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Lignes de défense

Le coronavirus dans les armées

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Une cinquantaine de cas ont été recensés sur le «Charles-de-Gaulle».
Une cinquantaine de cas ont été recensés sur le «Charles-de-Gaulle». AFP/Anne-Christine Poujoulat

Après l’évacuation, il y a dix jours, de trois officiers de la force Barkhane affectés par le Covid-19, cette semaine c’était au tour du porte-avions Charles-de-Gaulle d’être touché par le coronavirus avec une cinquantaine de cas avérés à bord. Depuis le début de la crise, le nombre de contamination dans les armées est resté confidentiel, mais depuis quelques jours, on commence à y voir plus clair.

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Covid-19 ? Combien de divisions ? Depuis le début de la pandémie en France, le plus grand flou régnait sur le nombre de contaminations dans les unités. Après une première estimation à 400 le 26 mars, Florence Parly la ministre des Armées évaluait il y a une semaine à 600 le nombre de militaires touchés par le virus. Une évaluation qui semblait basse, alors que les effectifs militaires s’élèvent à environ 275 000 personnels. En l’absence de tests massifs dans les unités, le chiffrage était forcément faussé.

Il a fallu attendre mercredi 8 avril pour que sur l’antenne de RFI, Didier Lanteri médecin chef du Service de Santé des Armées dresse un bilan plus précis : « Nous sommes affectés au même titre que la population générale, on a à peu près 4 000 cas cumulés, confirmés probables et possibles au sein du ministère des armées, ce qui est un chiffre qui s’inscrit complétement dans la prévalence nationale». Auditionnée au Sénat ce vendredi, Florence Parly a corroboré ces chiffres : avec un total de 369 cas de contamination confirmés par tests, 867 cas « déclarés » et 3 800 cas « probables et possibles ».

Le journaliste Jean-Marc Tanguy, apporte une précision : « Les soignants du Service de Santé des Armées, en première ligne, sont aussi les plus touchés en proportion d’effectifs, avec près de 150 cas avérés. »

Le ministère des Armées joue désormais la carte de la transparence et promet que le Service de Santé des armées (SSA) va dans les tous prochains jours « présenter ces chiffres dans un très grand détail ». Il était temps, et le chroniqueur Défense Jean-Marc Tanguy de rappeler qu’aux États-Unis, les chiffres de la contamination dans les armées, incluant les contractors et les familles des militaires sont donnés quotidiennement depuis le début de la crise.

Des centaines de cas dans la marine dont 50 à bord du Charles de Gaulle

Le porte-avions Charles de Gaulle a bord duquel une cinquantaine de marins ont été testés positifs au Covid-19, a été contraint d’écourter sa mission dans l’Atlantique Nord, il a depuis rejoint la méditerranée et devrait être ce dimanche 12 avril, à Toulon, son port d’attache… Néanmoins, l’équipage du Charles-de-Gaulle ne sera pas autorisé à débarquer immédiatement.

Tous les membres d’équipages du groupe aéronaval, du matelot à l’amiral seront soumis au même traitement, martèle l’État-major, tous devront passer par un confinement à terre (une quatorzaine), dont les modalités sont en voie de finalisation. Et ce n’est pas une mince affaire : car il y a 1760 marins à bord du porte-avions et près de 250 à bord de la frégate Chevalier Paul qui l’accompagne.

Mais le groupe aéronaval est aussi composé de la frégate La Motte-Piquet et du ravitailleur La Somme qui ont rejoint leur port de Brest. Quant aux avions embarqués, ils vont rallier les bases aéronautiques navales de Landivisiau, Lann-Bihoué et Hyères.

De la Bretagne à la Provence le confinement va donc s’organiser à cinq endroits différents. En totale transparence avec les élus locaux, disent les autorités, afin de protéger la population et faire en sorte que les marins et leurs proches ne soient pas stigmatisés.

Après trois mois de mer, une longue mission en Méditerranée Orientale au sein de l’opération Chammal (la coalition internationale contre le groupe État Islamique), puis une série d’exercices dans l’Atlantique Nord, les marins du Charles de Gaulle devront donc patienter et attendre que la logistique se mette en place pour débarquer : en attendant le port du masque à bord a été généralisé à l’ensemble de l’équipage, et les rampes de maintien (dans les coursives et les escaliers du bord) sont régulièrement javellisées. Les marins atteints par le Covid-19 ont été isolés dans la partie Alpha du porte-avions mise en dépression afin de circonscrire la zone et d’éviter la propagation du virus.

Reste une inconnue : comment le virus a pu s’inviter à bord du navire amiral de la flotte française ? La dernière escale du bâtiment a eu lieu à Brest, du 13 au 15 mars dernier. Depuis aucune personne extérieure n’est venue sur le bateau. Les investigations se poursuivent.

Les opérations extérieures bousculées par la pandémie

Pour que les forces projetées, notamment Barkhane au Sahel, restent efficaces, des périodes d'isolement sont désormais prévues avant chaque départ en Opex (opérations extérieures). Le médecin chef Didier Lantéri, indique que le Service de Santé des Armées (SSA) élabore des stratégies pour contenir le virus : « Nous n’avons pas une politique de dépistage massif, nous suivons les préconisations du ministère de la Santé. Le but des tests pour nous est d’identifier un cluster, dès que le cluster est identifié ensuite on se base uniquement sur les critères cliniques. Il y a deux enjeux quand vous avez un cluster, le premier c’est l’aspect individuel c’est-à-dire la prise en charge des patients et le deuxième c’est l’aspect collectif à savoir la protection du groupe, de la communauté. Concernant la prise en charge des patients, on va avoir tendance à évacuer, à rapatrier en France le militaire qui serait un cas confirmé, ensuite, on isole tous las cas contacts et là, le but est de protéger le groupe et de préserver la capacité opérationnelle de la force. Nous n’avons pas prévu de conserver sur les théâtres les formes cliniques qui pourraient représenter un risque, nous évacuerons rapidement tous les personnels confirmés ou probables dans les zones où il n’y aurait pas d’automates PCR (appareil d’analyse médicale qui permet de diagnostiquer les infections). »

La pandémie de coronavirus bouscule donc les opérations extérieures, la ministre des armées Florence Parly a indiqué vendredi 10 avril, aux sénateurs que les relèves de Barkhane seraient décalées d’un ou deux mois si la crise sanitaire se poursuivait. Mais l’État-major se veut confiant, indiquant que les opérations dans la bande sahélo-saharienne se poursuivaient à un rythme soutenu, notamment dans la zone des trois frontières Mali-Niger-Burkina contre le groupe État Islamique au Grand Sahara.

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