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Littérature classique africaine

«Un fusil dans la main, un poème dans la poche», par Emmanuel Dongala

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«Un fusil dans la main, un poème dans la poche», de Emmanuel Dongala.
«Un fusil dans la main, un poème dans la poche», de Emmanuel Dongala. Editions Le serpent à plumes

Chimiste de formation, Emmanuel Dongala est l’auteur de sept romans et de nombreuses pièces de théâtre. Depuis la guerre civile qui a ensanglanté son pays natal, le Congo-Brazzaville, l’écrivain vit aux Etats-Unis. Un fusil dans la main, un poème dans sa poche est son premier roman, paru en 1973.

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Un fusil dans la main, un poème dans la poche d’Emmanuel Dongala s’est imposé comme un titre incontournable de la littérature africaine moderne. Publié en 1973, ce roman aux accents révolutionnaires connut un grand succès auprès de la jeune génération africaine de l’époque, dont les héros s’appelaient Che Guevera, Frantz Fanon, ou Lumumba.

Tout comme l’auteur, qui avait trente-deux ans au moment de la parution de ce premier roman, ces jeunes imaginaient que la révolution prolétarienne allait transformer les pays africains issus de la colonisation, en y favorisant l’avènement des sociétés justes et égalitaires. Mais c’était sans compter avec les Jacques Foccart, les Bob Denard et autres Mobutu qui ont réussi à tuer dans l’œuf les tropismes révolutionnaires de la jeunesse et des intellectuels de ces pays. Comment les idéaux révolutionnaires ont été trahis, la mise en place des régimes dictatoriaux et le désenchantement postcolonial, ce sont les thèmes du livre d’Emmanuel Dongala.

Un roman d’action et d’éducation

Un fusil dans la main, un poème dans la poche est un roman d’action et d’éducation. A travers la destinée d’un héros idéaliste et romantique formé en Europe, ce roman raconte le chaos et la dérive de l’Afrique des indépendances.
Nous sommes dans les années 1960-70. L’action se situe dans la République d’Anzika, république imaginaire de l’Afrique centrale où l’auteur a campé son intrigue.

Le récit s’ouvre sur les derniers jours de Mayela dia Mayéla, l’ex-président du pays, renversé par un coup d’Etat et détenu dans une cellule de prison en attendant l’exécution à laquelle il a été condamné. « Le soleil explose dans toute sa munificence ! », telle est la toute première phrase du roman. En regardant la lumière du jour inonder la cour de la prison, Mayéla se souvient de la légende selon laquelle on n’exécute pas les condamnés à mort par un jour de grand soleil. La tradition veut que les condamnés soient mis à mort sous un ciel gris, de préférence tôt le matin. L’homme se réjouit d’avoir peut-être arraché une journée de plus au néant qui le guette.

Cette attente dans les couloirs de la mort est surtout vécue par le prisonnier comme une opportunité pour se remémorer les moments importants de sa vie mouvementée. Ancien guérilléro, Mayéla est passé des maquis au sommet du pouvoir, avant d’être désavoué par le peuple qui l’avait porté aux nues. Il se souvient de ses compagnons de lutte rencontrés dans les maquis de l’Afrique australe, il se souvient de leur idéalisme, de ses propres erreurs de gestion en tant que chef de l’Etat et de la trahison de ses proches qui se sont empressés de retourner leurs vestes, accélérant la chute de son régime.

Tout le roman est construit selon une série de flashbacks qui permettent aux lecteurs de reconstituer le fil de l’action et comprendre la cohérence des personnages.

Electrique

Ce qui a fait le succès de l’ouvrage, c’est surtout sa capacité de donner à sentir l’atmosphère électrique de l’époque des indépendances à travers des personnages emblématiques, forts, empreints d’une sincérité qui rend leur cause révolutionnaire crédible. « C’était l’époque de révolution romantique », a expliqué l’auteur Emmanuel Dongala. Et de poursuivre « On croyait que l’Histoire était de notre côté et le pouvoir était au bout fusil. On ne s’imaginait pas qu’on pouvait arriver au pouvoir démocratiquement en Afrique. (…) Le fusil symbolisait le combat, le poème le côté romantique. » Ce sont les convictions du protagoniste Mayéla, mais aussi de Meeks, l'Africain-Américain qui a quitté les conforts et les certitudes de son Amérique natale pour venir participer à la libération de ses frères noirs du continent.

Mayéla et Meeks sont des intellectuels. Ils constituent un trio dissemblable avec John Mabori, paysan analphabète sud-africain qui a rejoint le maquis, non point par idéalisme, mais, comme il le proclame, par réflexe et devoir de survie. « Dans nos tribus, lorsqu’un ennemi occupe tes terres, te prend ton troupeau, et en plus massacre ta femme et tes enfants, tu es obligé de le tuer », rappelle-t-il.

Engagement et souffle épique

Animé d’un souffle épique, Un fusil dans la main, un poème dans la poche est l’exemple même du roman engagé des années 1960-70. Il fut couronné à sa sortie par un prix littéraire important. Dans sa préface à la nouvelle édition de son livre, Dongala a raconté quelle fut son émotion de recevoir son prix des mains de Vercors, l’auteur du célèbre Le Silence de la mer et membre du jury du Prix Ladislas-Dormandi.

Au dire du romancier, ce qui fut particulièrement exaltant pour lui, c’était de rencontrer quelques années plus tard les maquisards katangais qui avaient lu son roman à la belle étoile et qui voulaient savoir dans quel maquis il avait combattu. Une interrogation qui était en quelque sorte la reconnaissance de l’art de Dongala, un art qui fait de l’écriture l’instrument privilégié de dévoilement des faces cachées du monde.


Un fusil dans la main, un poème dans la poche, par Emmanuel Dongala. Publié en 1973, par les éditions Albin Michel. 396 pages. (Disponible en poche, dans la collection «  Motifs », Le Serpent à Plumes)

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