiré argument de certaines sanctions pour le contraindre à l’exil, ce qui n’était pas prévu dans les résolutions du Conseil de sécurité. Donc je pense que, dans une certaine mesure, il y a eu des actes qui n’étaient pas conformes aux droits reconnus au citoyen François Bozizé.

Donc vous pensez que ces six dernières années, François Bozizé a été traité de façon injuste ?

En ce qui concerne la question de son retour en République centrafricaine, il n’existe aucun texte, aucune résolution du Conseil de sécurité qui lui interdisait de rentrer dans son pays, et sur ce point, il a été victime de l’arbitraire.

Et pensez-vous qu’il est éligible ?

Ça, c’est à l’autorité nationale des élections de décider si quelqu’un est éligible ou non. C’est l’autorité nationale des élections, sous le contrôle de la Cour constitutionnelle, qui dira si oui ou non, quel candidat est éligible ou pas.

Mais au vu de son passé et des sanctions de l’ONU qui pèsent contre lui, est-ce qu’à vos yeux il est éligible ou pas ?

Je dis que pour l’instant il n’y a pas encore de décision de justice le condamnant et le privant de ses droits civiques et politiques, donc mon avis pour l’instant, juridiquement, on ne peut pas dire qu’il est inéligible.

Donc pour l’instant, rien à priori ne l’empêche de se porter candidat pour la fin de cette année ?

Rien ne l’empêche pour l’instant d’être candidat à une élection présidentielle et à des législatives en RCA, parce qu’il n’y a pas une décision de condamnation le privant de ses droits civiques et politiques.

Le retour de Michel Djotodia, quelques jours après celui de François Bozizé, est-ce une manœuvre de président Touadera pour se rallier les électeurs du nord-est de la RCA contre un éventuel candidat Bozizé ?

(Sourire) Je n’en sais absolument rien, vous savez, le président de la République reçoit qui il veut, je n’en sais absolument rien.

Et vous, qui avez été le Premier ministre de ces deux anciens présidents Bozizé et Djotodia, est-ce que vous serez candidat à la fin de cette année ?

C’est mon parti qui en décidera.

Donc c’est possible ?

Oui, c’est possible si le congrès de mon parti m’investit pour être candidat à l’élection présidentielle, je ne pourrai pas me dérober face à mes responsabilités.

Et pensez-vous qu’il reste un espace politique entre les deux poids lourds, Touadéra et Bozizé ?

Il y a toujours un espace politique pour ramener la paix et la sécurité dans notre pays, et j’estime qu’en ce qui concerne la paix, il n’y a pas de citadelle inattaquable, il n’y a que des citadelles mal attaquées.

Et vous qui avez été le Premier ministre de François Bozizé, pourriez-vous faire alliance avec lui ?

Quand le moment viendra, on avisera parce que nous sommes tous des partis politiques dans l’opposition, et nous sommes en train de nous organiser pour la mise en place d’une plateforme de l’opposition démocratique, ce n’est pas à moi de décider, c’est à mon parti et puis aux autres formations politiques qui feront partie de cette coalition.

NewsletterRecevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail

Page non trouvée

Le contenu auquel vous tentez d'accéder n'existe pas ou n'est plus disponible.