Aujourd'hui l'économie, le portrait

Danielle DeRuiter-Williams défend l’égalité des chances pour les Afro-Américains

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Danielle DeRuiter-Williams, cofondatrice de la société californienne The Justice Collective.
Danielle DeRuiter-Williams, cofondatrice de la société californienne The Justice Collective. DA Archives personnelles

Aujourd’hui l’Économie, le portrait est consacré en ce mois d’octobre, à différentes personnalités du monde économique aux États-Unis. À quatre jours des élections présidentielles, coup de projecteur sur Danielle DeRuiter-Williams, cofondatrice de la société californienne The Justice Collective, qui défend l’égalité des chances pour les Afro-Américains.

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Danielle DeRuiter-Williams le confirme, les inégalités raciales aux États-Unis sont criantes et se sont même creusées avec la crise du coronavirus. Elles ont coûté 16 000 milliards de dollars à l’économie américaine ces vingt dernières années et sont un manque à gagner de 5 000 milliards de dollars sur les cinq prochaines années, selon une récente étude de Citygroup. Changer la donne a été très tôt une priorité pour cette femme avenante de 35 ans : « J’ai grandi à Kalamazoo dans le Michigan et je suis métisse. Je m’identifie comme femme noire, mais ma mère est blanche et mon père noir et donc la question raciale a toujours été très personnelle. Poursuivre des études supérieures, accéder aux fonctions décisionnaires qui souvent échappent aux personnes comme moi, tout cela m’a motivé à faire en sorte que les entreprises deviennent une force qui instaure la justice et le changement. »

Après un double Master en études afro-américaines et en urbanisme, et plusieurs expériences dans le monde associatif, Danielle DeRuiter-Williams a co-fondé, il y a cinq ans, The Justice Collective, un cabinet de conseil qui promeut l’emploi des Afro-Américains à des postes clé aux États-Unis : « Notre travail à Justice Collective consiste à améliorer les conditions de travail des entreprises, celles de tout le monde. Pas juste celles de quelques-uns. Donc, on se concentre sur la culture d’entreprise, son système de décision, ses préjugés, sa politique d’embauche et d’égalité de salaires... Nous établissons un bilan, nous formons les employés et les aidons à développer une stratégie d’équité sur le long terme. »

Les choses avancent puisque l’entreprise vient de dépasser la barre du million de dollars de revenus. Ce n’est toutefois pas sans difficulté, quand on sait que les Afro-Américains, qui représentent 12% des actifs, ne sont que 17% à occuper de hautes fonctions : « C’est un défi, mais nous choisissons les gens avec qui nous travaillons. Nous avons eu des clients qui nous disent : "nous avons besoin seulement deux heures de coaching", mais nous répondons que nous n’offrons pas cela, nous offrons un partenariat de fond. Pour que l'équité soit possible, il faut pouvoir redistribuer le pouvoir et les ressources. Nos clients y sont favorables, mais quand il s’agit de passer à l’acte, de prendre des décisions transparentes, d’inclure les Noirs autour de la table des décisions, là, certains disent : houlà, je ne savais pas que ça impliquerait cela. À nous alors de les amener à nous faire confiance, car sans cette remise en question, ils ne pourront pas transformer leur entreprise. »

La mort du noir américain George Floyd, tué par un policier blanc en mai à Minneapolis, et plus récemment celle de Jacob Blake, ont suscité aux États-Unis et ailleurs une vague de colère contre le racisme.

Ces tragédies ont aussi réveillé les consciences du monde professionnel. Danielle DeRuiter-Wiliams : « Nos activités ont augmenté de 700%. Nous sommes passés de cinq demandes de clients par semaine à cinq par jour, ces quatre derniers mois. La différence, c’est que les chefs d’entreprises souhaitent des changements sur le plus long terme. Et puis aussi, ils s’expriment plus ouvertement sur le racisme, la suprématie blanche, la responsabilité collective face à ces injustices. Ils appellent un chat un chat et cela facilite notre travail. Mais nous sommes au cœur d’une crise politique de plus en plus terrifiante avec les élections qui approchent. Récemment Trump a même annoncé un décret contre les programmes de sensibilisation au racisme. C’est un recul inquiétant. »

La politique économique de Donald Trump est aussi, pour la chef d’entreprise, un sujet qui fâche : « Les aides aux ménages de 1 200 euros et le chômage partiel sont des offres en trompe l’œil. Il ne faut pas oublier que nous n’avons pas de filet de sécurité, pas de sécurité sociale alors, je ne pense pas qu’il ait fait un bon boulot, non. »

Danielle DeRuiter-Williams votera pour le démocrate Joe Biden, en attendant, dit-elle, un candidat plus « progressiste » peut-être dans quatre ans, lors de nouvelles prochaines élections présidentielles.

Site internet The Justice Collective

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