Saloua Karkri Belkeziz, femme d’affaires et militante féministe marocaine

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Saloua Karkri Belkeziz, femme d’affaire et militante féministe marocaine.
Saloua Karkri Belkeziz, femme d’affaire et militante féministe marocaine. © Olivier Rogez / RFI

C’est une pionnière dont nous dressons le portrait dans « Aujourd'hui l'économie ». Saloua Karkri Belkeziz, qui publie ses mémoires intitulés « Le chemin des possibles » (éditions La croisée des chemins), a contribué à promouvoir le rôle des femmes marocaines au sein des entreprises. Femme d’affaires, militante et, un temps, députée. Olivier Rogez l’a rencontrée. 

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«Je suis du style à me lancer dans tous ce qui est nouveau. J'ai été la première femme à créer une entreprise dans les technologies de l'information, la première à créer une association de femmes chefs d'entreprise...» se présente Saloua Karkri Belkeziz. 

À 59 ans, la femme d'affaires n’a rien perdu de sa curiosité, ni de son caractère bien trempé. Celui qui a lui permis à la fin des années 1970 de quitter la maison familiale à l’âge de 17 ans, le baccalauréat en poche, pour aller en France poursuivre ses études. À la maison, son oncle rechigne un peu, et son grand-père se résigne à voir la brillante élève voler vers d’autres cieux. « Ils savaient que j’étais têtue. Mon grand-père leur disait toujours "si elle crie, si elle veut quelque chose, donnez lui, de toutes les façons, elle ne changera pas d'avis" », raconte-t-elle.

Saloua Karkri Belkeziz, patronne à 25 ans

Issue d’un milieu modeste mais où l’on vénère l’éducation, la jeune bachelière douée en mathématique, choisit l’informatique. Après ses années d’études à Paris, elle rentre au Maroc et décide de monter sa propre entreprise Professional Systems. «J’ai créé la première société de service informatique au Maroc qui vendait des logiciels. Avant ce n'était que des sociétés de matériel. J'avais 25 ans, c'était une première. Il y avait, certes, des femmes qui géraient des entreprises familiales, mais dans le secteur de la technologie, j'étais une pionnière.», poursuit-elle.

Nous sommes en 1987 et la société marocaine est encore très conservatrice. Saloua Karkri Belkeziz patronne de 25 ans, en fait l’amère expérience. Les banquiers la regardent de haut, et parfois les employés claquent la porte. «Un jour un ingénieur a démissionné sans aucune raison, se souvient-elle, et quelques années plus tard, il m'a avoué qu'il n'avait pas supporté d'avoir une femme patronne. Il venait du nord du Maroc, et pour lui, c'était les hommes qui devaient être les patrons. »

Au Maroc, le taux d’activité des femmes n’est encore que de 20%

À force de travail, Saloua Karkri Belkeziz se fait une réputation d’excellence, au point que le groupe français de services informatiques GFI s’associe à elle, avant de racheter son entreprise quelques années plus tard, lui confiant la direction marocaine. En parallèle de cette carrière, elle fonde l’AFEM, l’Association des femmes chefs d’entreprises au Maroc. « Je trouvais que les femmes ne participaient pas assez aux débats économiques. explique-t-elle. Cette association avait d'abord pour objectif de les faire participer aux débats sur les réformes économiques. Et également, d'encourager les filles à créer leur entreprises en participant à un réseau. » 

L’AFEM est un succès. Plus de six cent femmes chef d’entreprises en sont devenues membres en 20 ans. Saloua Karkri Belkeziz, qui fut aussi députée socialiste, s’est battue vingt ans contre le conservatisme ambiant et pour que les lois progressistes adoptées au tournant des 2000 ne restent pas lettre morte au Maroc. Car, déplore-t-elle, le taux d’activité des femmes n’est encore que de 20% contre 75% dans un pays comme la France. Il a même diminué ces vingt dernières années. « Ce taux pourrait augmenter si l'on mettait en place un environnement pour permettre à la femme de travailler à l'extérieur, affirme-t-elle. C'est ce que vous avez en France, avec les crèches, le transport scolaire, la fiscalité pour les emplois de service à la maison. Tout cela, malheureusement, nous ne l'avons pas encore. »

Devenue en trente ans une figure respectée de l’entrepreneuriat ainsi qu’une voix du féminisme marocain, Saloua Karkri Belkeziz consacre aujourd’hui une partie de son temps à transmettre un message simple aux femmes marocaines : les portes ne sont jamais fermées si l’on pousse suffisamment fort. 

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