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Diasporas du monde

En Russie, les migrants tadjiks pris au piège du coronavirus

Audio 03:23
Devant l'ambassade du Tadjikistan à Moscou, le 8 juillet 2020.
Devant l'ambassade du Tadjikistan à Moscou, le 8 juillet 2020. Rusina Shikhatova/RFI
Par : Daniel Vallot Suivre | Rusina Shikhatova
8 mn

En Russie, la situation reste très difficile pour les migrants d’Asie centrale, qui n’ont pu rentrer chez eux en raison de la fermeture des frontières. Très souvent privés d’argent et de travail, ils ne peuvent subvenir à leurs besoins, et encore moins à ceux de leurs familles restées dans leur pays d’origine.

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De nos correspondants à Moscou,

La chaleur est écrasante et l’attente insupportable. Ce matin de juillet, devant l’ambassade du Tadjikistan à Moscou, ils sont des centaines à espérer, comme tous les jours, un rapatriement dans leur pays. « Cela fait un mois que j’attends, se désole Farroukh, 30 ans. Ils nous mettent sur des listes et puis plus rien. Il y a des malades, des femmes enceintes. Mais il n’y a pas assez d’avions et nous sommes tellement nombreux à vouloir rentrer ».

Farroukh est arrivé à Moscou en mars juste avant la fermeture des frontières et le début du confinement. « Je n’ai rien pour vivre ici et je ne peux pas rentrer chez moi, nous explique-t-il. Au début, il n’y avait pas de travail, et maintenant mes papiers sont périmés et je n’ai plus le droit de bosser. On est nombreux dans cette situation. Pour travailler, il faut payer une patente de 30 000 roubles, un peu moins de 400 euros. Mais où est-ce que je peux trouver cet argent ? »

Une ou deux fois par semaine, Faroukh parvient à trouver des petits boulots et à gagner quelques milliers de roubles dans l’illégalité, à peine de quoi survivre à Moscou. « Je vis en périphérie, dans une baraque de chantier, explique Farroukh. On est six ou sept à l’intérieur. Cela coûte cent roubles la nuit. Avant, à Moscou, je gagnais 40 000 roubles environ tous les mois et j’envoyais le plus possible à ma famille. Mais depuis que je suis ici, j’ai dû envoyer 10 000 roubles, maximum. Et je sais que pour eux, en ce moment, c’est très difficile ».

Bloqués à la frontière

Certains comme Farroukh espèrent trouver une place dans un avion qui les ramènera directement au Tadjikistan. D’autres ont choisi de partir par la route comme Bakhatyr, 35 ans. Il a franchi plusieurs milliers de kilomètres pour se retrouver finalement coincé à la frontière avec le Kazakhstan. « J’ai mis de l’argent de côté, nous explique-t-il. J’ai emprunté à des amis de quoi payer un taxi collectif. Cela coûtait 5000 roubles par personne. Mais maintenant, on est bloqués. On ne peut pas passer. Cela fait treize jours que je suis là ».

Par messagerie, Bakhatyr nous envoie les images du campement de fortune où il s’est installé avec des dizaines d’autres migrants d’Asie centrale : quelques tentes ou de simples branches pour se mettre à l’abri des intempéries. « Parfois, des camions s’arrêtent et nous donnent à manger et de l’eau mais il n’y a pas de toilettes et pas d’électricité, explique-t-il. Heureusement, il y a un générateur, et parfois, on peut charger nos téléphones ».

Le téléphone est devenu le seul lien de communication avec les parents, les conjoints et les enfants restés là-bas. En mai dernier, Bakhatyr a appris le décès de son père au téléphone. « Je suis allé à l’ambassade pour demander de l’aide mais il n’y avait pas de place dans les avions, raconte-t-il. Je n’ai pas pu rentrer. Et maintenant, c’est ma mère qui est malade. Elle est à l’hôpital et quand je lui parle au téléphone, elle se met à pleurer et elle me demande de revenir. La première chose que je ferai quand je la rejoindrai, c’est la serrer dans mes bras et l’embrasser ».

S’il parvient à passer les frontières qui le séparent de chez lui, Bakhatyr se promet de rester chez lui et de trouver au Tadjikistan les moyens de subvenir aux besoins de sa famille pour ne plus jamais en être séparé.

► À lire aussi : Coronavirus: heurts à la frontière entre la Russie et l’Azerbaïdjan

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