Aujourd'hui l'économie, le portrait

Paolo Gentiloni, la force tranquille qui veut assouplir les règles budgétaires de l’UE

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Paolo Gentiloni.
Paolo Gentiloni. Kenzo Tribouillard AFP

Ce vendredi 30 avril marque la date limite pour que les 27 États membres soumettent leur proposition de plan de relance à la Commission européenne. Derrière l’idée d’une dette commune à toute l’Union pour faire face aux effets de la pandémie, l’Italien Paolo Gentiloni, commissaire aux affaires économiques et budgétaires.

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On le dit discret, ses détracteurs préfèrent le considérer comme mou, voire soporifique. Pourtant, c’est lui la force tranquille qui, pas à pas, a réussi à imposer sa vision à Bruxelles et faire relâcher la bride budgétaire de l'UE. Paolo Gentiloni, 66 ans, commissaire à l'économie depuis 2019 s'est révélé pendant la crise du coronavirus. Dans le choc inédit que traverse l'Europe, celui qui a été président du conseil italien de 2016 à 2018 voit une chance historique de rebattre les cartes et d'innover. Il y a un an tout juste, avec le commissaire français Thierry Breton, il avance l'idée folle d'un endettement commun aux 27, un plan de relance inédit de 750 milliards d'euros. Idée qui ne plaît pas du tout à certains pays dits « frugaux », mais qui semblait nécessaire selon lui pour faire face à la crise, comme il l’expliquait il y a quelques mois sur France 2 : « Le but de ce fond est d’éviter que les pays qui ont moins de force financière pour répondre à cette crise ne restent à l’arrière. Mais ce n’est pas seulement de la solidarité, c’est un intérêt commun. »

Du changement pour le Traité de Maastricht

Issu d'une famille aristocrate romaine, marié (sans enfant) à une architecte, il a le profil plutôt classique des hommes politiques italiens de sa génération. De ses années au sein des jeunesses maoïstes, il dérive vers les mouvements écologistes, puis le centre, où il va être l'un des membres fondateurs du Parti démocrate italien. Soucieux de chercher le compromis, il sait saisir les opportunités, et Sandro Gozi qui été son secrétaire d'État aux affaires européennes est bien placé pour en parler : « C’est quelqu’un qui a suffisamment de prudence et d’expérience pour comprendre les rapports de force. Il n’ira jamais s’aventurer dans des batailles dans lesquelles il pourrait être minoritaire. Ce n’est pas vraiment quelqu’un qui ouvre la brèche, mais quand il voit que la brèche est ouverte dans la bonne direction, il s’y engouffre et fait du bon travail pour l’élargir et atteindre son but ». Le but de Paolo Gentiloni, c'est aussi de remettre sur la table le vieux débat autour du pacte de stabilité européen et la règle des fameux 3% du Traité de Maastricht. Pour faire face à la crise, les règles sont suspendues jusqu'à au moins 2022. Une victoire pour l’Italien, alors que l’idée hérissait le poil des plus hautes sphères conservatrices de Bruxelles.

Sur la forme, l’opposé de Renzi

Gentiloni arrive in fine à atteindre ses objectifs, car on l’écoute et on respecte son expérience. En Italie, il a pu rencontrer la plupart des grands de ce monde en étant d'abord ministre des Affaires étrangères sous Matteo Renzi, avant de prendre la place de son mentor. Et si sur le fond, il a marché dans les pas de ce dernier, il a décidé de le faire en jouant une partition radicalement différente. Marc Lazar, spécialiste de l'Italie et directeur du centre d'histoire de Sciences Po Paris se souvient du contre-pied que son mandat été avec celui du volcanique Renzi : « Pour combattre les populistes, Matteo Renzi jouait un style populiste, même si sur le fond, il ne l’était pas. Gentiloni a été l’exact opposé : souligner l’importance de la délibération, prendre le temps d’étudier les dossiers. Cela a été, au moment où il a été président du conseil, assez apprécié après les excès de Renzi ». En Italie et aujourd'hui à Bruxelles, c'est ce qui plaît chez Paolo Gentiloni, mais aussi ce l'on lui reproche. Sans faire de vague, il réussit à ratisser suffisamment large pour imposer sa conception. Pédagogue, il fait le tour des médias européens, pour avancer, aussi bien en anglais qu'en français, ses idéaux d'une Europe soudée. Aujourd'hui, le plan de relance est un véritable pari pour l'Union, et en cas de succès, Gentiloni pourra en réclamer au moins en partie, la paternité.

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