Fréquence Asie

Thaïlande: des militantes pro-démocratie victimes de harcèlement sexuel

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Des femmes tentent de passer devant la police lors d'un rassemblement de manifestants pro-démocratie à Bangkok le 15 octobre 2020, après que la Thaïlande a publié un décret d'urgence à la suite d'un rassemblement antigouvernemental la veille. (Image d'illustration)
Des femmes tentent de passer devant la police lors d'un rassemblement de manifestants pro-démocratie à Bangkok le 15 octobre 2020, après que la Thaïlande a publié un décret d'urgence à la suite d'un rassemblement antigouvernemental la veille. (Image d'illustration) AFP - LILLIAN SUWANRUMPHA

« Garder la tête haute », c’est la devise des femmes thaïlandaises qui se trouvent, depuis l’été dernier, en première ligne d’un important mouvement pro-démocratie. Pas évident pourtant de se faire entendre dans une société où la vie politique est traditionnellement dominée par les hommes. Un rapport, publié par l’Observatoire pour la protection des défenseurs des droits de l’Homme (un partenariat entre la Fédération Internationale des droits de l’Homme et l’Organisation mondiale contre la torture FIDH-OMCT), dénonce les droits bafoués des militantes.

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Face aux canons à eau et aux gaz lacrymogènes, les militantes thaïlandaises – clé de voûte de la contestation pacifique – tiennent bon. À l’instar de Chonthicha Jangrew, co-fondatrice du groupe pour la restauration de la démocratie, qui déclare : « Aujourd’hui, les femmes ont l’impression d’avoir été opprimées par notre société autoritaire et patriarcale. Ces femmes sont assez courageuses pour dire "ça suffit". »

Tenir tête à la police anti-émeute est une chose. Mais faire face aux insultes sexistes en est une autre. Dans un clip réalisé par le vidéaste indépendant Tossapol Chaisamritpol, l’étudiante témoigne du harcèlement dont elle est régulièrement victime. « Il y a des moqueries, des regarddéplacés des policiers qui me disent "pourquoi t’es si belle aujourd’hui ?" ou qui me lancent "tu es très sexy dans ta jupe courte" (…) ou ils me demandent de quelle couleur est mon soutien-gorge. Ils ont aussi appelé mes proches, leur disant : "Stoppez-là ou bien préparez-lui son cercueil" ou encore "On va venir la violer, cette putain". »

Les manifestantes qui osent demander une réforme de la monarchie et un changement de la Constitution sont systématiquement harcelées, intimidées et muselées. C’est le constat du rapport « Garder la tête haute ». Pour Andrea Giorgetta, responsable du bureau Asie de la Fédération Internationale des Droits de l’homme, basé à Bangkok, « le mouvement pro-démocratie qui a débuté en 2020 est très positif dans le sens où de plus en plus de femmes militent désormais en première ligne – mais leurs droits sont violés, elles sont criminalisées par des lois répressives qui visent à les faire taire. Ces militantes sont confrontées à un cocktail de défis censés les empêcher d’exprimer leur opinion. »

Soldats trolls

Andrea Giorgetta pointe notamment du doigt les réseaux sociaux – un outil exploité par les machos thaïlandais lambda, mais aussi et surtout par les autorités. « Les femmes sont littéralement bombardées d’attaques sexistes, c’est difficile à vivre, notamment pour les plus jeunes, explique-t-il. Le gouvernement thaïlandais devrait garantir leur droit de manifester pacifiquement. Or, une grande partie de la campagne menée contre les manifestantes est orchestrée par l’État même, en particulier par les militaires qui emploient toute une armée de soldats trolls pour surveiller les comptes des femmes défenseures des droits humains. Le gouvernement doit cesser ces attaques et protéger les femmes ! »

Le harcèlement en ligne des militantes est monnaie courante, mais les autorités n’hésitent pas non plus à se rendre dans leurs établissements scolaires et universitaires voire même à leur domicile. C’est ce qui est arrivé à Patsaravalee, leader étudiante, qui raconte que « le jour du Nouvel An, des policiers en uniforme sont allés chez moi pour mettre en garde ma mère. Elle m’a tout de suite appelée, elle était très stressée. Ce type de harcèlement fait son effet. Les policiers profèrent des menaces, ma famille en était affectée. »

Aujourd’hui, la jeune femme est visée par neuf charges pénales, notamment pour lèse-majesté qui pourrait lui valoir jusqu’à 15 ans de prison. Mais Patsaravalee ne compte pas se taire. Avec Kornkanok Khumta du Front féministe, et d’autres, elle partage ce rêve : voir la Thaïlande offrir les mêmes droits à tous et à toutes. « Nous avons ce rêve que tout le monde puisse participer à la vie politique. Le mouvement pro-démocratie n’est qu’un début », conclut-elle.

- Fédération Internationale des Droits de l’Homme, FIDH  

- Organisation Mondiale contre la Torture  OMCT 

Pour visionner les témoignages des militantes: une vidéo réalisée par Tossapol Chaisamritpol.

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