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Reportage France

[Série] Plan de relance: un espoir pour le fret ferroviaire?

Audio 02:42
Un employé de la SNCF prépare un train de fret à la gare Saint-Charles de Perpignan (image d'illustration).
Un employé de la SNCF prépare un train de fret à la gare Saint-Charles de Perpignan (image d'illustration). RAYMOND ROIG/AFP

Le projet de budget pour 2021 présenté cette semaine par le gouvernement français fait la part belle au plan de relance de 100 milliards d'euros sur deux ans. A cette occasion, toute la semaine RFI vous propose de porter un éclairage sur plusieurs secteurs qui en bénéficieront.Dans ce troisième épisode, on se penche au chevet du rail. Le gouvernement consacre 4,7 milliards d'euros au transport ferroviaire. Objectif : « moderniser le réseau le plus circulé », réinvestir sur les petites lignes et développer le transport de marchandises. En moyenne seulement 9% des marchandises terrestres sont transportées par le réseau ferré en France contre 18% en Allemagne. Comment se porte le fret ferroviaire français ? Le plan de relance peut-il changer la donne ?

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Le matin, la gare de triage du Bourget est plutôt calme. Des agents en profitent pour réparer une voie à distance des quelques trains prêts à partir. Alexandre Duclos, chef de l'atelier Bourget-Bobigny, souligne que malgré les apparences matinales, la gare est toujours active. Actuellement, sont triés environ « 200 wagons par jour, mais on a une capacité cinq à six fois supérieure ».

L'épidémie de Covid-19 a fait baisser le nombre de départs, mais cela n'explique pas tout.Le triage du Bourget a perdu de l’activité ces dernières années. « En 2007 ou 2009, on devait être sur 1 000, 1 200 wagons ». Mais Alexandre Duclos reste confiant. « On est sur une position géographique très intéressante puisqu'avec ce système d'étoile on peut desservir l'ensemble de l'activité ferroviaire française, donc nous pouvons nous adapter ». L'adaptabilité est d'ailleurs le maître-mot du chef d'atelier qui assure que 90% des voies sont utilisables. De source syndicale, c'est loin d’être le cas à Somain dans le nordde la France.

« De 600 à 60 cheminots »

Sur un pont qui enjambe ce triage, Willy Dans, élu au CSE de Fret SNCF,observe la végétation qui prend ses aises et se remémore les jours fastes du site de cette ville cheminote. « C'était nickel-chrome, et puis il y avait de l'ambiance, une solidarité », se souvient-il au-dessus des voies quasi-désertes. « En 2007, il y avait 600 cheminots sur le site, et au fur et à mesure des différents plans de restructuration, il nous en reste une soixantaine ». Un déclin des effectifs avec le déclin du wagon isolé.

En contre-bas, près du Poste B, Christophe Soufflet, également élu Sud-Rail, travaille toujours sur le site et déplore une dégradation des conditions de travail.

« On a dû poser un droit d'alerte pour faire désherber le triage. On en arrive-là », s'exclame-t-il exaspéré. « 40% du triage est condamné, fermé. Là, on a une aiguille, on ne peut pas la changer. Cela fait quatre mois que l'on attend ». Les cheminots « doivent faire des manœuvres de corps d'armée parce qu'on n'a pas cette aiguille », témoigne le représentant syndical.

« On a le droit d'être sceptique »

Face à ce constat, Christophe Soufflet et Willy Dans doutent que le plan de relance suffise à redynamiser le triage de Somain. « On reste sceptiques, on a subi trop de restructurations, on a eu trop de belles promesses des gouvernements successifs et au bout du bout, on se rend compte qu'on est dans une situation où on est quasiment au dépôt de bilan »,assure Willy Dans qui espère se tromper.

Le scepticisme domine également dans le local de la CGT. « Dans le même temps, la SNCF continue à supprimer des emplois au fret. On a le droit d'être sceptique », s'étonneDavid Rotolo,secrétaire général du syndicat CGT des cheminots de Somain. Fret SNCF se sépare, en effet, de 100 conducteurs. Une décision dictée par la baisse d’activité de 15 à 20% depuis la pandémie de Covid-19, explique Jérôme Leborgne, le directeur général de Fret SNCF. Et de promettre de la flexibilité :« Ces conducteurs vont aller sur le réseau voyageurs, il pourra y avoir des transferts dans l'autre sens quand il y aura des besoins ». Et puis, « la SNCF forme tous les ans environ 700 conducteurs ».

En attendant, David Rotolo aimerait qu'une stratégie soit présentée.« On ne sait pas où ils vont investir ». Or, il exige une politique de long terme. « La direction nous avait dit qu'on ne pouvait pas refaire du tri comme on le faisait hier. On est d'accord. Mais, il faut inventer, innover, investir et là on en est loin ».Attablé à bonne distance, l'un de ses collègues, Raymond Urbanek, estime qu'il faudra aussi mettre des moyens pour reformer des cheminots si le wagon isolé, aujourd'hui bien plus cher que le camion, est relancé.

Selon la direction de Fret SNCF, la part du plan dévolue au transport de marchandises est « de l'ordre d'un milliard d'euros ». Pour David Rotolo,cela sera loin de suffire.Un avis partiellement partagé par Alain Bruneel, député communistedu Nord : « Sur tout le boulot qu'il y a à faire », l'enveloppe du plan de relance, « ce n'est pas énorme, il faudra beaucoup plus que ça. Mais, déjà on dit : "on remet les rails en route, on relance l'idée de cette autoroute fret ferroviaire". Et pour cette autoroute ferroviaire, on est bien placé, on est au carrefour européen. On a tous les atouts ici », estime celui qui plaide auprès du gouvernement et des instances ferroviaires pour le site de fret de Somain. « On est un carrefour en terme de circulation et on est un carrefour économique. Il faut que la gare de triage de Somain puisse renaître de ses cendres ».

« Un alignement des planètes »

Alain Bruneel espère que cela donnerait un coup de pouce à l'économie locale. « Une stratégie doit être discutée en décembre », explique-t-il. Pour l'instant, il n'a pas l'assurance que le triage de Somain figurera parmi les priorités.

Au niveau national, Jérôme Leborgne souligne que l'activité de l'entreprise dépendra de la reprise de l'économie mais espère quoiqu'il en soit que le taux de transport ferroviaire double d'ici 2030. Le directeur général de Fret SNCF sent « une vraie volonté de dynamiser le secteur ». Avec le Green deal, le plan européen pour la transition écologique, la convention citoyenne pour le climat qui pousse pour moins de camions et plus de fluvial et de ferroviaire,il pense qu'il y a« un alignement des planètes totalement favorable au fret ferroviaire ».

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