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Aujourd'hui l'économie

La France veut en finir avec le carcan de l’orthodoxie budgétaire

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Le président français Emmanuel Macron et la chancelière allemande Angela Merkel s'étaient rencontrés à Paris pour discuter des principales réformes de la zone euro.
Le président français Emmanuel Macron et la chancelière allemande Angela Merkel s'étaient rencontrés à Paris pour discuter des principales réformes de la zone euro. REUTERS/Francois Lenoir

L’Allemagne vient de présenter un nouveau budget déficitaire pour 2021. Le pays européen le plus attaché à une gestion rigoureuse de l'argent public se prépare-t-il à l'abandon des règles de Maastricht souhaité par la France ?

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Ces règles sont suspendues depuis le mois de mars, à cause de la pandémie, et on ne sait pas vraiment pour le moment quand elles seront réactivées. Les ministres des Finances réunis la semaine dernière à Berlin sont restés très vagues sur le sujet. Mais en coulisse, tout le monde s'accorde sur le diagnostic : ces règles sont trop complexes, trop politisées et trop pro-cycliques, c'est-à-dire qu'elles amplifient la conjoncture, qu'elle soit bonne ou mauvaise, ce qui est catastrophique quand l'économie se replie.

Clément Beaune, le secrétaire d’État aux Affaires européennes, lui est sorti du flou pour porter le combat anti-Maastricht: « On ne peut pas imaginer remettre en place le même pacte de stabilité et de croissance », a-t-il déclaré à l'agence France Presse, car selon le ministre qui exprime souvent la pensée du président Macron, il faudra continuer à investir massivement pour soutenir l'économie.

Le nouveau budget allemand est-il si éloigné des règles habituelles de la zone euro ?

Ce budget, comme celui de 2020, est déjà une hérésie au regard du droit allemand, puisqu'un frein budgétaire est inscrit dans la constitution. Il transgresse largement les limites fixées dans la zone euro : le déficit allemand en 2020 est supérieur à 7 %, deux fois plus que les 3 % prévu par le pacte. À 59 % du PIB, l'endettement allemand pour cette année est encore dans les clous, le plafond autorisé est à 60 %, mais il va exploser l’an prochain, à 75 % du PIB. Faute de recette fiscales suffisantes, l'Allemagne va encore emprunter massivement pour financer sa reprise.

Le ministre des Finances reste énigmatique sur la révision des règles de la zone euro. Il agit par pragmatisme et avec un agenda politique en tête. Olaf Scholz doit conduire la liste des sociaux-démocrates aux élections prévues l’an prochain. C’est sans doute après ce scrutin, une fois qu’on connaîtra la nouvelle donne politique en Allemagne qu’on saura si et comment le pacte de la zone euro sera réaménagé.

Peut-on s'affranchir complètement de ces règles ?

C'est possible tant que les États ont la confiance des marchés. Ce qui est le cas en ce moment. On a vu ce mercredi les investisseurs se ruer sur la dette italienne au lendemain des élections régionales qui ont conforté la coalition dirigée par Giuseppe Conte. Pourtant, l'Italie demeure un maillon faible de la zone euro. Son endettement devrait culminer à 160 % du PIB. Celui de l'Espagne à 130 % et celui de la Grèce à 200 %. Sur le moyen terme, les économistes sont sans illusion : cet endettement leur parait insoutenable.

La Banque centrale européenne, qui garantit pour le moment le système avec son programme exceptionnel de rachat de dettes, est bien consciente du risque. Et elle a une solution en tête : pour favoriser la croissance, l'ingrédient indispensable pour que les États puissent rembourser leur dette, il y a un déjà outil, souligne-t-elle, c'est le fonds pandémie de 750 milliards d'euros créé par la Commission à titre exceptionnel. Pourquoi pas le rendre permanent dans le cadre de la révision des règles de la zone euro, suggère une note publiée sur le site de la BCE. Un ballon d'essai qui va encore faire tousser les pays dits frugaux, ceux qui ont ferraillé contre ce plan qu'ils doivent financer, ceux qui restent les plus attachés à l'orthodoxie budgétaire.

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