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Fréquence Asie

Au Tibet, la répression est tombée dans l’oubli

Audio 03:31
Des moines bouddhistes tibétains exilés participent à une procession de prière au monastère de Choeling à Katmandou le 10 mars 2020, une date qui marque le 61e anniversaire du jour du soulèvement tibétain de 1959. (Image d'illustration)
Des moines bouddhistes tibétains exilés participent à une procession de prière au monastère de Choeling à Katmandou le 10 mars 2020, une date qui marque le 61e anniversaire du jour du soulèvement tibétain de 1959. (Image d'illustration) PRAKASH MATHEMA/AFP

Pendant que la planète entière a les yeux rivés sur les ravages causés par la pandémie du Covid-19, la répression subie par des minorités ethniques et religieuses dans de nombreuses régions du monde continue et risque de passer inaperçue. A l’instar du Tibet, cette région autonome chinoise est gouvernée d’une main de fer par Pékin. Des religieux bouddhistes y sont chassés de leurs monastères et forcés de devenir de « bons communistes ».

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Un bulldozer fait tomber un mur fraîchement érigé sous les yeux de moines…cette vidéo amateur ne dure que sept secondes, mais la personne qui a osé filmer la scène a pris le risque d’être arrêtée voire torturée. Il est rare que de telles images sortent des confins tibétains, affirme Kate Saunders, une observatrice de longue date. Cette vidéo clandestine a été tournée dans un petit monastère isolé, situé à environ 3 000 mètres d’altitude, à Chamdo, dans l’est de la région autonome du Tibet :

« Le 1er avril, les autorités sont venues donner l’ordre de stopper la construction de nouveaux dortoirs. Le lendemain, la police a fait raser le bâtiment. L’abbé a été roué de coups, deux moines ont été menacés de prison. Tous ont été expulsés. Cette démolition montre la mainmise de l’État chinois sur même les plus petits monastères, les plus petits centres du bouddhisme tibétain. »

La vingtaine de moines expulsés de ce monastère, subiront-ils le même sort que les religieux qui étudiaient le bouddhisme à Yachen Gar et Larung Gar, ces deux grandes cités monastiques dans la partie tibétaine du Sichuan ? Des ONGs estiment que quelques sept mille moines et nonnes ont été chassés depuis 2016 de Larung Gar et plus de 5 000 de Yarchen depuis 2019, leurs habitations détruites.

Pourquoi est-ce que Pékin s’en prend aux bouddhistes ? Réponse avec la tibétologue Katia Buffetrille auteur du livre L’âge d’or du Tibet : « Les religieux qui sont à la tête de ces cités monastiques sont extrêmement charismatiques et ont un pouvoir spirituel sur de nombreux Tibétains et aussi Chinois. Ce qui est insupportable pour le parti communiste qui y voit une concurrence. Comme on le sait, il n’est pas admis qu’il y ait un autre pouvoir que le parti communiste. »

Au lieu d’étudier les écrits bouddhistes, de prier et de méditer, moines et nonnes sont forcés d’apprendre comment devenir de bons communistes : « Le bouddhisme, comme toute autre religion, doit être sinisé, c’est-à-dire qu’il doit se mettre au service du socialisme aux caractéristiques chinoises. Il est demandé à tous les responsables religieux de devenir des propagandistes du parti ! On a vu des vidéos qui étaient prises dans un camp d’internement où des nonnes chantaient des chants patriotiques ! C’est ça la rééducation, c’est du lavage de cerveau. »

Cette vidéo publiée en 2017 par l’ONG Human Rights Watch montre un groupe de femmes aux cheveux rasés. Vêtues de vestes militaires, débout et en rang, elles chantent en chœur à la gloire de la mère patrie. Une rééducation de force loin des regards.et l’épidémie du coronavirus a encore renforcé la répression, estime Kate Saunders : « La Chine considère la religion et l’identité culturelle tibétaine comme un ‘dangereux virus’. Maintenant qu’un vrai virus mortel sévit, l’état chinois impose un contrôle total sur le Tibet. »

Le Tibet : un laboratoire idéal pour tester et perfectionner les outils de la surveillance de masse, déployés ensuite dans toute la Chine.

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