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Invité Afrique

F. Brisset Foucault: «Depuis 20 ans, la violence fait partie de la campagne électorale en Ouganda»

Audio 05:08
Yoweri Museveni, président sortant de l'Ouganda, brigue un 6e mandat.
Yoweri Museveni, président sortant de l'Ouganda, brigue un 6e mandat. © RFI

En Ouganda, la campagne des élections générales se termine ce mardi soir. Les électeurs désigneront jeudi leur président et leurs députés. Des élections locales suivront à partir de la semaine prochaine. Le président sortant Yoweri Museveni brigue un 6e mandat, sous les couleurs du parti au pouvoir, le NRM, le National Resistance Movement. Comment se dessine la compétition à venir ? Jusqu'à quel point sera-t-elle ouverte ?  Florence Brisset Foucault, maître de conférence à l’Université Paris 1 et chercheuse à l'IMAF, l'Institut des Mondes Africains est interrogée par Laurent Correau.

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RFI : Onze candidats sont sur les rangs pour la présidentielle de jeudi. Est-ce que cette élection va essentiellement être un face-à-face entre le sortant Yoweri Museveni et le chanteur de reggaeBobi Wine, ou est-ce qu’il faudra compter aussi avec des candidats dont on parle moins ?

Florence Brisset Foucault : C’est vrai que le fait que l’opposant historique Kizza Besigye ne s’est pas présenté rebat les cartes et Bobi Wineprofite de cet appel d’air, de cette absence. La tendance semble être qu’une grande partie de l’électorat de Besigye va se reporter plutôt sur Bobi Wine, qui arrive notamment à attirer l’électorat jeune, urbain, populaire, qui votait largement pour Besigye. Ceci étant dit, vous avez raison, il y a d’autres candidats, puisqu’ils sont onze au total et notamment le candidat du Forum for Democratic Change, le parti de Kizza Besigye, qui a décidé de présenter le président du parti, Patrick Amuriat. Mais il y a aussi d’autres candidats, un autre poids lourd de la vie politique ougandaise, qui est Norbert Mao, qui lui, se présente sous le ticket du Democratic Party, qui est le plus ancien parti politique d’Ouganda, qui existe depuis les années 1950 et un ancien chef d’état-major ougandais, Muguicha Muntu, qui était aussi membre du FDC, mais qui a quitté le parti récemment.

Mais on est dans une confrontation qui sera clairement dominée par le face-à-face entre Bobi Wine et Museveni…

Si l’on en croit le nombre de personnes qui assistent aux rallyes -aux grands meetings politiques- en effet, c’est plutôt sur ce mode que va se jouer la compétition.

Concernant cette campagne qui est en train de se terminer, Bobi Wine a été arrêté à plusieurs reprises. Il a déploré publiquement que les membres de son parti étaient pris pour cible. Est-ce que la violence a occupé une place inhabituelle dans cette campagne électorale ou est-ce que cette violence avait déjà été présente lors des précédentes élections, notamment en 2016 et en 2011 ?

En effet, on est malheureusement dans quelque chose qui est très familier, en ce qui concerne la politique électorale en Ouganda. Depuis une vingtaine d’années, la violence fait partie des campagnes électorales. Là, on assiste peut-être à une intensification de cette violence qui, en plus, prend pour cible non seulement les opposants, mais aussi des ONG et de manière croissante les journalistes. Ceci étant dit, on n’est pas du tout dans quelque chose de nouveau. L’ancien opposant historique Kizza Besigye que j’évoquais à l’instant, a été lui aussi arrêté de manière très régulière, les fois où il s’est présenté contre Museveni à l’élection présidentielle et cela depuis 2001. C’est une violence qui suit même un schéma très répétitif, c’est à dire que le principal candidat de l’opposition est arrêté, ce qui donne lieu à des protestations de la part de ses partisans qui sont brutalement réprimés par les services de sécurité. Donc on est vraiment dans quelque chose qui se répète.

Y compris avec des civils armés, comme on a pu en voir ?

Oui, c’est quelque chose qui est assez courant dans la politique ougandaise, aussi, depuis la fin des années 1990. C’est-à-dire, des groupes que l’on appelle les « local defense unit », c’est à dire des groupes de citoyens qui sont encadrés par, soit la police, soit l’armée. Il y a les « crime preventers » qui sont mis au service de cette répression et ce maintien de l’ordre -entre guillemets-, avec une croissance, là encore, de leur visibilité, puisque ce qui a été nouveau dans la répression des protestations du 18 novembre, c’est qu’on les voyait vraiment tirer à balles réelles en pleine rue, y compris sur des passants ou sur des habitants.

Est-ce que l’on peut dire que Bobi Wine est une menace pour Yoweri Museveni ?

On est face à un jeu politique qui est très loin d’être équilibré. Le président sortant et les candidats du parti au pouvoir bénéficient de toutes les ressources, au centre très large que peut donner l’État, dans le cadre d’une compétition politique. Des ressources financières, mais aussi des ressources en termes d’infrastructure et tout ce que cela peut amener en termes de possibilités de se déployer sur le territoire, de possibilités de redistribution… Ce qui est important à savoir, c’est que le régime bénéficie encore d’une certaine adhésion de la part de certaines catégories de la population. Bobi Wine semble être surtout populaire en ville, parmi la population jeune et les catégories les plus populaires. Ce n’est pas nécessairement le cas partout dans le pays. Les gens font leurs choix électoraux pour plein de raisons différentes.

En trente-cinq ans de pouvoir, est-ce que vous diriez que le NRM, le National Resistance Movement de Yoweri Museveni, s’est consolidé, ou est-ce qu’au contraire, on voit apparaître des brèches dans l’édifice ?

Souvent, il y a de gens qui disent que ce recours à une violence exacerbée est un signe de son affaiblissement, etc. Moi, je ne fais pas du tout cette interprétation-là. Je pense que c’est plutôt un signal que veulent envoyer les autorités aux opposants, à Bobi Wine, mais de manière plus large à l’opposition, que ce sont eux qui définissent les règles du jeu et qu’il n’est pas question qu’il en soit autrement. C’est un système politique qui repose sur des formes de mobilisation locale et un degré d’encadrement de la société qui est extrêmement profond et un potentiel de redistribution qui est aussi très important.

Il y a encore un maillage du NRM dans la société ougandaise qui est puissant ?

Oui, qui est puissant et qui repose sur des institutions locales qui sont puissantes.

 

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