Aujourd'hui l'économie

Comment rendre le fret ferroviaire plus compétitif

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Navette de fret transportant des camions de marchandises.
Navette de fret transportant des camions de marchandises. RFI/Ariane Gaffuri

En France, le Premier ministre Jean Castex a présenté en début de semaine les premières mesures concrètes de soutien au fret ferroviaire. Un premier geste pour relancer ce mode de transport, plus écolo que la route, mais aussi beaucoup plus cher.

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Plus cher et moins performant dans le service rendu. Les clients français du fret n’ont plus beaucoup de bonnes raisons de préférer le train. On l'a vu avec la ligne de ravitaillement Perpignan Rungis. Elle a été supprimée il y a un an et elle ne redémarre toujours pas faute de clients. Le Premier ministre a promis sa réouverture et même son extension vers l'Espagne. Si le fret en France est en chute libre, il concerne encore 9% des marchandises, contre 18% en moyenne en Europe. Le gouvernement voudrait que la France revienne dans cette moyenne européenne, c’est aussi l’un des vœux exprimés par la Convention citoyenne pour le climat. Pour y parvenir Jean Castex a donc annoncé un premier coup de pouce sur le prix : avec la suspension des péages ferroviaires pour 2020 et leur allégement de moitié pour 2021 ; c’est bienvenu pour sauver cette année gâtée par la pandémie. Mais très en dessous des besoins. Cette aide représente un effort de l’Etat de quelques dizaines de millions d’euros. Les acteurs du secteur jugent eux qu’il faudrait plutôt une enveloppe de 15 milliards d’euros sur dix ans pour le rendre plus compétitif que la route.

Pourquoi faut-il autant d’argent pour rénover le secteur ?

Parce que le fret se fait aujourd’hui en France sur un réseau vétuste, « datant parfois du 19ième siècle » déplore l’expert Arnaud Aymé associé chez Sia Partners. Depuis quarante ans la SNCF privilégie le transport des voyageurs, avec la grande vitesse et un effort plus récent sur les trains du quotidien. « Le déclin du fret n’est pas une fatalité » souligne Arnaud Aymé en s’appuyant sur l’exemple de la Suisse : ce pays transporte aujourd’hui le tiers de ses marchandises sur le rail après avoir réalisé un énorme investissement public dans les infrastructures. Avec l'adhésion de la population consultée par référendum. Les Suisses ont choisi le train pour limiter la pollution de leurs montagnes, car le fret émet neuf fois moins de carbone que la route, c’est donc bien un choix écologique qu’ils ont fait il y a maintenant plus de trente ans.

Ce choix écologique est-il économiquement soutenable ?

Oui, à condition de commencer par casser les distorsions de concurrence défavorables au train selon Arnaud Aymé. Le fret ferroviaire est soumis à un péage en France en revanche les camions empruntent gratuitement les routes sans participer à leur entretien. Les Suisses ont décidé de ponctionner lourdement ces pollueurs en créant une super taxe routière. Une redevance pouvant aller jusqu’à 300 euros par camion. Cet impôt rapporte 1 milliard 500 millions d’euros par an. Impensable en France où l'éco taxe a été abandonnée en 2013 suite à la révolte des bonnets rouges. Alléger le péage ferroviaire comme l’a annoncé Jean Castex va dans la bonne direction, mais cela ne dégage pas encore de nouvelles ressources pour financer la rénovation du réseau. Les fonds européens pourraient être mis à contribution, le fret étant une des solutions pour décarboner l’économie. C'est aussi un mode transport qui conserve une forte légitimité technique et économique pour convoyer vers les ports les produits trop lourds pour être acheminer par la route. Comme le blé que la France exporte en grande quantité. Parier sur le fret, c'est aussi armer la France pour projeter son agriculture et son industrie à l'export. C'est entre autre pour cette raison que l'Allemagne a développé les autoroutes du rail.

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