La semaine de

Tchad: Vaincre ou négocier

Audio 03:58
Jean-Baptiste Placca, éditorialiste à RFI, en 2020.
Jean-Baptiste Placca, éditorialiste à RFI, en 2020. Pierre René-Worms

Afin que la lutte contre les rébellions ne devienne un fonds de commerce, dont ils se serviraient pour légitimer une présence indéterminée aux commandes du Tchad, les militaires au pouvoir à Ndjamena vont devoir, d'une manière ou d'une autre, en finir, et vite.

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Après une journée de manifestation violemment réprimée, Emmanuel Macron a révisé à la baisse ce qui a pu être perçu comme un soutien sans faille de la France au Comité militaire installé au pouvoir à Ndjamena avec, à sa tête, Mahamat Idriss Déby Itno. Le chef de l’État français a dû préciser qu’il avait apporté son soutien à l’intégrité du Tchad, et non à un plan de succession. C’en serait-il fini du soutien de la France au fils du maréchal, installé dans le fauteuil de son père ?

C’en est, en tout cas, fini du soutien sans réserve à ce qui n’est, après tout, qu’un coup d’État, un fait accompli que, par leur silence ou leur présence, les dirigeants français et africains ont semblé consacrer. Les protestations des opposants et d’une partie de l’opinion africaine semblaient inaudibles, jusqu’à cette première faute, meurtrière, du fils du maréchal. Et le fait que les manifestants tchadiens s’en soient pris à des enseignes françaises est d’autant moins banal qu’il y a à peine deux mois, l’on avait observé des réactions similaires au Sénégal.

Les nouveaux maîtres du Tchad sont sous surveillance, désormais, et le peuple tchadien peut reprendre l’initiative, refuser l’arbitraire, donc le coup d’État, que même les institutions et organisations panafricaines n’acceptent plus, y compris sous une forme déguisée…

Comment est-ce alors possible de revenir en arrière, alors que le Comité militaire est déjà installé ?

Comme au Mali. En faisant appel à un président civil, en lieux et place de ce semblant de succession clanique, qui déshonore l’Afrique. Même après l’insurrection, au Burkina, il avait fallu aller chercher Michel Kafando, une personnalité neutre, d’une grande crédibilité. L’on devrait bien pouvoir en trouver une, au Tchad, pour sortir du piège de l’émotion, surexploitée à la mort du maréchal. Ce même piège, depuis toujours, consiste à refuser de se poser la question de savoir si ces rébellions sans fin visent davantage l’intégrité du Tchad que le pouvoir d’Idriss Déby. Après tout, ces rébellions ont été souvent conduites par des personnages issus de l’armée, de l’entourage, du clan, et même, parfois, de la famille du maréchal. Et leur objectif ultime n’a jamais été que de le chasser du pouvoir, ou de le tuer, pour prendre sa place. Autant dire des tentatives de coup d’État. Les rebelles du Fact semblent y être parvenus, avant que la famille du maréchal ne s’empresse de prendre le pouvoir, perpétrant, ainsi, un coup d’État dans le coup d’État.

Ces militaires sont, tout de même, les garants de la sécurité du pays !

C’est un minimum, lorsque l’on est le corps qui détient les armes, et qui en use si facilement contre les populations civiles. On leur fera la faveur de croire que si la patrie était vraiment en danger, ils sauraient la défendre. C’est le moment, pour cette armée, de prouver sa vaillance, face aux rebelles, et de mériter de la patrie, en vainquant rapidement, en l’absence du maréchal, pour ne pas justifier leur présence au pouvoir par la lutte contre cette hydre, qui se renouvelle et surgi de partout, au fur et à mesure que l’on prétend la détruire. Au point que cela devienne, d'ailleurs, l’activité principale de ce comité militaire, qui en tirerait prétexte pour ne jamais quitter le pouvoir. Si le fils d’Idriss Déby est un grand chef militaire, alors, sa place est au front, sous les ordres d’un président civil ! Sans quoi, un jour ou l’autre, ils devront se résoudre à négocier avec tous les Tchadiens, les rebelles y compris. Et le plus tôt serait le mieux.

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