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Alessandro Bogliolo, un expert du luxe, quitte Tiffany, racheté par LVMH

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Alessandro Bogliolo en 2018.
Alessandro Bogliolo en 2018. © AFP/Nicholas Hunt

Alessandro Bogliolo était jusque-là patron du fabricant de bijoux Tiffany qui vient d’être racheté par le géant français LVMH, numéro un mondial du luxe. C’est officiel depuis ce jeudi 7 janvier, à l’issue d’un long feuilleton. Cet homme de 55 ans a fait l’essentiel de sa carrière dans ce secteur si particulier.

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Alessandro Bogliolo a commencé sa carrière comme consultant chez Bain & Co, un cabinet de conseil réputé à Paris et Milan. Après un passage chez Piaggio le constructeur de scooters, en Espagne et en Chine, ce globetrotteur éclectique entre finalement en 1996 chez le joaillier Bulgari. En 2013, il prend les rênes de Diesel, l’entreprise de denim, puis de Tiffany en 2017, avec ses 4 milliards et demi de dollars de chiffre d’affaire et 325 magasins dans le monde.

Yves Hanania, est consultant dans le domaine du luxe et co-auteur du livre Le Luxe Demain, aux Éditions Dunod : « Il est reconnu clairement comme un expert du secteur du luxe. Sa réputation est très bonne, très favorable. On lui reconnaît aussi un talent pour être très humain, très accessible, donc des qualités relationnelles, et il est salué souvent pour sa créativité et son efficacité. C’est un homme qui a su prendre la direction de la marque Tiffany et lui donner sinon un nouveau souffle, une direction claire sur son rajeunissement. »

La marque iconique fondée à New-York en 1837 et sa célèbre boite bleue turquoise, Alessandro Bogliolo, en est fier. Il l’exprime lors d’une conférence au Club des hauts dirigeants du Boston College : « C'est une marque formidable et mon objectif est de consolider la marque, son savoir-faire, ses valeurs d’intégrité. Prenons par exemple les diamants, un produit historiquement entouré d’opacité : notre expertise commence tout en amont de la chaîne d'approvisionnement. Au lieu de les acheter à des revendeurs, nous les achetons directement dans les mines, pour s’assurer de leur origine, de leur traçabilité. Pour le client, cela signifie qu’il achète non seulement un beau bijou, mais surtout un bijou qui a été extrait, taillé et poli dans le respect des droits de l'homme, de l'environnement. C'est important pour les baby-boomers comme moi, mais plus encore pour les Millennials. Ils veulent un diamant étincelant, propre dans tous les sens du terme. C’est la force de notre marque. »

En achetant les diamants de Tiffany, pour près de 16 milliards de dollars (15,8 milliards de dollars), LVMH s’engage à reprendre aussi ses dettes, s'élevant à près de 350 millions de dollars. En échange, le géant mondial du luxe renforce sa présence aux États-Unis dans la joaillerie d’excellence. Yves Hanania : « C’est une très belle opération évidemment pour LVMH ; c’est une de ses plus grandes acquisitions, sinon la plus grande. Tiffany également a tout à y gagner parce qu’on est sur un marché très satellisé c’est-à-dire qu’il n’y a pas de grandes marques de joaillerie à part Bulgarie et Cartier, vous avez un marché qui est encore à se consolider au niveau global. C’est aussi une marque qui n’a pas su complétement conquérir l’Europe, qui a des positions à consolider en Chine. Tiffany est une très grande marque, mais elle n’a pas su encore s’internationaliser et un groupe comme LVMH va lui donner cette force de frappe internationale. »

Tiffany passe donc sous le giron de LVMH, propriété de Bernard Arnault qui possède quelque 70 maisons : Bulgari, Louis Vuitton, Christian Dior, Celine, ou encore Moët Hennessy. Le joaillier devrait toutefois continuer à exister en tant que tel. Olivier de Panafieu, dirigeant du cabinet de consultants Roland Berger à Paris : « La particularité de LVMH c’est que c’est un groupe qui a refusé d’intégrer vraiment les marques, comme d’autres grands groupes par exemple dans le domaine de la grande consommation ont pu intégrer les marques. LVHM c’est l’opposé. Il va arriver à Tiffany ce qui est arrivé aux autres, c’est-à-dire que les maisons restent indépendantes avec des moyens propres pour autant elles sont suivies de très très près par le grand patron. »

Mais ce sera sans Alessandro Bogliolo qui doit quitter Tiffany et laisser la place à un français Anthony Ledru. Alessandro Bogliolo a malgré tout été remercié dans tous les sens du terme par le grand patron de LVMH, Bernard Arnault : « Avoir confiance dans la capacité de Tiffany à accélérer sa croissance, à innover et à demeurer la marque de joaillerie la plus désirable ». Il salue le « travail de ces trois dernières années, notamment » précise-t-il « lors de la période difficile que le monde traverse actuellement ».

 

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