Aujourd'hui l'économie

Delphine d'Amarzit, première femme à la tête de la Bourse de Paris-Euronext

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Delphine d'Amarzit, à Paris, le 18 janvier 2021.
Delphine d'Amarzit, à Paris, le 18 janvier 2021. AFP - THOMAS COEX

Delphine d'Amarzit vient de prendre ses fonctions, alors que le CAC 40, porté par l'espoir d'une reprise économique, est à son plus haut niveau depuis quinze ans. Un parcours très riche pour cette spécialiste de la finance, passée par le public et le privé.

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En prenant les rênes de la Bourse de Paris, Delphine d'Amarzit vit une forme de consécration. Bien consciente de faire partie des pionnières dans un monde autrefois très masculin. Les choses ont changé, expliquait-elle il y a quelques jours à l'Assemblée nationale, dans le cadre d'une mission d'information sur l'égalité économique et professionnelle : « Je suis la première à Paris, mais je ne suis pas la seule dans le groupe puisque j'ai une homologue portugaise depuis quelques temps et une autre néerlandaise. C'est ce qui contraste peut-être avec mon expérience de début de carrière. Il y a donc la question d'être quelques-unes et puis il y a aussi tout ce "role model" des femmes, qui occupent des postes pour lesquels elles ne sont pas forcément attendues », développait-elle à l'Assemblée. 

Et de fait Delphine d’Amarzit, âgée de 47 ans, a déjà occupé de nombreux postes à responsabilité. Cette spécialiste de la finance a passé plus de vingt ans à Bercy, puis au Trésor, ainsi que dans les cabinets des ministres de droite, de Francis Mer, Nicolas Sarkozy, Thierry Breton, ou encore François Fillon, qu’elle conseille en pleine crise des subprimes.

Xavier Musca, directeur général délégué du Crédit Agricole, se souvient : « Je l'avais choisie comme collaboratrice quand j’étais directeur de cabinet du ministre des Finances entre 2002 et 2004, car elle me paraissait présenter toutes une série de qualités nécessaires dans ce type de travail. C’est quelqu’un évidemment d’intelligent, de volontaire, de travailleur, mais qui a aussi bon caractère, un grand sens de l’humour, qui a un solide esprit d’équipe et ce sont des qualités tout à fait précieuses. Elle est aussi très bonne camarade. »

Cette passionnée d’équitation est issue d’une famille de militaires et d’industriels. Ses deux grands-pères sont officiers de cavalerie dans l’armée. Son grand-père maternel, résistant pendant la Seconde guerre mondiale, meurt en déportation. L’autre est fait prisonnier et parvient à s’évader. Son père est cadre dans une entreprise, sa mère orthophoniste. Elle reçoit une éducation très classique : d’abord à école catholique de filles Daniélou près de Paris, puis à Sciences-Po et à l’ENA, l’École nationale d’Administration. En 1996, Delphine de Sahuguet d’Amarzit, entre donc au service de l’État, puis bifurque dans le privé en 2015.

Son ami Bertrand Dumont, directeur de cabinet de Bruno Le Maire, le ministre de l’Économie, a travaillé à ses côtés et raconte : « Cela pourrait donner l’impression d’un parcours lisse, mais tous ceux qui la connaissent savent combien elle a en fait une personnalité pétillante, beaucoup d’énergie et une grande franchise. Elle a aussi une capacité de compréhension très large des enjeux économiques et politiques, des grands dossiers. Je pense qu’elle a également une capacité d’innovation, ce qu’elle a démontré en travaillant dernièrement pour Orange Bank. C'était en soit une aventure que de partir pour une banque avec un modèle totalement nouveau, celui du développement exclusivement par Internet. Elle est aussi très curieuse dans sa vie personnelle, elle aime les voyages, la littérature et est très ouverte sur le monde. »

Regard franc et style décontracté, Delphine d’Amarzit préfère être reconnue pour ses compétences et non pas parce qu'elle est la première femme à diriger la Bourse de Paris. Elle apprécie toutefois de ne pas être la seule dirigeante au sein de cet empire paneuropéen, puisqu'en effet deux autres femmes siègent à la Bourse de Lisbonne et d’Amsterdam, Isabel Ucha et Simone Huis in't Veld. Deux parmi les six bourses de cet empire paneuropéen avec celles, outre de Paris, de Bruxelles, d'Oslo, et de Dublin.

Rappelons qu’Euronext ce sont les cotations, mais aussi une machinerie technologique et informatique puissantes, pour faire des transactions à la nano seconde. « Elle va venir épauler et donner toute son énergie à un projet porté par Euronext et par son dirigeant Stéphane Boujnah, qui veut vraiment créer une infrastructure européenne au meilleur niveau, explique Bertrand Dumont. C’est vraiment très important dans le contexte du Brexit, où l’Europe doit se donner les moyens de financer son économie, de permettre aux entreprises européennes d’accéder aux marchés financiers et aux Européens d’investir directement ou indirectement leur épargne dans les entreprises cotées. Et évidemment, que cela se fasse dans de bonnes conditions de transparence et de stabilité financière. C'est donc une mission difficile, mais qui est fondamentale pour notre économie. Je suis sûr qu’elle va apporter une contribution importante à ce projet qui est très structurant, non seulement pour l’avenir du pays, car c’est la Bourse de Paris, mais plus globalement pour l’Europe, puisque Euronext est une entreprise européenne. »

Delphine d’Amarzit prend ses nouvelles fonctions à un moment charnière. Euronext s’apprête à mettre la main sur la bourse d’Italie pour 4 milliards d’euros. Un quart des actions négociées en Europe se fera alors via la société cotée qui représente aujourd’hui 1 800 entreprises, 4 400 milliards d’euros de capitalisation et des échanges de près de 12 milliards d’euros chaque jour.

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