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Amours et crustacés pour le flamant rose

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Des flamants roses se tiennent ensemble dans l'eau au parc ornithologique de Pont de Gau, en Camargue, le 4 février 2015.
Des flamants roses se tiennent ensemble dans l'eau au parc ornithologique de Pont de Gau, en Camargue, le 4 février 2015. © AFP - ANNE-CHRISTINE POUJOULAT

Le flamant rose n'est pas seulement la bouée star des piscines et des plages estivales ! Il est d'abord un oiseau, symbole de la Camargue, dans le sud de la France, la plus importante zone humide du bassin méditerranéen.

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« Quand on parle de la Camargue, on pense toujours aux chevaux blancs, aux taureaux noirs... et aux flamants roses ! » Frédéric Lamouroux, qui nous accueille en ce soir d'été, au soleil couchant, dans son Parc ornithologique de Pont-de-Gau, à quelques kilomètres des Saintes-Marie-de-la-Mer, voit surtout la vie en rose. Des centaines de flamants roses nous entourent, parmi les dizaines d'autres espèces aviaires venues faire étape, se nourrir ou se reproduire dans son paradis sur mer, un paradis pour oiseaux, au cœur du delta du Rhône, entre étangs et marais salants.

La flamant rose est une star camarguaise. On ne voit que lui. On n'entend que lui. Mais évacuons d'emblée le sujet : le chant du flamant rose - on dit qu'il grogne et, oui, on dirait une oie - est nettement moins gracieux que son plumage. Des dizaines de milliers de flamants roses vivent en Camargue, la plus importante zone d'habitat de Phoenicopterus roseus en Méditerranée. Mais au siècle dernier, l'oiseau a bien failli être éradiqué par les chasseurs. Il n'y a pourtant pas grand-chose à manger chez le flamant rose - un poids moyen de 3 kilos tout mouillé pour ce poids plume rose. Les flamants roses ne sont d’ailleurs pas toujours roses.

L'amour dure un an

« Là, il y a un jeune qui vient d'arriver, nous montre Frédéric Lamouroux. C'est un juvénile de l'an dernier. C'est pour ça qu'il est encore gris. » Trop jeune encore pour fixer le carotène présent dans les artémies, les minuscules crustacés dont se nourrit le flamant, de l'eau jusqu'à mi-patte, et même moins. Le flamant rose préfère les pataugeoires aux bassins olympiques pour s'alimenter grâce à son bec unique chez les oiseaux. « Il a un très long bec qui filtre l'eau vaseuse comme une baleine, décrit Frédéric Lamouroux. Il a de très longues pattes palmées, un très grand cou. On dirait une espèce de canard à qui on aurait étiré les pattes et le cou ! »

Les flamants roses sont des animaux grégaires qui vivent dans des colonies peuplées de plusieurs milliers d'individus. Une espèce erratique également, qui passera plusieurs années ici en Camargue avant de partir en Espagne ou en Tunisie, au gré de son humeur, sans jamais quitter le bassin méditerranéen. Erratique aussi en amour. Chez le flamant rose, l'amour dure un an. « C'est un animal très fidèle. Mais d'une fidélité saisonnière, sourit Frédéric Lamouroux. On le sait parce qu'on a des oiseaux bagués », et c'est l'une des fonctions du Parc ornithologique de Pont-de-Gau : le recensement des espèces, en lien avec La Tour du Vallat, un institut de recherche scientifique sur les zones humides méditerranéennes. « Les couples vont se balader tout le temps ensemble, on va les voir toujours en duo, poursuit l'ornithologue. Mais quand le poussin est autonome, à l'âge de 10 ou 12 semaines, le couple se sépare. Ils ne se recroiseront plus jamais. »

Un parmi des milliers

Mais jusqu'à la fin de l'été, les couples restent soudés et veillent sur leurs progénitures, rassemblées dans des crèches géantes. « On va avoir des bans de 100, 200, 3 000, 4 000, 10 000 poussins qui sont tous ensemble. Dès le plus jeune âge, ils apprennent ce système de vie grégaire. Chaque soir, les parents reviennent nourrir leur petit. Ils vont repérer leur poussin parmi parfois 10 000 autres en poussant un cri. Le poussin va leur répondre et ils vont se poser juste à côté pour l'alimenter. »  Le crépuscule approche à Pont-de-Gau, il est justement l'heure d'aller retrouver son petit. Par petits groupes, les flamants quittent la réserve et prennent leur envol, comme s'il marchaient sur l'eau. Le soleil vient de se coucher et le ciel aussi est rose. 

« Les animaux ont-ils droit à la GPA ? »

Des mères porteuses pour animaux ? C'est l'expérience qu'on va tenter au Kenya sur une sous-espèce techniquement éteinte, le rhinocéros blanc du nord, qui vivait au Soudan et jusqu'en Ouganda. Le dernier mâle est mort il y a 3 ans, mais du sperme a été conservé, pour féconder les deux dernières femelles encore vivantes sur la planète. Sauf qu'elles sont trop fragiles pour supporter une grossesse. Alors leurs embryons seront portés par des femelles rhinocéros blancs du sud - il en reste davantage, en Afrique australe. On vous tient au courant pour le carnet rose.

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