Comment la basket est devenue un marché en or

Herbby Jean-Jacques, collectionneur de baskets et d'histoires

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Herbby Jean-Jacques a créé la première fête de la basket en 2017 à Noisiel (France).
Herbby Jean-Jacques a créé la première fête de la basket en 2017 à Noisiel (France). © Herbby Jean-Jacques

Herbby Jean-Jacques, 32 ans, empile les baskets. Contrairement aux sneakers addict qui n’hésitent pas à dépenser des sommes folles pour se procurer les dernières nouveautés, ce collectionneur passionné préfère lorsqu’il y a une histoire derrière chaque paire. Rencontre.

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À quelques minutes de la gare RER de Noisiel (Seine-et-Marne), un petit parc arboré entouré d’immeubles appelle à la pause. Herbby Jean-Jacques a grandi ici, il a passé son enfance à jouer sur le terrain de basket de la Ferme du Buisson, qui trône au milieu de l’espace vert. « J’y ai joué au foot, au basket, mais surtout j’y ai réalisé mes premières blocks parties en 2017 et en 2019. »

Une block party est une fête de quartier en plein air, autour d’un thème fédérateur. L’ex-Noisiélien les a organisées autour de ses passions : le basket, les sneakers, le hip-hop, et plus généralement l’art. « Je suis né à Basse-Terre en Guadeloupe. Depuis la maternelle j’étais à Noisiel : je voulais vraiment faire quelque chose dans la ville où j’ai grandi. » C’est ici que, très jeune, il a développé sa passion pour les baskets. « C’est arrivé en 1997 quand le film d’animation Space Jam est sorti. » Initialement plutôt intéressé par le football, « en découvrant Michael Jordan, le basket et tout l’univers qu’il y avait autour : j’ai clairement pris une claque. En regardant les matchs de basket, j’ai commencé à me focaliser sur les paires que portaient les joueurs ».

En près de vingt-cinq ans, Herbby a eu le temps d’amasser bon nombre de paires. Des cadeaux d’abord, lorsqu’il était plus jeune. Puis au lycée, dès qu’il a pu travailler, il a enrichi sa collection. Combien de baskets a-t-il ? « Ce n’est pas quelque chose que je communique parce que pour moi, ce qui est important, c’est l’aspect qualitatif et pas quantitatif. », s’esclaffe-t-il. « Des personnes peuvent considérer qu’on est un peu fou à acheter des paires tout le temps, à investir beaucoup dans ce type d’objet. Personnellement, je collectionne les baskets par rapport à leur histoire. S’il n’y avait qu’une seule paire de baskets avec une histoire par exemple, je n’en aurai qu’une. »

C’est ce qui distingue Herbby du simple collectionneur : il donne du sens à chaque paire. Le nombre exact reste inconnu, mais le trentenaire donne un ordre de grandeur : lors d’une de ses expositions, il en a présenté 150, et ce n’était qu’une partie.

L’importance de la boîte

« Celles que j’ai au pied ce sont les Air Max 1 By You “Culture et Diversité”. C’est une paire que j’ai co-créé l’an dernier avec le département de personnalisation de Nike. Je me suis inspiré du tissu traditionnel des Antilles. La paire est rouge, jaune et verte. La couleur jaune est un clin d’œil aux Jeux olympiques de Paris 2024. » Sur le terrain qui l’a vu grandir, Herbby sort tour à tour des paires : chacune est un morceau de vie. De ses premières baskets en 1999, retrouvées sur Internet il y a peu, à celles que Tinker Hatfield, fondateur de la Air Max 1 de Nike, lui a signé.

Pourtant, selon lui, il n’y a pas que la basket qui compte. « Souvent je trouve que les boîtes sont négligées, alors qu’au final, je considère qu’on paye la paire tout autant que la boite. Et que c’est un bel objet de collection qu’on peut personnaliser. » C’est justement ce qu’il a fait avec la boîte de sa propre création. Elle est riche en information : des feuilles de bananier pour rappeler la Guadeloupe, une frise des villes qui ont marqué sa vie, les couleurs de sa paire… Mais aussi des citations, comme « la banlieue influence Paname, Paname influence le monde », inspirée de « Grand Paris », le son de Médine.

S’il est fier de sa collection, il tient à la protéger, « même si c’est une collection que je partage à travers mes événements. Je trouve qu’avec le développement des réseaux sociaux, on montre un peu tout, tout le temps. Alors que je considère qu’on doit garder une certaine intimité. Une passion, c’est comme une partie de chacun au final. Surtout quand on la vit au degré auquel je la vis ».

Le jeune homme a en effet fait de ses passions son métier, elles sont omniprésentes à travers ses activités de consultant, d’organisateur et d’intervenant événementiel et de créateur de contenus. « Ce qui vous fera vivre, c’est la passion et pas l’argent. Ou pas autre chose qui n’a pas de réelle valeur humaine. » Herbby Jean-Jacques travaille actuellement sur de futures expositions, à retrouver prochainement à Paris.

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