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Lignes de défense

Le centenaire du Soldat inconnu

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Un monument du Soldat inconnu de la Grande Guerre.
Un monument du Soldat inconnu de la Grande Guerre. Service historique de la Défense

À l’occasion des cérémonies du 11-Novembre, la France célébrera ce mercredi le centenaire du Soldat inconnu. Le 11 novembre 1920, le corps d’un soldat français arrivait à l’Arc de triomphe à Paris, deux ans jour pour jour après l’armistice de la Grande Guerre. Franck Alexandre nous raconte cette histoire singulière.

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Au lendemain de la sanglante bataille de Verdun, en 1916, décision est prise d’honorer l’ensemble des morts par le choix de l’un d’entre eux, un soldat inconnu, un « déshérité de la mort », selon la formule de l’époque et qui reposerait dans un site hautement symbolique. 1920 sera donc l’année du Soldat inconnu, à Paris comme à Londres, puisque ce même jour, un soldat britannique inconnu est également inhumé à l’abbaye de Westminster.

Le 8 novembre 1920, l’Assemblée nationale vote la loi « relative à la translation à Paris et au dépôt à l’Arc de triomphe des restes d’un soldat inconnu mort pour la France » pour rendre hommage aux quelque 1 400 000 soldats français tués entre le 2 août 1914 et le 11 novembre 1918, dont des dizaines de milliers ne furent jamais identifiés. Le 9 novembre 1920, les restes de huit soldats français sans nom, exhumés de huit champs de bataille – Lorraine, Verdun, Champagne, Chemin des Dames, Île-de-France, Somme, Artois et Flandres – sont rassemblés dans une chapelle ardente de la citadelle de Verdun. Seule l’une de ces dépouilles rejoindra l’Arc de triomphe à l’issue d’un long périple, indique Jean-François Dubos, conservateur au service historique de la défense : « Le 9 novembre, le corps du soldat inconnu est choisi. Le 10 novembre, la dépouille arrive à Paris, place Denfert-Rochereau pour une veillée funèbre. Le lendemain, après un passage au Panthéon au cours duquel on va déposer le cœur de Léon Gambetta (homme d’État français) afin d’associer à l’occasion du cinquantenaire de la République, dans une même gloire, le soldat français et le grand tribun, le soldat inconnu est enfin amené à l’Arc de Triomphe où il est installé ».

Le Soldat inconnu reste dans une salle de l’Arc de Triomphe avant d’être mis en terre le 28 janvier 1921 sous une dalle avec l’inscription : « Ici repose un soldat français mort pour la Patrie 1914-1918 ».

Un petit bouquet de bleuets

C’est à Auguste Thin, jeune caporal du 132e régiment d’infanterie, que revint la lourde tâche de choisir le Soldat inconnu. Deux jours avant la cérémonie sur la place de l'Étoile, ce 9 novembre 1920, huit morts anonymes, chacun tombés sur l’un des huit grands champs de bataille de la Grande Guerre, reposent donc dans la crypte de la citadelle de Verdun, dans des cercueils strictement identiques et recouverts d’un drapeau tricolore. Le soldat Auguste Thin, engagé le 3 janvier 1918, est l’un des survivants du 234e régiment d’infanterie, un régiment décimé en Champagne lors de la contre-offensive allemande de juillet 1918. Versé au 132e régiment d’infanterie, le régiment de Verdun, Auguste Thin, sous les roulements de tambour, pénètre dans la crypte, souffle Jean-François Dubos : « Il faut imaginer Auguste Thin déstabilisé par cette demande que lui fait directement André Maginot et pour matérialiser son choix, il doit déposer un petit bouquet de bleuets sur celui des cercueils qu’il aura retenu… Auguste Thin ne sait pas comment choisir… Et il a une idée : il appartient au 132e régiment d’infanterie, il additionne les chiffres qui composent le numéro de son unité et donc il va désigner le sixième cercueil en déposant le bouquet sur celui-ci. ».

Le cercueil choisi est placé sur un affût de canon de 75 pour rejoindre Paris via un train spécial. Les sept autres corps sont inhumés à Verdun dans une nécropole.

11 novembre 1940

Le Soldat inconnu incarne aussitôt une forme de pérennité de la République. Alors que les défilés militaires avaient pour usage, comme à l’époque romaine, de passer sous l’Arc de triomphe, le monument devient un lieu de recueillement. Le 11 novembre 1940 se déroule sous l’Arc de triomphe un événement fondateur, l’un des premiers actes de résistance sous la France occupée, relève Jean-François Dubos : « Alors que l’occupant nazi a interdit les manifestations patriotiques, des étudiants vont se recueillir malgré tout sur la tombe du Soldat inconnu. C’est un acte de résistance, même s’il ne dit pas son nom et c’est un acte qui est particulièrement intéressant à mon avis, car il est l’œuvre de jeunes gens qui ont une vingtaine d’années. Donc, ils ne se rendent pas sur la tombe d’un camarade tombé au front comme ont pu le faire leurs parents, mais ils se rendent sur la tombe d’un jeune homme qui, finalement, incarne cette continuité, cette pérennité de la Nation. On peut même peut-être penser que le général de Gaulle, lors de son célèbre appel du 18-Juin, lorsqu’il évoque la flamme de la résistance qui ne doit pas s’éteindre et qui ne s’éteindra pas, fait peut-être une allusion indirecte à cette flamme qui veille au-dessus de la tombe du Soldat inconnu ».

Si la France et la Grande-Bretagne, les deux grands alliés du premier conflit mondial, ont inventé le Soldat inconnu, le symbole a, depuis, été repris par une trentaine de nations, du cimetière militaire américain d’Arlington en 1921 à l’Australie en 1993, et au Canada en l’an 2000. En revanche, l’Allemagne, le grand vaincu de ce conflit meurtrier, n’a jamais eu de soldat inconnu.

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