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Reportage Afrique

Madagascar: retour à Ankilimarovahatsy, où la famine a tué 9 habitants entre juin et août (1/4)

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Le hameau d'Ankilimarovahatsy, dans l'extrême sud de Madagascar. La plupart des habitants sont agriculteurs mais ne peuvent plus cultiver depuis plusieurs mois faute de pluie.
Le hameau d'Ankilimarovahatsy, dans l'extrême sud de Madagascar. La plupart des habitants sont agriculteurs mais ne peuvent plus cultiver depuis plusieurs mois faute de pluie. © RFI/Laetitia Bezain

À Madagascar, le Grand Sud est au bord d'une catastrophe humanitaire : 1,5 million de personnes - soit la moitié de la population de cette partie du pays - ont besoin d'une assistance alimentaire d'urgence d'après le Programme alimentaire mondial. La famine - le « kéré » en malgache - revient chaque année dans cette partie isolée de la Grande Île. Mais cette année, la crise s'est généralisée, et a pris de court les autorités et organisations humanitaires. Retour à Ankilimarovahatsy, où le kéré a tué 9 habitants dont 8 enfants entre juin et août.

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« Qui peut supporter de ne pas manger le matin, le midi, le soir ? Elles se réveillaient en pleine nuit en ayant faim. Elles me demandaient à manger mais je n'avais rien. » Habitante d'Ankilimarovahatsy, hameau composé de petites cases en bois éparpillées sur une terre sableuse, Toharano, ne se souvient pas de son âge, mais quand elle se présente elle précise : « J'ai 14 enfants vivants. »

Quatre de ses filles âgées de 2 à 4 ans sont mortes aux mois de juin et de juillet : « C'est le kéré qui les a tuées. La nourriture est chère et je n'ai pas d'argent pour en acheter. »

Isolés dans un dédale de pistes poussiéreuses bordées de cactus, les 430 habitants d'Ankilimarovahatsy ont souffert en silence pendant plusieurs mois. Assis sous un tamarinier pour tenter d'échapper au soleil écrasant, Refanampy est entouré d'enfants aux membres émaciés et aux ventres gonflés - signes de malnutrition aiguë. Doyen du hameau, il tient dans ces mains un carnet où sont notés les noms de ceux qu'ils ont perdu : « Huit enfants et une femme âgée. Nous sommes habitués au kéré, mais cette fois c'est beaucoup plus dur. Avant, il n'y avait pas de morts dans notre village. Quand les enfants sont malades, ils meurent très vite parce que la maladie tue facilement quand on n'a pas assez de nourriture. Ils ne mangent que des tubercules sauvages et des cactus. »

► À lire aussi : Lancement d’une enquête nationale sur la pauvreté à Madagascar

Dans cette partie du pays vulnérable au changement climatique, la sécheresse a tué les cultures de populations qui vivent de l'agriculture et se nourrissent de leurs récoltes.

« Cette année, il n'y a pas eu de pluie. L'année dernière et celle d'avant non plus. Maintenant, on creuse le sable pour chercher des tubercules sauvages, mais on n'en trouve pas à chaque fois. Avant nous avions des terres fertiles près du fleuve. » 

Le fleuve Mandrare qui traverse les villages de la région Anosy est totalement asséché. Les habitants en sont réduits à attendre l'aide alimentaire des organisations humanitaires et du gouvernement. Devant l'une des cases, Vaharahavavy, a bénéficié de quelques kilos : « Ils nous ont donné du riz, des lentilles et de l'huile. Ça ne résout rien, mais ça soulage la faim. Ça va nous durer que quelques jours. On prend tout ce qu'on nous donne, de la nourriture ou n'importe quel travail pour ne plus souffrir. »

Pour l'heure, les ressources manquent et les appels aux dons se multiplient. Les stocks du Programme alimentaire mondial, qui assure la majorité des distributions, ne lui permettent d'assister qu'un peu moins de 500 000 habitants, soit un tiers des personnes en état d'insécurité alimentaire dans le Grand Sud. 

► Épisode 2 : dans le Grand Sud de Madagascar, l'aide alimentaire des organisations humanitaires et du gouvernement étant insuffisante pour s'en sortir, les familles font appel à des stratégies de survie de derniers recours.  

 

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