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À Moscou, une importante communauté afghane, sans perspective de retour

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Goulam Mohammad, directeur du Centre de la diaspora afghane en Russie.
Goulam Mohammad, directeur du Centre de la diaspora afghane en Russie. R. Shikhatova/RFI

Ils vivent en Russie depuis le début des années 90 et la chute du régime communiste, qui a suivi le départ des troupes soviétiques d’Afghanistan. Les Afghans de Moscou n’imaginaient pas que 20 ans plus tard, leur pays serait toujours en guerre et que leurs enfants parleraient plus facilement dans la langue de Pouchkine, qu’en pachto ou en farsi.

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« J’habitais en Afghanistan, j’ai étudié à l’école la langue française ».

Très fier de se rappeler quelques mots de français, Khafisolla nous accueille dans sa petite boutique, derrière un comptoir chargé de colliers multicolores. Nous sommes au huitième étage d’un ancien hôtel soviétique transformé en centre commercial. D’étage en étage, dans les anciennes chambres d’hôtel, on peut trouver des vêtements bon marché, des jouets en plastique fabriqués en Chine, des produits cosmétiques ou des bijoux de pacotille.

Ici la plupart des commerçants sont des exilés afghans, qui ont fui leur pays au début des années 90.

C'est ce que raconte Khafisolla : « Je travaillais dans un ministère et quand les Moujahidines ont pris Kaboul, ils s’en sont pris à tous ceux qui travaillaient pour le gouvernement. Nos vies étaient en danger, ils pouvaient nous tuer à tout moment. Alors je suis venu ici, en Russie, et j’y vis encore aujourd’hui ».

Les Afghans de Moscou ont très souvent la même histoire à raconter. Les détails changent, mais la trame est similaire. Le retrait des troupes soviétiques en 1989, puis la chute du régime communiste, et la fuite à l’étranger.

Plusieurs centaines de milliers d’entre eux choisissent alors la Russie comme terre d’accueil, comme l'explique Goulam Mohammad, directeur du Centre de la diaspora afghane en Russie. « Après la chute de Mohammad Najibullah en 1991, pratiquement tous ceux qui étaient au pouvoir, ou proches du pouvoir, sont arrivés ici. Il y avait des ministres, des journalistes, des universitaires et leurs familles... Et le seul pays qui était notre ami à l’époque, c’était l’URSS. Nous pensions qu’ils nous accueilleraient à bras ouvert, mais on a très vite déchanté. Dans les années 90, la situation ici était très compliquée. Il y a eu la chute de l’URSS et puis l’effondrement de l’économie… Le pays n’était pas vraiment capable de s’occuper de nous. ».

Faute d’obtenir le statut de réfugiés que la Russie refuse de leur donner, de nombreux Afghans partent en Europe ou aux États-Unis. Mais plusieurs dizaines de milliers d’entre eux préfèrent rester sur place.

C’est le cas de Khafisolla, qui n’est jamais retourné dans son pays d’origine, depuis qu’il a pris la fuite. « Bien sûr, mon pays me manque terriblement, témoigne-t-il. Quand nous sommes arrivés ici, on espérait que la situation s’améliorerait et qu’on pourrait rentrer. Mais la guerre a continué et nous ne pouvons pas revenir ! Et puis, il n’y a pas que la guerre, il y a l’insécurité. Là-bas, on peut se faire tuer pour un rien, pour un téléphone portable. En Afghanistan, les gens vivent tous les jours comme si c’était le dernier. Et puis ici nous avons du travail, et nous pouvons vivre normalement. »

Avec un sourire un peu triste, Khafisolla évoque ses trois enfants, âgés de 6 à 13 ans. Tous sont nés en Russie et n’ont jamais été en Afghanistan. A la maison, nous dit-il, ils parlent en farsi, la langue de leurs parents, mais entre eux c’est en russe qu’ils préfèrent s’exprimer. « Je pense que mes enfants vont rester en Russie. Ils sont habitués à ce pays, et à ses lois. Et ils n’ont jamais mis les pieds en Afghanistan. Mais cela m’attriste car l’Afghanistan reste notre patrie. Et ici, même si nous vivons bien, nous restons des étrangers. » déplore-t-il.

Selon les estimations, entre 80 000 et 150 000 Afghans vivent aujourd’hui en Russie. Si l’on ne tient pas compte des pays de l’ex-URSS, c’est la plus grande communauté étrangère sur le territoire russe.

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