Reportage Afrique

Soudan: le GERD, un espoir tout relatif pour les paysans soudanais le long du Nil [3/3]

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Des agriculteurs de la Gezira se tiennent près d'un canal d'irrigation. L'eau vient directement du Nil bleu par gravité. Aucun système de pompage n'est utilisé. L'entretien des canaux est aujourd'hui un enjeu majeur pour relancer le projet.
Des agriculteurs de la Gezira se tiennent près d'un canal d'irrigation. L'eau vient directement du Nil bleu par gravité. Aucun système de pompage n'est utilisé. L'entretien des canaux est aujourd'hui un enjeu majeur pour relancer le projet. © RFI/Abdulmonam Eassa

Si à court terme, Khartoum en fait une question de sécurité, à long terme, le Soudan voit dans le GERD une opportunité de s’approvisionner en électricité peu chère, mais aussi de maîtriser ses ressources en eau. Pour la plupart des paysans soudanais le long du Nil Bleu, le barrage de la Renaissance n’est pas une menace, au contraire. 

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De notre envoyé spécial dans le Nil Bleu,

A perte de vue, les canaux d’irrigation quadrillent le paysage. Ils sont directement alimentés par le Nil bleu. Conduisant une charrette chargée de sacs de graines, Mohammed Abdelkader s’apprête à semer quelques hectares de coton.

Pour lui, le barrage de la Renaissance est une aubaine. « Pour nous dans la Gezira, ce projet est dans notre intérêt. Il va permettre de stabiliser le niveau de l’eau et aussi de diminuer la quantité de sédiments qui bloquent les canaux d’irrigation. Le barrage éthiopien sert à produire de l’électricité donc il va continuer à rejeter de l’eau qui sera stockée dans nos barrages comme Sennar ou Roseires. On pourra cultiver avec une quantité d’eau stable. Il n’y a pas de doute », assure-t-il.

Moins d'inondations massives grâce au barrage

Avec plus de contrôle sur les eaux du Nil, ce fermier espère développer une production annuelle plus que saisonnière. Le barrage de la Renaissance pourrait aussi avoir un autre effet positif pour les agriculteurs soudanais en réduisant les risques d’inondations massives.

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Sur les berges du Nil bleu, Mohammed Saddiq a construit des digues pour protéger ses cultures de bananes, de mangues et de pamplemousses. « Tout ça ce sont des terres inondées par le Nil. Des tonnes de sédiments s’y déposent et renouvelle la terre. Le sol n’a pas besoin de fertilisants. Mais le problème c’est que les inondations imprévisibles détruisent mes cultures. Impossible de pratiquer une agriculture constante. Les inondations détruisent aussi les rives. Elles ne sont pas stables. Regardez, là j’ai perdu près de 300 mètres carré. Si le barrage permet de stabiliser la rive, je suis gagnant », explique Mohammed Saddiq. 

 

Changement des pratiques des paysans

Qui dit moins de crues, dit moins de sédiments et donc une terre moins fertile. Pour Izaat Tahir, chercheur en agronomie à Wad Madani, le barrage éthiopien pourrait changer les pratiques des paysans à long terme. 

« Ce fermier n’anticipe pas à 10 ou 20 ans. Surtout s’il fait pousser des bananes. Les bananiers puisent beaucoup de nutriments dans la terre. Il ne peut pas imaginer ce qui pourrait se passer si sa terre n’est pas à nouveau inondée dans les années qui viennent. Il devra utiliser des fertilisants chimiques. Et peut-être qu’un jour, son sol aura perdu toutes ses caractéristiques », avertit Izaat Tahir.

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Selon ce chercheur, très peu d’études ont été réalisée. S’il va bénéficier à l’agriculture soudanaise, le barrage de la Renaissance pourrait aussi avoir des effets négatifs à long terme. Sur l’environnement notamment. 

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