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Sri Lanka: les minorités plus vulnérables que jamais

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Une femme en burqa dans les rues de Colombo, le 13 mars 2021. Depuis, le port de la burqa a été interdit par les autorités du Sri Lanka.
Une femme en burqa dans les rues de Colombo, le 13 mars 2021. Depuis, le port de la burqa a été interdit par les autorités du Sri Lanka. © AP/Eranga Jayawardena

Sous couvert de lutte contre le terrorisme, le pouvoir au Sri Lanka a récemment enrichi sa loi de nouvelles dispositions. Des mesures qualifiées de « draconiennes et abusives » par les ONG qui redoutent une répression accrue de la dissidence politique et des minorités religieuses et ethniques, en particulier tamoule et musulmane. Interdiction de la burqa, fermeture des écoles coraniques, détentions arbitraires de suspects jusqu’à deux ans, la liste s’allonge et suscite les critiques des défenseurs des droits qui demandent l’abrogation de ces dispositions

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Il y a deux ans le Sri Lanka a été frappé par l’un des attentats les plus meurtriers de son histoire. 279 morts, des centaines de blessés dans des attaques-suicides coordonnées contre des églises et des hôtels de luxe. Le carnage est revendiqué par le groupe État islamique. Aucune inculpation formelle n’a été prononcée à ce jour.

« Les conclusions de la commission d’enquête ont démontré que même si différents services de renseignements avaient connaissance de certaines activités d’un petit nombre de groupes armés, qui étaient sous surveillance, ils n’ont pas été en mesure d’agir. La question est de savoir pourquoi, malgré toutes ces informations, rien n’a été fait pour empêcher ces attaques », dit Bhevani Fonseka, chercheure au Centre de politiques alternatives de Colombo et avocate spécialiste des droits de l’homme.

Une menace pour les droits civiques

Depuis ces attentats le gouvernement a adopté des mesures dites de « déradicalisation », visant à combattre l’extrémisme. Mais ces dispositions constituent une menace pour les droits civiques et nourrissent une campagne de haine contre les minorités religieuses.

« Ces dispositions offrent à l’exécutif les pleins pouvoirs pour maintenir quiconque en détention jusqu’à deux ans sans procès. Cela peut s’assimiler à de la maltraitance, car on ignore sur quelle base les suspects sont envoyés dans des centres de réhabilitation et ça, c’est un problème », poursuit Bhevani Fonseka, qui ajoute : « N’importe qui peut être visé par ces mesures, car la formulation du texte est vague. Ça peut être les minorités, les opposants politiques, les journalistes, toute personne que le pouvoir considère comme gênante. D’autres dispositions ont été promulguées interdisant la burqa, les écoles coraniques, les livres religieux seront aussi soumis à des contrôles. Le gouvernement a annoncé toute une série de mesures qui vont davantage restreindre les droits des musulmans ».

► À lire aussi : Sri Lanka: les défenseurs des droits dénoncent une loi antiterroriste «draconienne et abusive»

« Avant c’étaient les Tamouls qui étaient visés, aujourd’hui la vague d’attaques est dirigée contre la communauté musulmane »

Toutes ces dispositions controversées proviennent directement du cabinet du président Gotabaya Rajapaksa. L'avocate spécialiste des droits de l'homme explique qu'« il était ministre de la Défense et a joué un rôle déterminant dans la guerre contre la rébellion séparatiste tamoule. En 2019, il a été élu président sur la base d’un programme prônant la discipline, la sécurité et la stabilité. Ces mesures ne surprennent donc personne », raconte-t-elle.

Puis elle ajoute : « Mais ce qui est inquiétant, c'est qu’il n’a aucune opposition efficace pour l’affronter. Aux élections législatives l’an dernier, son parti a obtenu un important nombre de sièges. On peut dire avec certitude qu’il a toujours utilisé tous les prétextes dans le passé comme aujourd’hui pour s’en prendre aux minorités. Avant, c'étaient les Tamouls qui étaient visés, aujourd’hui la vague d’attaques est dirigée contre la communauté musulmane », note Bhevani Fonseka.

Face à la détérioration inquiétante des droits humains au Sri Lanka, le Conseil des droits de l’homme des Nations unies envisage, en vue d’un éventuel procès, de recueillir des preuves d’abus et de marginalisation à l’encontre des minorités ethniques et religieuses. Le Conseil a également de nouveau demandé à Colombo d’enquêter sur les atrocités commises pendant la guerre civile qui s’est achevée en 2009 par l’écrasement de la rébellion tamoule, au prix d’un gigantesque bain de sang : plus de 100 000 morts. C’était sous la présidence de Mahinda Rajapaksa, le frère de l’actuel président.

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