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Diasporas du monde

Trois générations de Palestiniens en France, trois récits d’exil 

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Plus de 5 millions de Palestiniens ont été éparpillés à travers le monde depuis 1948. Déracinés, sans nationalité, ces réfugiés ont grandi dans l’espoir d’un hypothétique retour. (Photo d'illustration).
Plus de 5 millions de Palestiniens ont été éparpillés à travers le monde depuis 1948. Déracinés, sans nationalité, ces réfugiés ont grandi dans l’espoir d’un hypothétique retour. (Photo d'illustration). Thibault Camus/AP
Par : Eliott Brachet
8 mn

Depuis le début du mois de juillet, les Palestiniens de Cisjordanie vivent sous la menace d’une annexion imminente d’une partie de leur territoire par Israël. Pour la Maison Blanche, c’est l’« accord du siècle » mais pour les Palestiniens, évincés des négociations, ce plan enterrerait vivante la possibilité d’un État palestinien. 

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En dehors de ces territoires disputés, plus de 5 millions de Palestiniens ont été éparpillés à travers le monde depuis 1948. Sur plusieurs générations, ils ont trouvé refuge dans les pays limitrophes mais aussi au Chili, aux Etats-Unis, ou en France. Déracinés, sans nationalité, ces réfugiés ont grandi dans l’espoir d’un hypothétique retour. Eliott Brachet a rencontré des représentants de trois générations de Palestiniens en France. Trois récits d’exil. 

C’est à Roubaix, ville du nord de la France, que vit Hamad Awad. Originaire de Naplouse, il est le patron du seul restaurant palestinien de la région. « Je présente mon pays, je présente la Palestine à travers la cuisine. C’est pour dire qu’on résiste, qu’on a une culture, une gastronomie. Il y a la guerre en Palestine mais il y a aussi autre chose. » 

Hamad a quitté sa terre natale en 2012. De son enfance, il garde un souvenir douloureux. « Je suis né, j’ai grandi, c’était que la guerre. C’est l’enfance que j’ai eue. Des blessés, des martyrs, des manifestations, des check-points. Il y avait des moments je ne pouvais pas aller à l’école. », raconte-t-il. 

En 2014, Hamad veut rentrer en Palestine, au chevet de son père, gravement malade. Mais les autorités israéliennes ne le laissent pas passer. Le père meurt loin de son fils. Le traumatisme de l’exil. « - Qu’est-ce que vous avez emporté avec vous quand vous êtes parti de Palestine ? Ça c’est une bonne question. Ce que j’ai emporté avec moi c’est la patience. Il faut être patient. »

La patience, c’est la clef de la délivrance, dit un proverbe arabe. 

Faire vivre la mémoire et la culture du peuple palestinien en France, c’est aussi le combat de Mohammed Salem, représentant de la petite communauté palestinienne de Lille. « Je suis né en Palestine, à Jérusalem même. En 1967, on est partis, expulsés on peut dire, de la Palestine, vers la Jordanie. »

Il est aujourd’hui médecin et se sent investi d’une mission : transmettre à ses 5 enfants et à ses 7 petits enfants, la mémoire d’une terre quittée trop tôt. « Moi je dis simplement, faites vos études, gardez bien dans vos mémoires que vous avez un pays qui s’appelle la Palestine. C’était cher pour nous et ce sera aussi cher pour vous. N’oubliez pas ça, il faut garder toujours le droit de retour dans votre pays d’origine, la Palestine ».

Le droit au retour. Une revendication invisible dans le plan de paix proposé par Donald Trump. Une revendication à laquelle les plus âgés s’accroche encore, alors que pour de nombreux jeunes Palestiniens, ce droit n’est plus qu’une illusion. 

Rima Hassan est arrivée en France à l’âge de 10 ans. « Je suis né dans le camp de réfugiés palestiniens de Neirab, en Syrie, dans la banlieue d’Alep. Il y a ce poids de l’exil qui se transmet car les Palestiniens sont la seule communauté au monde qui transmet le statut de réfugié à leurs descendants. Ce qui est encore plus lourd, c’est ce double exil : on a le sentiment d’errer dans un monde qui ne veut pas de nous. Je vis avec ce sentiment d’être un éternel déraciné. »

Pour Rima, qui n’a jamais mis les pieds sur la terre de ses grands-parents, la question palestinienne est un poids difficile à porter. « On fait peser sur nos épaules les crispations politiques autour du conflit israélo-palestinien. Mais c’est oublier notre condition et oublier les revendications des réfugiés palestiniens qui ne sont pas toujours politiques. Qui sont purement et simplement liées à leur dignité en fait, à leurs conditions de vie. Pour moi, c’est l’autre visage de la Palestine. Toutes ces populations-là vivent depuis 1948 sans citoyenneté, en attente d’un droit au retour supposé, et qu’on ne prend pas en charge, sous prétexte qu’on est en attente d’une solution politique. Pour moi ce sont des vies sacrifiées. »

L’an dernier, Rima a fondée l’Observatoire des camps de réfugiés. Au quotidien, elle rappelle que dans le monde, près d’un Palestinien sur trois vit dans un camp. Une vie  entière passée dans l’attente d’une solution politique qui semble s’éloigner chaque jour un peu plus.

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