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Confinement: deux habitués témoignent de leur expérience

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Vue aérienne de la place de l'Étoile à Paris, désertée pendant le confinement, le 4 avril 2020.
Vue aérienne de la place de l'Étoile à Paris, désertée pendant le confinement, le 4 avril 2020. REUTERS/Pascal Rossignol

Le confinement est une épreuve vécue au même moment par 4 milliards d'êtres humains. Si pour certains c'est une situation plus ou moins simple à vivre, d'autres ont l'habitude de ce confinement et l'ont même choisi. Une religieuse cloîtrée et un ancien sous-marinier témoignent.

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Pendant 14 ans, Mathieu, officier sous-marinier de 42 ans, a multiplié les missions à bord de SNLE, des sous-marins nucléaires lanceurs d’engin. Nous sommes là dans le confinement extrême. Une soixantaine de jours immergés sans possibilité de retour avant la fin de la patrouille avec 120 personnes enfermées dans un appareil de 130 mètres de long. Quasiment aucun contact avec l’extérieur, si ce n’est la réception de 40 mots par semaine venant de la famille.

Les journées des sous-mariniers sont bien remplies, mais dans un décor aussi restreint, on peut vite perdre la notion du temps sauf si on l’organise. « Je crois qu’il est très important de se créer une routine qui ne doit pas être perçue comme une contrainte, mais comme un moyen de rythmer et de cadencer sa journée. », soutient Mathieu. Puis il ajoute : « Pour ne pas avoir l’impression de revivre la même journée, il est important de faire une deuxième routine à l’échelle de la semaine. Il faut différencier les jours et réserver certaines activités à certains jours. Par exemple, lorsque nous sommes en patrouille, on marque bien le dimanche. Mais dans la semaine aussi il peut y avoir des repas “à thèmes” organisés un soir spécial de la semaine. »

Un confinement qui impose un rythme monacal

Créer des évènements, pour éviter la monotonie. C’est ce font aussi les sœurs Clarisses du monastère d’Abobo, dans la banlieue d’Abidjan. Elles sont 25 à y vivre cloîtrées. Parmi elles, sœur Myriam, qui appartient à cette communauté catholique depuis près de 40 ans. La Côte d’Ivoire impose un couvre-feu de 21h à 5h du matin.

Pour elle, c’est comme si tout son pays s’était mis au rythme monacal. « Du 1er janvier au 31 décembre, les gens sont constamment dans les maquis, les restaurants, et parfois on se demande quand ils prennent le temps de réfléchir un peu à leur vie », constate-t-elle. « Mais aujourd’hui, voilà, c’est fait. On est obligé d’être à la maison, de faire “stop”. Moi je me dis, pour les familles, il faut apprendre à faire des sketches. Il faut apprendre à agrémenter nos journées. Nous au monastère on le fait ! On décide de jouer telle partie de la bible, on décide de jouer des contes africains, on essaie d’imiter nos grands-mères... On rend la vie au monastère agréable. »

Les bienfaits du travail pendant le confinement

Pour sœur Myriam, l’autre clef d’un confinement non subi c’est le travail. Ses journées sont, en effet, rythmées par des temps de prières et des temps consacrés à la fabrication de savon et de l’eau de javel ; de quoi avoir des journées bien occupées.

Mais lorsqu’elle parle des bienfaits du travail, elle ne parle pas seulement de travail rémunérateur. Pour elle, « le travail fait parti de ce qui nous grandit. Il faut que chaque homme se donne un travail même s’il y en a qui ont besoin de travailler sous le mode du loisir. De créer des bandes dessinées, des scénarios... Qu’on le vive comme un plaisir ou comme un devoir, il faut avoir du travail », dit sœur Myriam.

Savoir gérer ses émotions

Difficultés communes pour sœur Myriam et Mathieu, l’ancien sous-marinier ; ils ont dû apprendre à gérer leurs émotions pour vivre aux mieux la promiscuité et la vie en communauté. Il y a aussi un point, soulevé par Mathieu, et qu’à peu près toutes les personnes confinées actuellement connaissent, c’est de ne pas savoir quand cette situation va prendre fin. Les sous-mariniers savent que leurs missions vont durer environ deux mois, mais la date de retour n’est précisée que quelques jours avant la fin de la patrouille par le commandant. Une incertitude difficile à appréhender.

« L’attitude la plus sage qui est celle adoptée par tous les marins à bord est tout simplement de se préparer au pire, et donc d’imaginer la durée maximale d’une patrouille. Cela dit, une fois la date de retour connue, les effets d’une prolongation, même de quelques jours, sont parfois étonnants. Après 60 jours, faire à 5 à 6 jours de plus, ça peut être pour certains marins extrêmement difficile à accepter et provoquer des baisses de morales assez importantes », remarque Mathieu. Puis il fait un autre constat : « Je crois que le préavis est très important en fait pour laisser le temps de se reconfigurer mentalement, et aussi de râler un peu parce que nous sommes Français. De toute façon une fois qu’on est dans la boîte, on est dans la boîte. Je pense qu’il faut retenir que les jours n’ont pas toujours le même poids : cinq jours en début ne sont pas comme cinq jours en fin. »

Les deux professionnels du confinement pensent qu’il y a du bon à retirer de cette expérience, mais reconnaissent en avoir fait le choix, lorsque la plupart d’entre nous le subissent et de le vivre dans des conditions extrêmement privilégiées.

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